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    apic/Sida/Livre/Ethique/protestant

    Suisse:Sida, "éthique et foi chrétienne" (260396)

    Le point de vue protestant dans un ouvrage "tout public"

    Lausanne, 26mars(APIC) Dans un livre récemment paru sur le sida, les protestants donnent leur point de vue sur cette question cruciale de société.

    Le Service de presse protestant romand (SPP) s’est entretenu avec l’auteur,

    le professeur Denis Müller, qui occupe la chaire d’éthique à la Faculté de

    théologie de l’Université de Lausanne.

    Le sida génère peur et angoisse. Depuis une douzaine d’années, on recense des millions d’hommes, de femmes et d’enfants, victimes de la maladie.

    Les pays les plus pauvres du globe, l’Afrique en tête, paient le plus lourd

    tribut. Davantage que toute autre maladie sans doute, le sida nous rappelle

    combien est fragile la condition humaine. Tout individu est concerné par le

    sida. Tel est le message central d’un essai qui traite du sida, de l’éthique et de la foi chrétienne. Dense, ce petit livre intitulé "... Mais tous

    étaient frappés" (Editions Labor et Fides) est destiné à un large public.

    "Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés", le vers est de

    Jean de la Fontaine ("Les animaux malades de la peste") à qui vous avez emprunté le titre de votre dernier ouvrage. Aujourd’hui, le sida est l’affaire de tous. Il n’est pas circonscrit à des groupes dits à risques, mais

    touche la société dans son entier. C’est aussi le propos que vous affirmez

    dans le livre.

    D. Müller: Dans le langage sur le sida, la notion de catégories à risques a progressivement été abandonnée, parce qu’elle avait fait beaucoup de

    ravages et parce que les groupes n’étaient pas aussi étanches qu’on voulait

    bien le dire. Il ne faut cependant pas tomber dans l’excès contraire et

    nier les problèmes spécifiques à certains groupes: homosexuels, toxicomanes, hémophiles ou hétérosexuels. Ce qui est condamnable, c’est le processus de stigmatisation de ces catégories. Les "non-séropositifs" ou les

    "non-sidéens" sont aussi concernés par le sida car ils en sont des victimes

    potentielles. Ce sont eux que visent les campagnes de prévention montrant

    des dangers particuliers comme l’échanges de seringues, les partenaires

    multiples ou certaines pratiques sexuelles. Nous trouvons également, parmi

    les personnes concernées par la maladie, les parents, les proches, les amis

    des victimes du sida. Enfin le dernier niveau du cercle serait celui représenté par la société tout entière et ses institutions, avec aussi les Eglises ou la médecine, etc.

    Indépendamment du sida, la sexualité est l’objet d’imaginaires, de fantasmes, de peur et d’espérance parfois démesurée. La sexualité est à la

    fois divinisée et diabolisée pour reprendre un langage théologique. La sexualité est en elle-même une réalité humaine ambivalente. Dans la tradition

    chrétienne et même plus largement dans la civilisation judéo-chrétienne, la

    sexualité a plutôt été diabolisée. Les chrétiens, catholiques et protestants, sont souvent écartelés entre la diabolisation et l’absolutisation

    de la sexualité. On pourrait dire que le sida est une métaphore, dans le

    sens où il révèle notre relation ambiguë et parfois décevante envers la sexualité.

    Cette décéption apparaît du reste à un moment où tout semblait permis en

    matière de sexualité. La libération des moeurs a favorisé la propagation du

    virus du sida. Cet argument est-il fondé?

    D. Müller: Certains pensent que c’est la faute à la libéralisation des

    moeurs ou à la liberté sexuelle. Avec pour corollaire, dans la lutte contre

    le sida, le retour à une sexualité rigide et stricte. Comme éthicien chrétien, je ne peux pas soutenir que la libération des moeurs soit uniquement

    un mal. Il faut en reconnaître les apports positifs et véritablement libérateurs. La sexualité humaine, principalement hétérosexuelle - l’homosexualité pose des problèmes spécifiques - n’est pas en soi considérée contre

    nature. Les chrétiens ont eu beaucoup de difficultés à l’exprimer et il y a

    encore beaucoup à faire pour affirmer la positivité de la sexualité. La sexualité est ambivalente: elle peut être pouvoir ou partage, don de soi ou

    viol, etc. Ces éléments aussi nourrissent l’imaginaire du sida. Et ce sont

    toutes les raisons pour lesquelles le sida fait peur ou fait rejaillir de

    vieux démons y compris via la moralisation. L’occasion est trop belle pour

    ne pas tenter de reprendre les choses en mains!

