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    apic/UCIP/Martini

    Graz: 17e Congrès mondial de l’UCIP

    "Pour une éthique de paix dans un monde de violence" (130995)

    650 journalistes et professionnels des médias réfléchissent

    à leur responsabilités face au développement de la violence

    Graz, 13 septembre 1995 (APIC) "Dehors les marchands du temple, dehors du

    temple de la communication tous ceux qui la manipulent et la rendent violente et agressive!" Dans un appel adressé mercredi à quelque 650 professionnels catholiques des médias rassemblés à Graz, en Autriche, le cardinal

    Carlo Maria Martini, archevêque de Milan, a mis en garde les moyens de

    communication contre la tentation de faire de la violence un spectacle et

    de se laisser contaminer par la violence.

    Le cardinal Martini, connu pour sa vision positive du rôle des médias et

    ses réflexions sur leur utilisation au service d’une humanité solidaire,

    ouvrait au Centre des Congrès de Graz le 17e Congrès mondial de l’Union

    catholique internationale de la presse (UCIP) auquel participent jusqu’àu

    17 septembre près de 650 professionnels des médias de 103 pays, dont un bon

    tiers en provenance d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique. Le Congrès a

    pour thème "Pour une éthique de paix dans un monde de violence".

    Le cardinal Martini a admis que les Eglises et les religions, dans leur

    histoire passée et même présente, "ne sont pas exemptes de la contagion de

    la violence": "On pourrait même dire qu’elles sont dans certains cas des

    causes et des sources de violence".

    L’archevêque de Milan a estimé que l’une des causes de la violence dans

    les religions peut être le refus de la complexité, et par conséquent la

    simplification et la réduction arbitraire des données complexes et multiples qui sont propres à toute situation vivante et donc à toute religion

    digne de ce nom. "La réduction arbitraire des données entraîne la tentation

    d’affirmer cette simplification avec la force, pour ne pas avoir à la discuter, pour empêcher toute mise en cause qui entraînerait du malaise dans

    les enthousiasmes des adeptes d’une religion." Des mécanismes - comme la

    "présentation durcie des contrastes" et le refus des nuances - qui concernent les médias au premier chef!

    Le fait d’être des hommes ou des femmes de religion ne nous dispense

    donc aucunement du devoir de nous garder de la violence, a-t-il encore souligné.

    La haine provoquée en ex-Yougoslavie

    Un rappel loin d’être inutile si l’on considère que les champs de bataille de l’ex-Yougoslavie ne sont qu’à quelques heures de voiture du Centre de Congrès de Graz et que si les feux de la violence n’y ont pas été

    allumés par les religions, elles en portent une part de responsabilité,

    comme l’a rappelé l’ancien premier ministre polonais Tadeusz Mazowiecki.

    L’ex-chargé de mission de l’ONU pour les droits de l’homme en ex-Yougoslavie avait il y a trois déjà dans son premier rapport dénoncé les "barrières

    de l’information" qui ont joué un grand rôle dans la dissémination de la

    haine et de la violence.

    Mazowiecki, qui a également évoqué la période de cinquante années de

    communisme en Pologne, avait au début de sa mission suggéré la mise sur

    pied d’une agence d’information internationale indépendante qui aurait pu

    rapporter de facon objective sur ce qui passait dans les différents camps

    en présence. Une idée qui pourrait aujourd’hui paraître naïve, mais une

    réalisation qui aurait été combien nécessaire pour éviter d’augmenter la

    haine par la désinformation et la manipulation des faits historiques à des

    fins nationalistes.

    L’ancien journaliste catholique polonais - il fut rédacteur en chef de

    l’hebdomadaire "Tygodnik Powszechny" à Cracovie durant le régime communiste

    - a rappelé qu’en ex-Yougoslavie, "l’on n’avait pas affaire à une guerre de

    religion", mais que les religions et les Eglises, en particulier là où elles sont majoritaires (il a mentionné explicitement la responsabilité de

    l’Eglise catholique), ont contribué à la haine réciproque. D’après son expérience sur le terrain, les Eglises ont été souvent manipulées dans un but

    nationaliste.

    Appel au "désarmement des mots"

    Présent également à l’ouverture du Congrès, le président autrichien Thomas Klestil a lancé un appel au "désarmement des mots", estimant que les

    mots peuvent tuer comme il peuvent également guérir. Déplorant certaines

    dérives actuelles des médias, qui donnent trop souvent dans le scandale, la

    simplification et la généralisation destructrice, il a demandé aux journalistes présents de la modération et d’avoir le "courage de la vérité et de

    la réconciliation".

    Des personnalités comme le pape, Mère Teresa ou le Dalai Lama ne pourraient pas à eux tous seuls changer le monde, "mais les médias le peuvent

    davantage", a-t-il encore laissé entendre.

    A l’occasion de l’ouverture du Congrès, le maire de Graz, Alfred Stingl,

    a condamné, sous les applaudissements des participants, les essais nucléaires chinois et francais, prônant une éthique de solidarité qui mette un

    terme au colonialisme politique, culturel et économique. (apic/Jacques Berset/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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