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    apic/Saint-Maurice/Europe/Débat

    Saint-Maurice: L’Europe des cultures et de l’Esprit

    à la 3e Rencontre des Anciens du Collège (271096)

    L’ombre de Denis de Rougemont

    Saint-Maurice, 27octobre (APIC) L’ombre de Denis de Rougemont a plané et

    pesé de tout son poids samedi à Saint-Maurice, au Collège du même nom, au

    cours de la 3e Rencontre de l’Association des Anciens du Collège de l’Abbaye, placée sous le thème de l’Europe des cultures et de l’Esprit. Journée

    de réflexion sur un sujet d’autant plus important pour une Suisse inquiète

    face à la question de l’Europe, certes, mais également de retrouvailles, de

    fraternité pour les quelque 200 participants.

    Si les Forums consacrés à l’économie sont nombreux, plus rares sont ceux

    qui s’interrogent, dans une perspective chrétienne, sur la place de l’homme

    face aux mutations du monde", a déclaré d’emblée Victor Gillioz, président

    de l’Association des "Anciens", pour situer le thème de la matinée, autour

    des deux conférenciers: Dusan Sidjanski, professeur à l’Institut européen

    de l’Université de Genève, et Mgr Karl Josef Rauber, nonce apostolique à

    Berne.

    Europe économique, Europe de la culture, de l’esprit. Vaste question

    s’il en est. L’assistance n’a pas manqué de s’en rendre compte lors du débat qui a suivi, animé par François Dayer, rédacteur en chef du Nouvelliste

    et Feuille d’avis du Valais", en présence des deux conférenciers, auxquels

    sont venus se joindre François Gross, ancien rédacteur en chef de "La Liberté" et de Radio suisse internationale, et André Franze, magistrat judiciaire, la note Eurosceptique de la jounrée, pour ne pas dire Eurofrileuse.

    "Chacune des nations qui compose l’Europe y représente une fonction propre, irremplaçable, comme celle d’un organe dans un corps humain", disait

    Denis de Rougemont. Une idée force que partage et soutient le professeur

    Sidjanski, pour lequel la culture est bien l’un des fondements du fédéralisme européen. Une culture qui s’abreuve à ce que l’Europe a de plus précieux s’agissant du bien commun: le christianisme. Une Europe qui s’enracine dans les héritages communs que sont la religion, la philosophie, les

    arts et les lettres, les sciences voire les idéeaux politiques. Une Europe

    ouverte vers l’extérieur. Une Europe enfin imprégnée d’un pluralisme culturel, politique. D’un pluralisme fondement même d’un fédéralisme, qui relie

    les éléments communs mais aussi leurs diversités culturelles.

    Le professeur Sidjanski met cependant en garde contre le non respect des

    minorités, si l’on sait que la plupart des conflits, en Asie notamment, reposent sur le non respect des minorités. Le conflit des Balkans et les nationalismes constituant à cet égard une régression flagrante pour l’Europe.

    Pour une culture de la vie, de l’amour et de l’espérance

    A la conception politico-philosophique de l’Europe s’est ajoutée la dimension chrétienne et religieuse du vieux continent, exposée par le nonce

    apostolique, Mgr Rauber. "Il ne faut pas que les chrétiens soient acquittés

    de leur responsabilité" dans l’accomplissement du processus de transformation. "A présent, il nous appartient d’apporter tous ensemble notre contribution à l’édification d’une nouvelle Europe".

    "Malheureusement, a convenu Mgr Rauber, il faut bien le dire, l’image

    qu’offre l’Europe aujourd’hui nous paraît sombre. Dans ce siècle, elle fut

    le berceau des idéologies du mépris des gens (...) Elle fut le théâtre de

    guerres fratricides et du massacre de millions d’hommes. De plus, elle est

    largement responsable, peut-être à première vue, de la civilisation mondiale, économique et technique, qui oppresse d’autres cultures, exploite les

    faiblesses politiques et économiques d’autres continents. Elle est le détonateur d’une catastrophe écologique mondiale sournoise".

