Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contien 205 lignes (max. 75 signes), 2149 mots et 14275

    apic/Sibérie/Société russe/Vide des valeurs/Eglises

    signes.

    APIC - Reportage en Sibérie

    Face au vide des valeurs, la société russe a besoin des Eglises

    Jacques Berset, Agence APIC (040796)

    Omsk/Novosibirsk, juillet 1996 (APIC) 70 ans durant, le régime

    soviétique a voulu construire un homme nouveau libéré de Dieu. La

    "Tchéka" puis la "Guépéou" de Félix Dzerjinski, le NKVD de Béria

    ou le KGB, tous de sinistre mémoire, ont été les instruments "efficaces" de l’éradication de la religion. Aujourd’hui, face au

    déficit de la moralité publique et au désastre social, les autorités russes sollicitent les Eglises pour redonner une "âme" à un

    "homo sovieticus" dénué de tout repère éthique.

    La masse noircie des gigantesques statues de Lénine, front

    haut, regard décidé, le pardessus sempiternellement déboutonné et

    la main ouverte, domine encore les vastes paysages urbains délabrés et déprimants de Sibérie. De l’autre côté de l’Oural, où

    l’étranger se fait rare, on n’a même pas pris la peine de ravaler

    la façade.

    Le bras tendu du révolutionnaire, désignant à l’horizon l’avenir radieux de la société communiste, ne montre plus qu’un grand

    vide. La jeunesse russe, d’ailleurs, ignore de plus en plus souvent qui est Vladimir Ilitch Oulianov; la troïka Marx-Engels-Lénine ne lui parle pas davantage que l’icône de saint Serge de Radonège.

    Des rêves sans lendemain

    Sollicités par une pub omniprésente, même pas toujours transcrite en caractères cyrilliques, les jeunes rêvent d’abord de coca cola et d’Amérique (ou plus modestement d’Allemagne!). Des rêves inévitablement sans lendemain, faute de moyens. Le versement

    des salaires, dérisoires face au coût de la vie, accuse souvent

    un retard de plusieurs mois.

    Les dettes des administrations et des entreprises à l’égard de

    leurs employés se montent officiellement à 11% de l’ensemble de

    la masse salariale. Un professeur d’Université - ne parlons pas

    d’un petit employé! - ne gagne que 600’000 roubles par mois,

    soit 150 francs suisses. Alors que les biens de consommation importés qui envahissent les marchés sont presque aussi chers qu’en

    Europe occidentale.

    Vaches et cochons dans l’église

    Face aux frustrations qui montent dans une population qui ne

    sait trop que faire des discours sur la démocratie, les autorités

    font flèche de tout bois. "La société russe a plus que jamais besoin de la présence des Eglises", entend-on dans les sphères dirigeantes, dans un leitmotiv parfois sincère, souvent opportuniste. Les autorités se sentent impuissantes face à la montée de

    la délinquance, du crime organisé, du trafic de drogue, face aussi aux problèmes sociaux qui l’assaillent... La société civile a

    été désarticulée et durant 7 décennies l’Eglise, pourtant décimée, est souvent restée l’unique refuge contre la pensée totalitaire. Décimée, c’est peu dire. Laminée plutôt (voir encadré).

    L’observateur un peu averti, qui parcourt les immenses étendues sibériennes conquises les siècles derniers par les cosaques

    pour le tsar, remarquera de temps à autres les restes d’un monde

    aboli par le fer et le feu. Une civilisation orthodoxe que le

    pouvoir soviétique a voulu effacer à tout jamais: églises aux

    croix abattues, transformées en usines, logements, bureaux, salles de concert ou de cinéma, quand ce n’est pas tout simplement

    dynamitées et rayées de la carte. Aujourd’hui, sur les quelque

    54’000 églises et le millier de monastères orthodoxes existant en

    Russie en 1914, un tiers seulement a été restitué au culte ou reconstruit.

    Chahutés sur l’interminable route défoncée qui nous mène vers

    Atchinsk, à quelque 180 kilomètres à l’ouest de la métropole sibérienne de Krasnojarsk, nous apercevons la silhouette caractéristique d’une église orthodoxe... dépourvue de croix. En retrait

    de la grand-route, atteignable par un chemin de terre, l’édifice

    en ruine est situé en bordure du kolkhoze de Bolchoï Kremtchouk.

    Des murs éventrés sortent tour à tour des cochons, des vaches,

    des moutons. Visiblement, l’ancienne église sert d’étable.

    Les paysannes qui observent notre manège de façon plutôt indifférente nous invitent à boire le thé. Elles déplorent mollement qu’un édifice sacré soit ainsi dégradé, mais ne comptent pas

    s’engager pour faire cesser le scandale. Elles attendent que

    "quelqu’un de Moscou" prenne la décision de la faire réparer. Des

    cosaques sont déjà venus inspecter le bâtiment, mais 40’000 églises en Russie ont été ainsi détruites ou détournées de leur affection première. Alors, pas grande chance que cette ruine redevienne un lieu de culte.

