Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Vietnam: le tournant décisif

    APIC-Reportage - Vietnam II (110388)

    APIC/Albert Longchamp

    Ho Chi Minh-Ville, 11mars(APIC) J’évoquais la célébration à laquelle je

    fus invité et la vie d’une paroisse au coeur de Ho Chi Minh-Ville. Cette

    image de "paroisse tranquille", en plein coeur d’un quartier populeux d’une

    ville sous régime communiste, masquerait-elle des réalités moins florissantes? Je ne suis pas sans savoir, en visitant le pays, que 70 prêtres et religieux sont encore emprisonnés ou en camps de rééducation. Pour obtenir

    plus de clarté, deux rencontres seront essentielles. L’une avec l’archevêque de Ho Chi Minh-Ville, Mgr Van Binh, l’autre à Hanoï avec un haut

    responsable du gouvernement.

    Le 20 janvier, avec mes deux compagnons et un journaliste vietnamien,

    nous prenons un appareil des lignes intérieures à destination de la capitale, Hanoï. Le vieux Tupolev est-il un "rescapé" des années de guerre? En

    tout cas, nous faisons tout le voyage derrière des hublots aveugles, la

    vitre étant recouverte d’une bonne couche de peinture blanche. A peine arrivés, nous sommes reçus séance tenante par le Président de la Commission

    des Cultes, poste équivalent à celui d’un ministère. M. Nguyen Quang Huy

    est un homme très élégant et affable. Tandis que son secrétaire, qui

    n’ouvre pas les lèvres mais prendra note de tous nos propos, nous sert en

    même temps du thé sans sucre et du café au lait archi-sucré, le président

    brosse un tableau général des religions au Vietnam. Son propos est ferme,

    sans détour ni recours à la fameuse "langue de bois".

    Il parle en clair et ne manque pas d’humour. "Il y a peu d’athées au

    Vietnam, avoue-t-il. Je suis l’un d’entre eux. Mais ma femme a dressé un

    autel familial aux Ancêtres". Puis il se fait plus sérieux: "A peu près 90%

    de la population vietnamienne a une foi religieuse. Ces gens vivent leur

    foi avec bonheur. Le parti et le Gouvernement doivent respecter cette foi

    religieuse. Nous vivons dans le rythme du monde et, dans notre région, il y

    a beaucoup de religions. Nous sommes le premier pays socialiste du Sud-Est

    asiatique. Les autres pays nous regardent et observent notre manière de

    traiter avec les religions".

    Le président évoque les "insuffisances" de la politique religieuse,

    énumère ses réussites: ouvertures de séminaires, autorisation de l’archevêché de Hanoï d’imprimer et de distribuer 150.000 missels, rencontre

    entre la conférence épiscopale et le secrétaire général du Parti communiste

    vietnamien, M. Nguyen Van Linh le 28 mai 1987, et entre le secrétaire

    général et une délégation de 300 bouddistes en octobre de la même année.

    Les frictions Eglise-Etat

    Après les généralités, M. Quang Huy aborde les sujets les plus délicats.

    Et se risque véritablement dans les zones de friction entre l’Eglise et

    l’Etat. "Nous nous voyons chaque mois avec le cardinal, explique-t-il en

    substance. Nous nous respectons franchement. il vient me parler de la nomination des nouveaux prêtres. Et du projet de faire inviter le cardinal Etchegaray (président de la Commission pontificale "Justice et Paix"). Nous

    avons donné notre accord à cette visite. La venue du cardinal Etchegaray au

    Vietnam serait peut-être le signe d’une reprise des relations avec le Vatican."

    Admiration et reproches se partagent les appréciations gouvernementales:

    "nous respectons les relations entre le Vatican et l’Eglise du Vietnam,

    poursuit le président de la Commission des affaires religieuses, qui précise: "pourvu que ces relations ne nuisent pas à notre pays". Ici les choses

    se gâtent: "Nous pensons qu’il est temps de reprendre des relations avec le

    Vatican. Le Vatican est une grande puissance mondiale. Mais nous avons aussi l’expérience que les représentants du vatican ne nous apportaient pas

    grand-chose autrefois. Aucun pape n’a eu de paroles favorables à notre

    égard. Au contraire. Pie XII a donné sa bénédiction au général de Lattre de

    Tassigny".

    "Aucun pape n’a supporté notre lutte. Le pape actuel, en visitant Bangkok (lors de son voyage en Thaïlande en 1983), a eu des paroles pas très

    bonnes pour notre gouvernement lors de sa visite à un camp de réfugiés.

    Tout récemment, la décision de canoniser 117 martyrs vietnamiens, sans consulter notre gouvernement, est un acte qui atteint l’unité de notre pays.