    Dans les années 80, des textes tant catholiques que protestants ont répandu l’idée que le sida est un châtiment de Dieu. En épluchant la littérature sur le sida produite ces dernières années par un certain nombre

    d’Eglises ou de communautés chrétiennes, j’ai constaté qu’à quelques exceptions près la plupart des Eglises chrétiennes, y compris les milieux évangéliques, ont abandonné ce discours du "sida châtiment de Dieu". Mais il y

    a encore parfois des dérapages.

    Dans votre livre, vous vous montrez critique par rapport à la médecine.

    Que lui reprochez-vous?

    D. Müller: Il existe un discours qui tend à absolutiser la médecine.

    C’est ce discours-là que je vise et non pas la pratique quotidienne ou les

    progrès de la médecine. Cependant il ne faut pas croire que tout le salut

    va venir de la médecine. Même si demain, on trouve le vaccin contre le sida, tous les problèmes liés à cette maladie ne seront pas réglés pour autant. La médecine est un des facteurs de la lutte contre le sida, la santé

    sociale, politique ou la santé économique d’une nation ou du monde sont

    tout aussi importantes que les découvertes médicales. C’est lorsque la médecine commence à se croire toute puissante qu’il y a des raisons de l’interroger critiquement. Même si elle est au service de l’humain, elle n’a

    pas tous les droits. Elle doit pouvoir reconnaître ses échecs.

    Pour lutter contre le sida, l’Eglise catholique officielle a tranché en

    faveur de la fidélité contre le préservatif. Dans ce débat qu’elle est la

    contribution de l’éthique, en l’occurrence de l’éthique protestante?

    D. Müller: L’Eglise catholique, depuis l’encyclique "Humanae Vitae" du

    pape Paul VI, est opposée à la contraception. Tout le débat sur le sida se

    déroule sur cet arrière-fond. C’est un problème interne à l’Eglise catholique. En admettant l’usage du préservatif comme une mesure préventive et non

    pas contraceptive, les évêques catholiques français ont fait preuve d’un

    certain courage.

    La fidélité peut aussi se révéler un moyen de prévention excellent. Mais

    on voit bien qu’il est insuffisant, puisqu’on recommande le préservatif

    surtout à ceux qui ne sont pas fidèles. Le phénomène de l’infidélité ou de

    la multiplicité des partenaires, aussi bien chez les hétérosexuels que chez

    les homosexuels, existe socialement. On peut le condamner, mais cela ne résoudra pas pour autant le problème de la transmission du sida pour ceux qui

    sont infidèles ou qui ont plusieurs partenaires. On confond deux niveaux

    d’argumentation et on rend un mauvais service à la fidélité lorsque l’on

    affirme qu’elle est un moyen de prévention plus efficace que le préservatif. La fidélité n’est pas comparable à un morceau de caoutchouc!

    Le dernier chapitre de votre ouvrage traite plus particulièrement des

    chrétiens face au sida. Quelle attitude spécifique ont-ils ou devraient-ils

    avoir?

    D. Müller: Dans certains milieux chrétiens, on a tendance à penser qu’il

    faut s’occuper de ces "pauvres séropositifs" et des "pauvres sidéens". Il

    faut certes faire preuve de compassion tout en sachant que l’on peut aussi

    être atteint, frappé soi-même par la maladie. Les chrétiens ont souvent

    tendance à penser que les problèmes sont chez les autres et que l’on doit

    s’occuper des pauvres et des petits. Ce qui est certainement vrai. Mais on

    en a aussi parmi nous. Il y a des chrétiens sidéens ou séropositifs. Que

    va-t-on faire de ces gens dans nos Eglises? Y ont-il une place? L’Eglise

    n’est pas une morale mais d’abord un lieu de solidarité. Elle est appelée à

    devenir davantage une réalité communautaire qui accueille en son sein le

    séropositif et le sidéen. L’Eglise a une tâche centrale envers les exclus.

    /apic/pr/ propos recueillis par Mariette-Müller-Schertenleib)

    "... mais tous étaient frappés. Sida, éthique et foi chrétienne" (Labor et

    Fides), Denis Müller, 100 pages.

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