    Ziouganov, "c’est mieux pour les kolkhozes"

    Les "babouchkas" du kolkhoze, à la mémoire pourtant si longue,

    ne peuvent même pas se souvenir quand les bolchéviques ont confisqué l’église et emmené le prêtre. C’est dire si l’oeuvre

    d’éradication de la religion a réussi dans les campagnes sibériennes. D’ailleurs, à Bolchoï Kremtchouk, on ne cache pas que

    l’on a voté Ziouganov, "car c’est mieux pour les kolkhozes!"

    Malgré la liberté religieuse retrouvée, une sourde hostilité

    contre l’Eglise persiste cependant ici ou là. On la ressent dans

    certains milieux. Les nostalgiques de l’ancien régime en effet

    n’ont pas encore baissé les bras, à voir les excellents scores du

    candidat communiste à la présidence Guennadi Ziouganov.

    Vice-gouverneur de l’"oblast" d’Omsk, une vaste région de Sibérie occidentale (140’000 km2, soit 3 fois la Suisse), le professeur Aleksei Kazannik nous reçoit au palais du gouvernement

    régional. La pesanteur de la bureaucratie soviétique semble appartenir ici au passé, les contacts sont francs et cordiaux. Le

    responsable gouvernemental donne ostensiblement l’accolade à

    l’évêque orthodoxe d’Omsk, Mgr Feodosij, qui a ses entrées dans

    les bureaux du gouvernement.

    Responsables régional pour les relations entre les Eglises et

    l’Etat, Aleksei Kazannik nous assure qu’à Omsk, l’on jouit d’une

    totale liberté de religion et de conscience et que toutes les religions sont traitées sur un pied d’égalité, dans le cadre de la

    loi. L’administration a déjà enregistré 35 religions et confessions différentes. Certes, les religions traditionnelles - orthodoxe, islamique, juive, luthérienne, catholique, évangélique et

    baptiste - qui sont implantées en Sibérie depuis des siècles, bénéficient d’un avantage certain, tient-il à souligner.

    Les sectes partent à la chasse aux âmes

    Désireuse de compenser les pertes subies par ces communautés

    sous le régime communiste, la région d’Omsk, affirme A. Kazannik,

    fait tout pour rendre les édifices confisqués. Mais, déplore

    l’ancien procureur, la loi fédérale est très libérale, ce qui empêche d’intervenir efficacement contre les sectes qui prolifèrent

    dans la ville et dont certaines représentent un danger pour la

    société. A Omsk, on trouve évidemment la scientologie, l’Eglise

    de l’unification de Moon, les témoins de Jéhovah... La Fraternité

    blanche de Mariya Tsvigun, une secte autochtone "totalitaire", a

    désormais plongé dans la clandestinité.

    "La société souffre d’une ignorance dans le domaine spirituel,

    fruit de 70 ans d’athéisation forcée et d’interdiction de la religion; l’on assiste à une véritable ’chasse aux âmes’", lance

    Aleksei Kazannik. L’Eglise orthodoxe russe a très peu de moyens

    financiers, face à la richesse de l’Eglise de l’unification de

    Moon, qui peut louer de très grands palais pour ses manifestations et faire de grands cadeaux à ses adeptes. "On achète l’âme

    des gens!".

    Voici l’imposante gare - un peu lépreuse - de Novosibirsk, capitale de la Sibérie occidentale. Cette métropole d’un million et

    demi d’habitants est un important noeud ferroviaire au kilomètre

    3’344 du Transsibérien (52 heures de train depuis Moscou!)

    75’000 personnes originaires d’une multitude de nationalités se

    côtoient quotidiennement dans cette station ferroviaire aux confins du Kazhakstan, de la Chine et de la Mongolie.

    Malheur aux vaincus de l’Histoire

    Dans un décor de Cour des Miracles aux relents d’urine et

    d’alcool, dans une rue adjacente à quelques encablures de l’entrée de la gare, des soeurs polonaises en habit s’activent, assaillies par une centaine de clochards hirsutes et alcoolisés,

    d’invalides, de cabossés de la vie, de marginalisés par les réformes économiques, d’enfants des rues fuyant un père qui boit et

    qui les bat.

    Berenika, Barbara et Witolda, des soeurs de la Congrégation de

    Ste-Elisabeth de Thuringe, distribuent du thé et de la nourriture

    et désinfectent à tour de bras des plaies purulentes que personne

    d’autre n’accepte de soigner. De toute façon, même en cas d’hospitalisation, ces pauvres hères n’auraient pas les moyens de se

    procurer les médicaments, qu’il faut désormais acheter soi-même.

    Nombre de ces sans abris - souvent chassés de leur appartement

    après la perte de leur emploi - ne survivent pas plus d’un an

    dans les conditions climatiques extrêmes de la Sibérie. Ils meurent dans le froid, affaiblis par la faim ou battus à mort par

    des policiers qui veulent "nettoyer" les alentours de la gare de

    ces victimes des restructurations économiques et sociales, témoigne le jésuite Alexander Kahn, vicaire général de l’administration apostolique de Sibérie (qui regroupe 122’000 catholiques

    sur un territoire de près de 13 millions de km2).

