apic/Suisse/Secte Suicide/DocumentSuisse: la secte "Ordre Tradition Solaire" explique son geste (061094)Dans un document que J.-M. Mayer juge authentiqueFribourg, 6octobre(APIC) Quatre documents, semble-t-il en provenance dela secte "Ordre Tradition Solaire", à l’origine du "suicide" collectif dansdeux villages des cantons de Fribourg et du Valais, en Suisse romande, sontparvenus jeudi matin au domicile fribourgeois de Jean-François Mayer, spécialiste des sectes. Dans une interview accordée à l’APIC, ce dernier confirme que l’envoi, dont le sceau postal est pratiquement illisible a étéenvoyé d’un bureau de poste des Eaux-Vives, à Genève. Selon lui, l’authenticité du document de fait guère de doute. Il explique son contenu.J.-F. Mayer interprète ces documents comme une sorte d’appel à l’humanité pour expliquer le sens de ce qui s’est passé... Il s’agit, explique-til, d’une sorte d’appel au monde pour justifier ce "suicide" collectif.Plusieurs éléments figurent dans ces documents: d’abord l’idée que lemonde va de plus en plus mal, ensuite que le petit groupe des élus formépar le mouvement vit dans un monde qui n’est plus vraiment digne de lui,d’où sa décision de quitter le monde terrestre. "Ils insistent beaucoup surle fait qu’il s’agirait d’une décision libre, puisqu’ils vont même jusqu’àdire ’ça n’est pas un suicide" - le seul endroit du texte où le terme suicide est utilisé".On peut aussi lire qu’"ils font cela avec beaucoup de paix, beaucoup detranquillité". Reste qu’un des quatre documents est "une très vive tirade"contre les autorités, la police, la justice et les médias du Québec, où legroupe a en effet eu de sérieux problèmes l’an dernier. De l’avis de J.-F.Mayer, il semblerait que ces ennuis aient été perçus comme le résultatd’une sombre conspiration. Au point que le quatrième document, sur sa dernière page, contient cette affirmation: "Nous les accusons d’un assassinatcollectif".Double langageEn quelque sorte, relève notre interlocuteur, on retourne par là l’accusation. "On impute pratiquement le suicide aux autorités". Et de constaterle double langage de la secte: "D’une part on insiste sur le fait qu’ils’agit d’une décision libre... que cela fait partie d’un plan pré-établi,de l’autre, on accuse les autorités québécoises d’être quasiment coupablesd’assassinats par les enquêtes entreprises sur le mouvement".Selon J.-F. Mayer, cela confirme les hypothèses selon lesquelles il y aun mélange entre l’apocalyptisme exacerbé et le sentiment d’être en état desiège. D’être psychologiquement assiégé.J.-F. Mayer, qui déclare n’avoir pratiquement aucun doute sur l’authenticité des documents, constate que le sceau postal est malheureusement illisible. "Je n’arrive pas à voir l’heure à laquelle il a été posté". De Genève, du bureau des Eaux-Vives. Au dos de l’envoi figure un gag sordide:une petite étiquette d’expéditeur où l’on peut lire: D. Part. Un jeu demots macabre, ainsi que l’inscription: 33, Goldenstrasse, à Zurich: unchiffre et un nom symboliques s’il en est.Comment interpréter ces documents? "Cela confirme la thèse du suicidecollectif, sans confirmer nécessairement le fait que tous les gens quiétaient là se soient tués volontairement. Des doutes subsistent sur cepoint. D’autant plus que dans l’un des quatres documents, intitulé "A tousceux qui peuvent encore entendre la voix de la sagesse, nous adressons cetultime message", figure un paragraphe qui explique que ceux qui "ont enfreint notre code d’honneur sont considérés comme des traîtres. Ils ont subi et subiront le châtiment qu’ils méritent dans les siècles des siècles".Des questionsIntriguant!, relève J.-F. Mayer. "Y aurait-il eu parmi les ’suicidés’des gens qui seraient venus là sans savoir à quoi ils devaient s’attendre,des gens qui auraient été considérés comme des traîtres potentiels"?, s’interroge-t-il. "Si le document répond à des questions, il en pose d’autres..."Le document ne fait pas réellement allusion à des conflits d’intérêt ausein de la secte. Mais les phrases indiquent que le groupe avait le sentiment d’avoir eu en son sein des traîtres.J.-F. Mayer constate en outre que le document insiste fortement sur lethème de la Rose-Croix, plus présent dans le texte que le Temple.En sa qualité de spécialiste des sectes, Jean-François Mayer avait rencontré à plusieurs reprises Luc Jouret, le faux-prophète sans doute derrière cette dramatique affaire. Ce qui explique certainement cet envoi adressépar la secte. "C’est très étrange ce sentiment de recevoir un message d’outre-tombe". Etrange également que l’envoi, pourtant parti de Genève, porteen plus de l’adresse du destinataire, la précision "Suisse". Un envoi partiavant ou après le drame? Impossible à déterminer. La question qui se pose,conclut-il, est de savoir s’il y a des survivants qui ont été chargés deposter ces documents. (apic/pierre rottet)