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    apic/Rwanda/Amnesty International/Violation/Droits de l’homme/Représailles

    Rwanda:Mission d’enquête d’Amnesty International(190297)

    AI dénonce les représailles sanglantes et les disparitions

    Londres/Berne/Kigali, 19février(APIC) Au Rwanda, représailles sanglantes,

    assassinats et disparitions sont plus que jamais à l’ordre du jour, dénonce

    l’organisation de défense des droits de l’homme "Amnesty International",

    dans un communiqué publié mercredi à Londres et à Berne.

    Ces tueries - qui ont certainement déjà fait plusieurs centaines de

    morts depuis le début de l’année - sont le fait de l’Armée patriotique

    rwandaise APR sous les ordres du gouvernement en place à Kigali, ainsi que

    de civils armés, ex-membres des FAR, les forces armées rwandaises de l’ancien régime, ou des milices hutus Interahamwe. Des rescapés du génocide de

    1994 ont participé aussi à des massacres de réfugiés de retour du Zaïre.

    Le rapport d’Amnesty International se base sur les constatations effectuées sur place par une mission d’enquête d’AI qui vient de rentrer du

    Rwanda. AI souligne que depuis le retour forcé au Rwanda en novembre et décembre dernier de plus d’un million de réfugiés en provenance du Zaïre et

    de la Tanzanie, les cas de violations de droits de l’homme au Rwanda ont

    augmenté de façon significative.

    La délégation d’AI relève une augmentation notoire des exécutions extrajudiciaires commises par l’Armée patriotique rwandaise, en particulier dans

    le cadre de mesures de représailles. A ces assassinats commis par les troupes gouvernementales s’ajoutent les massacres indiscriminés de civils par

    des bandes armées, vraisemblablement composées d’ex-membres des FAR et des

    Interahamwe.

    La majorité des victimes: des civils désarmés

    Les meurtres de Hutus par des Tutsis et la pratique des "disparitions"

    sont aujourd’hui monnaie courante, affirme AI. Ainsi, le 25 janvier à Kinigi, dans la région de Ruhengeri, dans le nord-ouest du pays, au moins 20

    Tutsis ont été massacrés vraisemblablement par des soldats de l’ancienne

    armée rwandaise. Le lendemain, en guise de représailles, 140 personnes ont

    été tuées par des Tutsis armés, sans que les soldats de l’APR présents dans

    la zone n’interviennent pour protéger les victimes.

    Les délégués d’Amnesty International affirment qu’au Rwanda, on assiste

    quasiment chaque jour à des règlements de compte sanglants, surtout dans

    les régions nord et ouest. La majorité des victimes sont des civils désarmés, dont des enfants. La récente escalade de la violence est liée au retour au pays de plus d’un million de réfugiés, dont nombre d’entre eux sont

    soupçonnés d’avoir pris part au génocide perpétré en 1994 contre les Tutsis

    et les Hutus modérés.

    Plusieurs membres des ex-FAR, récemment rentrés du Zaïre, ont été assassinés, dans certains cas alors qu’ils étaient détenus, dans d’autres cas

    dans leur propre maison. Plusieurs ont été tués avec les membres de leur

    famille, femmes et enfants compris.

    Des organisations internationales dans le collimateur

    AI affirme que la peur est très sensible aujourd’hui au Rwanda; les gens

    n’osent plus voyager dans certaines régions. Des cas de meurtres non

    éclaircis et de "disparitions" sont même signalés dans la capitale Kigali.

    Les organisations internationales sont également dans le collimateur des

    tueurs: 5 observateurs de l’ONU chargés des droits de l’homme ont été assassinés le 4 février dernier à Cyangugu, dans le sud-ouest du pays.

    Les attaques délibérées contre les ONG nationales et internationales les

    dissuadent d’enquêter dans certaines régions sur les violations des droits

    de l’homme. AI craint que ce ne soit là le début d’une situation dangereuse

    dans laquelle on pourra assassiner sans témoins des civils sans défense.

    AI en appelle au gouvernement rwandais pour qu’il mette tout en oeuvre

    pour empêcher que cette violence extrême ne devienne la normalité quotidienne. Les autorités de Kigali devraient contrôler leurs forces de sécurité et s’assurer que les fonctionnaires qui sont impliqués dans des violations des droits de l’homme soient suspendus et traduits en justice. Tous

    les cas de violations des droits de l’homme doivent être soumis à une enquête indépendante et impartiale dont les résultats doivent être rendus publics.

    L’abbé André Sibomana dénonce la recrudescence de l’insécurité

    Dans une déclaration rendue publique à Kigali en fin de semaine, l’Association Rwandaise pour la défense des droits de la personne et des libertés

    publiques (ADL) interpelle la communauté internationale. Le président de

    l’ADL, l’abbé-journaliste André Sibomana, lui demande de faire pression

    "afin que soient sauvegardés le respect de la vie et l’intégrité physique

    au Rwanda".

    L’ADL donne une liste exhaustive des personnes ou groupes de personnes

    assassinées depuis le début de l’année dans les préfectures de Ruhengeri,

    Gisenyi, Kibungo, Kigali-Ville, Kigali Rurale et Cyangugu.

    L’abbé Sibomana relève que la plupart de ces assassinats sont attribués

    officiellement aux infiltrés qui auraient profité du rapatriement massif

    des réfugiés en novembre et décembre derniers pour entrer dans le pays avec

    leurs armes sans être fouillés par les forces de sécurité. L’ADL précise

    cependant que certains crimes sont commis par des éléments de l’APR qui

    sont en mission, comme le massacre de Butamwa, le 5 février dernier. Parmi

    les victimes se trouvent aussi des officiers rapatriés qui ont été accusés

    à maintes reprises d’avoir été les instructeurs des éléments armés dans les

    camps de réfugiés.

    Les assassinats prennent de plus en plus un caractère massif

    "Ce qui est déplorable, souligne l’abbé Sibomana, c’est que ces assassinats prennent de plus en plus un caractère massif (...) Ces assassinats génèrent d’autres assassinats, sans que les coupables ne soient ni identifiés

    ni appréhendés". L’ADL invite toutes les autorités rwandaises à faire preuve de davantage de discernement "afin d’éviter toute globalisation rapide

    en ce qui concerne l’identification des fauteurs de troubles dans le pays".

    Elle constate que les tueurs en maints endroits "semblent actuellement narguer les services officiels de sécurité" et demande aux autorités de tout

    faire pour mettre ces tueurs hors d’état d’agir. (apic/com/be)

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