    Les trois cent ans d’existence du catholicisme au Vietnam représentent aussi trois cents ans de collaboration avec le colonialisme. La persécution

    des catholiques au temps des empereurs Minh Mang, Thieu Tri, Tu Duc (de

    1820 à 1883) n’avait pas que des causes religieuses. Avec ses 117 martyrs

    canonisés, l’Eglise du Vietnam va se trouver au sixième rang des Eglises

    qui ont eu au monde le plus de martyrs. On dit à Rome que c’est un grand

    honneur. Nous ne sommes pas d’accord."

    Hanoï encore méfiant vis-à-vis de Rome

    Ces propos donnent le ton des relations actuelles entre Hanoï et Rome.

    Les accès de mauvaise humeur n’ont pas disparu. Le Vietnam n’a pas du tout

    apprécié la nomination du cardinal Trinh Van Can à la co-présidence du dernier Synode des évêques à Rome, ou siègeaient déjà un président - le pape et un autre vice-président, le cardinal Lubachivsky, tous deux originaires

    de pays sous régime communiste. Hanoï a pour cette raison prié le cardinal

    Van Can de se trouver "une maladie diplomatique" et n’a laissé partir les

    deux évêques représentants du Vietnam au Synode qu’avec un retard "significatif". Le 8 janvier, le Vatican ripostait en nommant un Nord-Vietnamien,

    Mgr Vincent Tran Ngoc Thu, au poste de second secrétaire personnel du pape!

    Quant à la visite du cardinal Etchegaray, Rome affirme "n’être pas au courant"!

    "La situation religieuse s’améliore"

    Comment l’archevêque de Ho Chi Minh-Ville, Mgr Nguyen Van Binh, estimet-il l’évolution de la situation? Détendu, souriant, paisible, l’archevêque

    nous reçoit dans un salon ou le portrait de Ho Chi Minh,d’un côté, dévisage

    celui de Jean XXIII, sur l’autre paroi. "Nous faisons notre possible pour

    participer à la vie de l’Etat. Si le cardinal Van Can n’a pas été autorisé

    à aller au Synode, c’est parce que le gouvernement avait l’impression que

    Rome veut donner de notre pays l’image d’un Etat persécuteur." Nous demandons explicitement à l’archevêque de préciser sa pensée. Il confirme: "Nous

    ne sommes pas une Eglise persécutée. La situation religieuse s’améliore de

    plus en plus. Mais nous sommes dans un Etat totalitaire. Son prinicpe est

    de tout contrôler".

    Le principe du contrôle s’applique en particulier à la relève du clergé

    et des congrégations religieuses qui étaient et demeurent fort actives au

    Vietnam. Si la situation des ordres religieux masculins reste précaire, le

    recrutement du clergé séculier pose moins de problèmes. Hanoï a autorisé

    l’ouverture de 6 Grands séminaires. Deux d’entre eux sont effectivement

    ouverts: celui de Ho Chi Minh-Ville compte 48 séminaristes venant de six

    diocèses du Nord; celui de Hanoï, pour trois diocèses du Nord, en compte

    une quinzaine actuellement. Le séminaire de Can Tho, dans le Delta du

    Mékong, ouvrira ses portes cette année.

    Les vocations de manquent pas, mais la sélection est sévère. Les candidats doivent répondre aux critères d’admission établis en 1987 pour l’accès

    à l’enseignement supérieur, critères qui sont vivement critiqués par l’opinion. (Voir l’article à la fin de cet épisode)

    Les livres théologiques datent!

    Une quarantaine de prêtres ont été ordonnés en 1987. Pour l’ensemble des

    6 millions de catholiques, l’Eglise compte 2200 prêtres affectés aux 25

    diocèses du pays. La formation des séminaristes n’est pas une mince affaire. Les catholiques vietnamiens ont été largement coupés des recherches

    théologiques postconciliaires. L’information passe, aujourd’hui encore,

    avec de réelles difficultés. C’est ainsi que le dernier Synode n’a fait

    l’objet, m’a-t-on dit sur place, que d’une "vague rumeur". Les manuels de

    théologie, comme j’ai pu vérifier au Grand Séminaire de Ho Chi Minh-Ville

    et pour ce qui concerne les éditions en langue française, ont subi l’outrage des ans! Heureusement, l’envoi de livres religieux est désormais possible.