    Les religieuses, engagées dans la rue au nom de la Caritas

    diocésaine, n’ont qu’un constat:"Dans cette société sans Dieu et

    vidée de ses valeurs morale, la solidarité a été brisée. Personne

    ici n’enseigne qu’il faut aimer son prochain". Les sans emplois

    et les sans abris sont en constante augmentation. Des familles

    entières sont dans la rue, sans aide sociale, car les institutions sociales submergées sont inadaptées à la situation.

    Dans la population de Novosibirsk, on admire en général ce que

    font les soeurs catholiques, les gens sont interpellés par tant

    d’abnégation. Mais il arrive aussi que des passants ou des voisins les abordent pour dire que les personnes qu’elles assistent

    n’ont aucune valeur et ne devraient pas être aidées: "Un homme

    qui ne travaille pas ne mérite pas la pitié". Malheur aux vaincus

    de l’Histoire! (apic/be)

    Encadré

    200’000 membres du clergé exécutés en 70 ans

    Selon les données fournies l’an dernier par Alexandre Iakovlev,

    président de la Commission gouvernementale chargée de la réhabilitation des victimes des répressions politiques, environ 200’000

    membres du clergé ont été exécutés dès 1918, date de la mise en

    place du régime soviétique. 500’000 autres ont été emprisonnés ou

    envoyés dans les camps du Goulag. La persécution religieuse n’a

    vraiment cessé qu’à la fin des années 80.

    Bien souvent des membres du clergé ont été exécutés de façon

    sauvage. "Des prêtres ont été crucifiés sur les portes de leur

    églises, fusillés, étranglés...", affirme A. Iakovlev. Une révélation que nous confirme Mgr Feodosij, archevêque orthodoxe

    d’Omsk, qui nous explique comment des prêtres, moines et moniales

    étaient entassés dans des barges qui étaient coulées au milieu du

    fleuve Irtych.

    En 1937, 136’900 ecclésiastiques ont été arrêtés et 85’000 tués. L’année suivante, 28’000 arrêtés et 21’500 tués. Même durant

    la seconde guerre mondiale, lorsque Staline autorisa la reconstitution partielle des structures ecclésiales dans le cadre de la

    "grande guerre patriotique" et de la mobilisation contre l’invasion nazie, chaque année plus de cent prêtres ont été exécutés.

    Ce ne serait pas moins de 80 à 85% du clergé orthodoxe russe

    d’avant la Révolution qui aurait péri de 1917 à 1939, mais la répression n’a pas épargné les autres confessions. (apic/be)

    Encadré

    Une population en voie de paupérisation

    Quelque 37 millions de Russes (25%) vivent en-dessous de la limite de pauvreté. La vente de produits alimentaires de base a

    chuté de 1990 (qui était déjà une année de récession) à 1994 dans

    une proportion de plus de 50% pour la viande, de 45% pour le

    beurre, de 60% pour le lait, de 64% pour les pommes de terre et

    de 69% pour les légumes. Même si une bonne partie de la population produit désormais davantage pour son autoconsommation, nombreux sont les Russes qui n’arrivent pas à trouver les vitamines

    nécessaires à un régime alimentaire sain.

    Au milieu des années 60, la durée de vie moyenne en Russie

    était comparable aux taux de la France, de l’Allemagne ou des

    Etats-Unis. Actuellement, les Russes ont une espérance de vie inférieure de plus de dix ans à la moyenne européenne, qui est de

    77 ans.

    La population russe actuelle est de 148,1 million d’habitants,

    soit une diminution de 164’000 par rapport à l’année précédente.

    Le nombre des naissances est en constante diminution depuis plusieurs années et l’espérance de vie régresse, en particulier chez

    les Russes mâles. Selon l’hebdomadaire russe "Argumenty i Fakty"

    (No 8/1996), ces derniers n’auraient aujourd’hui une espérance de

    vie que de 57,7 ans seulement. Les suicides, en 1993, ont été au

    nombre de 56’000 tandis que les meurtres ont dépassé les 40’000.

    (apic/be)

    Des photos de ce reportage peuvent être commandées à l’agence CIRIC, 17 bis, Bd. de Grancy, 1006 Lausanne. Tél. 021/617 76 13,

    Fax 021/617 76 14.

    En 1995, outre une aide de 1,625 million de francs à l’Eglise

    catholique en Russie, notamment par l’intermédiaire de Mgr Joseph

    Werth, l’évêque jésuite de l’administration apostolique de Novosibirsk, et un montant de 2,5 millions pour des projets communs

    catholiques-orthodoxes, l’oeuvre catholique internationale "Aide

    à l’Eglise en détresse" (AED) a soutenu des projets en faveur de

    l’Eglise orthodoxe russe pour un montant de 1,75 million de

    francs suisses. AED/Kirche in Not, Cysatstrasse 6, Case Postale

    5356, CH-6000 Lucerne 5, CCP 60-17200-9

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus