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    Le texte contient 69 lignes (max. 75 signes), 810 mots et 5040 signes.

    apic/Rwnda/Cordes/Visite

    Mgr Cordes, envoyé spécial du pape, aux Rwandais:

    "Votre pays a fait naître des saints" (260396)

    Un face à face avec la terreur apocalyptique

    Kigali, 26mars(APIC) Des témoins admirables ont vu le jour au Rwanda...

    "Ainsi, votre pays, en proie aux atrocités de la guerre, a fait naître des

    saints". C’est le message apporté aux Rwandais au nom du pape par Mgr Paul

    Cordes, président du Conseil pontifical "Cor Unum".

    Mgr Cordes a récemment succédé au cardinal Etchegaray à la tête du dicastère de la charité du Saint-Siège. Il effectue actuellement une visite au

    Rwanda au nom du pape, et a prononcé samedi une homélie dans la cathédrale

    de Kigali, où il a été accueilli au nom des évêques par le vice-président

    de la Conférence épiscopale, Mgr Ntihinyurwa. Face à une pénurie de personnel "à cause de la guerre et de l’exil de nombreux prêtres, religieux, religieuses et laïcs engagés", a-t-il expliqué à l’envoyé du pape, il a fallu

    réorganiser la pastorale. En outre; "pour un pays déjà confronté à la pauvreté, la guerre inhumaine a laissé des cas sociaux qui réclament une assistance pleine d’attention: ce sont des veufs, des veuves, des orphelins,

    des handicapés, des traumatisés, des prisonniers".

    Au moment où l’Eglise s’apprête à faire mémoire de la passion et de la

    mort du Christ, où elle présente une Evangile où le Seigneur, poursuivi par

    ses bourreaux, est en proie à une grande souffrance, Mgr Cordes a constaté

    que "le mal habite parmi les hommes", que "l’homme est un loup pour l’homme". Et pas seulement au Rwanda: "Je suis originaire d’Allemagne, a-t-il

    dit, et je me souviens encore du régime de terreur instauré par le national-socialisme avec la chasse aux juifs. Ces jours-ci, les crimes en exYougoslavie sont dans tous les journaux: viols et meurtres bestiaux. Le

    monde est ensanglanté".

    Apocalyptique

    Depuis son arrivée au Rwanda, le prélat allemand a vécu "un vrai face à

    face avec une terreur apocalyptique et une détresse inexprimable", même

    après que les nouvelles sur le Rwanda aient fait le tour du monde. Après

    avoir expliqué le but de sa visite, effectuée à la demande de Jean-Paul II,

    qui "ne se résoudra jamais à l’idée que les hommes se haïssent mutuellement

    ou qu’ils veulent s’anéantir", il a supplié les chrétiens de ne jamais

    répondre à la haine par la haine: "Ni l’injustice, ni les malheurs subis ne

    justifient le recours à la vengeance: "Oeil pour oeil, dent pour dent" est

    une phrase de l’Ancien testament que le Christ est venu abolir... Comment

    puis-je m’agenouiller devant le Seigneur sur la croix, devant ce témoignage

    de son amour sans conditions pour moi et pour tous les autres pécheurs, et

    en même temps nourrir dans mon coeur la haine et la vengeance ? L’on ne

    peut imaginer une contradiction plus nette, un mensonge plus grossier".

    En tirer de l’espoir

    Conscient que certains verront dans son exhortation "une provocation",

    Mgr Cordes a poursuivi: "Regardez autour de vous et vous me croirez. Dans

    votre pays ont vu le jour, pendant les mois de la terreur, des témoins admirables. Par la force du Christ, des personnes ont accompli des gestes qui

    semblent incroyables. Le Saint Esprit les a faits vivre et mourir en héros.

    Ainsi, votre pays, en proie aux atrocités de la guerre, a fait naître des

    saints. Je vous dis ceci parce que vous devez en être fiers et en tirer de

    l’espoir".

    Dans cette brève homélie, l’envoyé du pape a cité l’exemple héroïque de

    Vincent, 25 ans, de Butaré, que les milices voulaient forcer à collaborer

    dans les massacres sous peine d’être lui-même exécuté et qui répondit: "Me

    voici: tuez-moi donc!"

    Plus tôt, Mgr Cordes, qui s’exprimait en français, avait évoqué la mort

    de Soeur Françoise, supérieure de la communauté des Benebikira, qui enseignait le catéchisme à Nyanza: "Elle annonçait le Seigneur dans sa catéchèse

    avec une grande force malgré les grands troubles psychiques que ces leçons

    lui provoquaient. En effet, à cause de la préoccupation, elle ne dormait

    jamais la nuit avant de donner les cours de catéchèse, et vomissait tout ce

    qu’elle avait mangé auparavant. Toujours maladive, elle retrouvait son courage dans l’enseignement et tout le monde était frappé par ses paroles. Le

    24 avril, elle fut massacrée et, croyant qu’elle était morte, elle fut jetée avec une autre consoeur sur un tas de cadavres dans des latrines abandonnées.

    Pendant trois jours, a poursuivi Mgr Cordes, on pouvait entendre ses

    plaintes. Les autres soeurs, âgées et effrayées, essayèrent en vain de lui

    jeter une corde pour la faire sortir: arrivée à la moitié du gouffre, elle

    n’en pouvait plus, surtout à cause des blessures et de fractures aux bras.

    Les consoeurs s’adressèrent alors à la gendarmerie qui, au lieu des secouristes, envoya des miliciens. Ils jetèrent des pierres dans la cavité, provoquant ainsi la mort de Mère François. Après quoi ils remplirent le trou".

    (apic/cip/pr)

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