    Pour le nonce, les chrétiens doivent s’interroger. Mais en même temps,

    l’Europe ne peut être envisagée sans l’empreinte que lui confère la mission

    chrétienne faisant de l’homme l’image de Dieu et rendant la dignité humaine

    inaliénable. "Cette vocation, l’Europe l’a transmise au monde. Les droits

    de l’homme universellement reconnus aujourd’hui sont nés de cette conviction fondamentale et de cette conception de l’homme". Pour Mgr Rauber,

    l’Europe ne doit pas se débarrasser de ses origines et de son histoire comme d’un vieil habit. "Les Eglises font parties du petit nombre des garants

    de la continuité et des porteurs du vaste héritage européen, bien vivant".

    Le christianisme, a encore ajouté Mgr Rauber, se tient près du berceau

    de l’Europe. Il doit, grâce à sa profession de foi, à ses aspirations et à

    ses idées, collaborer au développement futur, l’orienter et le réformer. La

    culture chrétiene ne rejette pas les réalités matérielles, mais, met-il en

    garde, elles ne sont pas le plus grand bien de l’homme. Pour lui, la liberté religieuse en tant que droit fondamental de la personne, n’exclut pas la

    signification publique de la foi et de la réalité de l’Eglise. "Construire

    l’Europe signifie aussi affirmer que nous voulons préserver la culture de

    la vie, de l’amour et de l’espérance".

    L’Europe reste à construire

    C’est encore l’ombre de Denis de Rougemont, qui s’est profilée sur les

    débats qui ont suivi. Une ombre plutôt sombre pour André Franze, qui a apporté une autre vision de la position de la Suisse dans la question européenne. Une vision d’une Suisse repliée sur-elle même, tristounette dans son

    refus de participer à l’effort commune en construction. Tristounette par

    son manque de générosité et d’imagination.

    L’Europe fédéraliste est encore à construire, pas celle du chômage des

    exclus et des seules multinationales, a convenu le professeur Sidjanski,

    mais l’Europe communautaire, solidaire, a-t-il dit, avant de constater puis

    de déplorer que si l’Europe connaît la paix depuis 50 ans maintenant, elle

    n’avait pas su empêcher les guerres à son immédiate périphérie. Au nom des

    intérêts, des affinités, pour les Croates selon qu’on est Allemand ou Autrichien, pour les Serbes selon qu’on est Français par exemple.

    Après avoir signalé à André Franze qu’il avait fallu plus d’un vote pour

    permettre aux femmes de voter en Suisse aujourd’hui, François Gross s’est

    souvenu de Dürrenmatt à propos de la Suisse et de l’Europe: c’est un peu

    comme une vierge qui se demande comment rester vierge dans une maison close. Des fonctionnaires suisses qui devaient un jour plancher sur la question ont pour leur part convenu qu’il était préférable, pour se faire, de

    tenir la caisse. Vous avez dit Suisse?

    Pas revu depuis 40 ans

    La 3e Rencontre des Anciens de Saint-Maurice a aussi été l’occasion

    d’évoquer des souvenirs. Comme ceux échangés entre deux d’entre-eux, qui ne

    s’étaient pas revus depuis 40 ans. "J’aurais préféré être élève maintenant", soupire Jean. Vaudois, représentant, il parcourt des yeux le bâtiment, le réfectoire du Collège. Parce qu’il est plus moderne aujourd’hui?

    "Non, réplique ce dernier, parce qu’il est mixte. Et pas à mon époque".

    Soupire. Rires. Quant à la salade, elle plonge Georges 40 ans plus tôt: "La

    même qu’on nous servait, au moment des vendanges. On nous donnait à chacun

    une grappe de raisin. Pas deux, une". Cher, l’internat, à l’époque? "2’000

    francs, et c’était en 1944", commente Georges, ébéniste dans une localité

    du canton de Vaud. Et c’était un sacré sacrifice pour les parents. Les

    profs étaient sévères. On bossait bien. Mais cela ne nous empêchait pas de

    faire le mur". Une évasion, vécue en quelque sorte à nouveau 50 ans plus

    tard. (apic/pr)

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