    Quant à l’enseignement, il est assuré à Hanoï par l’évêque auxiliaire,

    Mgr Nguyen Van Sang. Le cardinal Trinh Van Can donne également des cours de

    pastorale. Quatre autres évêques ont été aussi "embauchés" pour cette tâche

    capitale entre toutes. Mais il n’est pas question d’effectuer des ponctions

    dans le clergé paroissial pour renflouer le corps enseignant du Grand Séminaire. Le diocèse de Hanoï ne compte que 15 prêtres en paroisses. Huit ordinations, le 8 décembre 1987, sont cependant venues grossir les rangs du

    clergé. Et cette situation de pénurie sacerdotale n’a pas eu que des inconvénients. A travers les "comités de paroisse", les laïcs ont largement pris

    en charge la catéchèse, la préparation aux sacrements, l’animation des

    célébrations dominicales sans prêtre.

    (à suivre)

    L’enseignement au Vietnam

    Un système de sélection très critiqué: les quatre catégories

    Selon les directives officielles publiées en mars 1987, les candidats à

    l’enseigenemnt supérieur (Universités et Grandes Ecoles) sont soumis à un

    classement discriminatoire selon qu’ils appartiennent à l’une des quatre

    catégories suivantes:

    1)La première catégorie comprend notamment les héros de l’armée et du

    travail, les soldats et policiers ayant eu trois ans de service, les

    ouvriers d’élite ayant travaillé au moins pendant trois ans dans la production, les enfants des familles ayant eu au moins deux autres enfants morts

    pour la Libération, les personnes appartenant aux "minorités ethniques" et

    ayant une "bonne attitude politique".

    D’après nos informations et nos rencontres, la plupart des séminaristes

    appartiennent à cette première catégorie. Quand on les interroge, en effet,

    ils précisent qu’ils ont accompli leur service militaire (certains ont accompli leurs obligations militaires au Cambodge occupé, comme on le sait,

    par l’armée vietnamienne). Par ailleurs, si les séminaristes n’appartenaient pas à cette catégorie, ils n’auraient probablement jamais reçu l’autorisation gouvernementale d’accéder au séminaire. Mais les évêques et les

    supérieurs religieux se réservent évidemment le droit de vérifier, du point

    de vue religieux, l’authenticité de la vocation sacerdotale et spirituelle

    des cadidats.

    2)La seconde catégorie d’étudiants admissibles à l’enseignement supérieur

    concerne, entre autres:

    -Les membres des Brigades de jeunes volontaires;

    -les cadres et employés de l’Etat titularisés depuis au moins trois ans;

    -les enfants de cadres révolutionnaires ayant milité avant le 30 avril

    1975 (chute de Saïgon, libération du Sud-Vietnam);

    -les lycéens responsables du Mouvement de la Jeunesse communiste.

    3)Dans la troisième catégorie sont placés, selon le texte officiel, "les

    élèves enfants des cadres et employés de l’Etat, des ouvriers, paysans et

    travailleurs ne relevant pas des catégories 1 et 2 précitées" et surtout

    "les enfants dont les parents ont participé à l’ancien régime, ont été

    rééduqués depuis et à qui les droits civiques ont été rendus".

    Cette troisième catégorie a fait et fait encore l’objet d’un intense

    débat public répercuté par la presse. L’opinion s’élève contre la pénalisation d’enfants dont le seul tort est d’être "mal nés".

    4)La même critique s’adresse à la dernière catégorie, qui comprend les

    jeunes "dont les parents ont émigré illégalement".

    Sous la pression de l’opinion, exercée notamment par le journal de la

    Jeunesse, "Tuoi Tre", la Commission de l’enseignement a dû rendre public

    les barèmes appliqués, en fonction de ces catégories, aux concours d’entrée

    de l’année universitaire. Ainsi, un candidat à la section de mathématique

    et physique à l’Université de Ho Chi Minh-Ville devait obtenir, suivant

    qu’il appartenait à la catégorie 1,2,3 ou 4: respectivement 11, 16, 17,5 ou

    18,5 points. Pour entrer à l’Ecole Polytechnique, le barème était de

    16,17,21 ou 23 points. L’accès à l’Ecole supérieure des Finances et de la

    Gestion était encore plus complexe. On affectait d’un coefficient supérieur

    le candidat s’il venait de Ho Chi Minh-Ville intra muros, ou s’il venait

    d’un lointain district de la province.

    Critiquée, cette politique des catégories a trouvé néanmoins sa justification. On pouvait lire, l’été dernier, dans un article signé Nguyen Ngoc

    Giao et par ailleurs opposé à l’application pure et dure du système: "Au

    risque de scandaliser le lecteur en état de choc, nous soutenons que la

    philosophie qui sous-tend ce favoritisme est des plus légitimes: réparer

    les injustices dont ont été longtemps victimes les couches populaires, marquer la reconnaissance envers ceux qui se sont le plus sacrifiés à la lutte

    révolutionnaire pour la libéralisation du pays, s’assurer que "l’élite" du

    pays soit d’extraction largement populaire". (apic/al/bd)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus