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    apic/Taslima Nasreen/Religions/Discrimination des femmes

    Berne:Table-ronde d’Amnesty International sur la Conférence de Pékin

    Toutes les religions discriminent les femmes, dénonce (080995)

    Taslima Nasreen, la "Salman Rushdie" du Bangladesh

    Berne, 8septembre(APIC) Toutes les religions - que ce soit l’islam,

    l’hindouisme ou le christianisme - discriminent les femmes et seule une législation civile moderne et un Etat laïc peuvent garantir aux femmes l’égalité des droits, a déclaré vendredi à Berne la femme écrivain Taslima Nasreen, la "Salman Rushdie" du Bangladesh. Condamnée à mort par les islamistes, réfugiée en Europe, elle prône la laïcité et un modèle d’"humanisme

    rationaliste".

    Invitée par Amnesty International avec quatre autres oratrices à une table-ronde à l’occasion de la Conférence de l’ONU sur les femmes qui se

    tient actuellement à Pékin, Taslima Nasreen a dénoncé les multiples violences faites aux femmes dans le monde et la prédominance des modèles de sociétés patriarcales, notamment dans le tiers-monde. "Quels que soient les

    droits garantis par la Constitution ou les législations, les femmes, dans

    la plupart des pays du tiers-monde, sont fondamentalement une classe d’esclaves dépourvues de tous droits".

    Voyageant à travers l’Europe et l’Amérique du Nord, l’écrivain se rend

    aujourd’hui compte que la femme y est tout autant "prisonnière du système

    patriarcal", même si le degré d’exploitation varie fortement selon les

    pays. "Toutes les grandes réalisations des femmes dans le domaine de l’éducation, de la culture, des arts et des sciences n’ont pas permis d’éradiquer les vieux préjugés ancrés dans le psychisme masculin".

    Femme-médecin du Bangladesh, elle a été condamnée à mort par les fondamentalistes musulmans de son pays après la publication de "Lodja", (La Honte), un livre relatant les persécutions dont ont été victimes les hindous

    du Bangladesh après la destruction de la mosquée d’Ayodhya, en Inde. Une

    "fatwa" a été prononcée contre elle en septembre 1993. Depuis août 1994,

    elle est réfugiée en Europe et elle vit actuellement à Berlin.

    Pas violer les droits de l’homme sous prétexte du respect des cultures

    Pour cette femme persécutée pour ses idées et ses écrits, pas question

    d’accepter que les droits de l’homme soient amoindris sous prétexte de différences culturelles: "Les droits de l’homme sont universels et indivisibles; ils ne sont pas d’origine occidentale comme le prétendent certains:

    les femmes ont le même droit à la liberté, qu’elles vivent dans les pays

    développés ou dans le tiers monde". Taslima Nasreen condamne sans ambages

    les mutilations sexuelles imposées aux fillettes ou l’obligation du port du

    voile islamique dans certains pays musulmans qu’il faudrait accepter au nom

    de la différence de cultures: "Nous devons combattre à tout prix les traditions et les coutumes qui oppriment les femmes, il n’y a pas de limitations

    culturelles aux droits de l’homme!"

    Au Bangladesh, déplore Taslima Nasreen, le gouvernement ne fait rien

    contre les fondamentalistes qui prononcent des "fatwa" contre les femmes

    sous n’importe quel prétexte. Pour elle, ce n’est pas une question d’interprétation par tel ou tel groupe qui fait que l’islam discrimine les femmes

    - que ce soit par exemple dans la législation matrimoniale ou en matière

    d’héritage -, "car nombre de lois islamiques viennent directement du Coran". L’infériorité des femmes est inscrite dans le Coran, "et cela, on ne

    peut le changer".

    La militante féministe qui, dans son pays, ne bénéficie pas d’un large

    appui, même parmi ceux qui luttent politiquement contre le fondamentalisme

    islamique, estime donc qu’une nouvelle interprétation de l’islam ne sert à

    rien. Elle le considère comme une religion anachronique. "D’ailleurs, il

    n’est possible d’obtenir l’égalité des droits pour la femme dans aucune religion, c’est pourquoi nous devons lutter pour une législation moderne, une

    éducation basée sur la science et non sur les superstitions et les systèmes

    religieux".

    La responsabilité des religions dans l’inégalité hommes-femmes

    La femme écrivain bangladeshie pense en effet que les religions portent

    une grande part de responsabilité dans la persistance de l’inégalité entre

    hommes et femmes: "Ceci a été très clair l’an dernier lors de la Conférence

    sur la population et le développement du Caire quand l’Eglise catholique

    s’est alliée avec les fondamentalistes islamiques pour une croisade contre

    le planning familial et la contraception".

    En conclusion, la militante féministe a dénoncé l’utilisation qui est

    faite de la femme dans les médias, trop souvent traitée comme un objet de

    consommation: "Nous devons déclarer que les femmes ne sont pas destinées à

    participer à des concours de beauté ou à se vendre comme modèles de mode.

    Nous devons également affirmer que la sexualité débridée n’est pas le caractère naturel des femmes, ni des hommes non plus".

    Taslima Nasreen était invitée à cette table-ronde - qui a réuni près de

    200 personnes au Casino de Berne -, dans le cadre de la campagne d’Amnesty

    International "Femmes engagées - Femmes en danger". (apic/be)

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