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    apic/Rwanda/ Eglise presbytérienne

    Rwanda: Le pasteur André Karamaga, de passage à Lausanne: (201196)

    Une intervention militaire internationale n’est pas souhaitable

    Lausanne, 20novembre (APIC) Le président de l’Eglise presbytérienne du

    Rwanda, le pasteur André Karamaga, était le 19 novembre l’hôte du Département missionnaire des Eglises protestantes romandes, à Lausanne. L’ancien

    doctorant de l’Université de Lausanne se dit extrêmement dubitatif quant à

    l’utilité d’une intervention armée des forces internationales.

    Le pasteur Karamaga attend des Eglises suisses - et de la population

    helvétique en général - "un soutien exceptionnel pour faire face à une situation exceptionnelle", Les Eglises rwandaises sont maintenant confrontées

    à un double défi: aider concrètement les réfugiés démunis de tout et entreprendre une oeuvre de réconciliation et de réhabilitation sociale, a t-il

    expliqué au Service de presse protestant, à Lausanne.

    Des défis économiques et non pas militaires

    Le pasteur Karamaga se montre très réticent quant à l’évantualité d’une

    intervention internationale. "A-t-on déjà vu quelque part qu’une force internationale puisse résoudre les problèmes? On oublie que le génocide qui a

    provoqué la mort d’un million de personnes dans mon pays a commencé alors

    qu’il s’y trouvait une force internationale." Aux yeux d’A. Karamaga, la

    situation apparait désormais "plus claire": les défis sont maintenant de

    nature économique et non militaire. Ils concernent l’harmonisation de la

    société, les institutions et les Eglises ayant désormais besoin des moyens

    permettant de créer des conditions de cohabitation acceptable.

    "Imaginez combien coûte cette force internationale! Au lieu de mobiliser

    ces fonds pour une opération qui n’est pas nécessaire, les gouvernements

    étrangers, s’ils sont bien intentionnés ne pourraient-ils pas plutôt les

    mettre à disposition pour aider les Eglises et les autres forces morales à

    organiser la réconciliation et créer l’harmonie?"

    Le pasteur Karamaga relève aussi que, dans les pays où sont intervenues

    des forces internationales, leur présence s’est accompagnée d’une certaine

    "dépravation morale": corruption, prostitution, etc. "Nous avons déjà une

    situation dépravée et nous ne voulons plus de la présence massive de gens

    qui ne connaissent rien à nos problèmes."

    Des mouvements de population prévisibles

    Aux yeux du président de l’Eglise presbytérienne du Rwanda, les mouvements de population actuels étaient assez prévisibles, la situation des réfugiés à la frontière du Rwanda ayant toujours été considérée comme transitoire. La présence d’une telle masse de réfugiés a créé un climat de troubles et d’insécurité. "D’après ce que je sais, explique le pasteur Karamaga, il semble que les réfugiés n’attendaient que la cassure de la résistance pour quitter les camps et rentrer chez eux. Les contacts que je viens

    d’avoir avec Kigali m’apprennent que, effectivement, tous les réfugiés sont

    sur le chemin du retour, y compris ceux qui s’étaient égarés dans les montagnes. On vient d’apprendre que les populations du Sud rentrent également."

    Mais que trouveront les gens à leur retour? Leur maison seront-elles occupées, comme certaines informations le font craindre? "Je ne crois pas que

    cette crainte soit réellement justifiée. On ne peut pas généraliser: dans

    la partie nord-est du pays, les maisons ne sont pas occupées par les anciens réfugiés car elles ont été gardées par les familles de leurs propriétaires. La plupart d’entre eux devraient donc pouvoir les retrouver. Mais

    ce n’est le cas ni en ce qui concerne les citadins de Kigali et des autres

    villes, ni pour les réfugiés qui viennent de l’Est, arrivant de Tanzanie,

    car c’est surtout dans cette partie du pays que les anciens réfugiés ont

    occupé les maisons des autres."

    Selon le pasteur Karamaga, le principe semblait acquis avant ce mouvement de population que personne ne doit pouvoir conserver une maison illégitimement occupée. "En tout cas, les Eglises sont absolument vigilantes et

    protesteront avec vigueur si nécessaire."

    "Nous avons besoin d’un soutien exceptionnel"

    Pour le pasteur Karamaga, les priorités de l’Eglise presbytérienne du

    Rwanda sont claires. La première urgence est de trouver les moyens d’aider

    concrètement les réfugiés qui sont de retour. D’autre part, un gigantesque

    travail de réconciliation attend les Eglises rwandaises: "Il faudra agir à

    partir des enfants et des jeunes, afin d’oeuvrer à la réhabilitation de

    cette société qui est au bord de la désagrégation."

    "Nous attendons des Eglises suisses un soutien massif et exceptionnel,

    parce que nous vivons une situation exceptionnelle. Nous aurons besoin de

    sommes colossales, ne serait-ce que pour nourrir toutes les personnes qui

    sont accueillies dans nos centres d’accueil."(apic/spp/jms/mp)

    Encadré

    Le pasteur André Karamaga est bien connu des protestants de Suisse romande,

    puisqu’il a soutenu sa thèse de doctorat à Lausanne. D’abord pasteur au

    Rwanda, il avait été envoyé par l’Eglise presbytérienne en Suisse pour des

    études. Il a obtenu son doctorat à Lausanne suite à la rédaction d’une thèse sur le thème "Evangile et culture". Elu président de l’Eglise presbytérienne du Rwanda au début 1995, André Karamaga est un partisan déclaré de

    la théologie de reconstruction centrée sur l’Afrique. (apic/spp)

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