Jacques Berset, Agence APIC
Du ciné porno dans une église
Les catholiques latins ont enfin récupéré l’église St-Alexandre à Kiev
(Kiev) Avec la "perestroïka" et la démocratisation de Gorbatchev, on en
était même venu à projeter ici, dans l’église St-Alexandre, des films pornographiques, ce qui a provoqué des manifestations de protestation devant
l’ancien édifice religieux. "Finalement nous avons vaincu", lance, non sans
fierté, le curé Janis Krapan. Les 12’000 catholiques de rite latin de Kiev
viennent en effet de récupérer leur lieu de culte, confisqué durant la persécution stalinienne et transformé en planétarium et en locaux pour clubs
aux activités "très profanes". La situation des catholiques latins s’était
déjà beaucoup améliorée en mai 86, suite à la catastrophe de Tchernobyl,
les autorités d’alors voulant "tranquilliser" la population de la capitale
ukrainienne prise de panique.
Juste au-dessus du bâtiment à l’élégante architecture moderne abritant
la section locale du Musée Lénine, un édifice gris surmonté de coupoles aux
croix absentes depuis des décennies: le planétarium. Depuis le 13 janvier
dernier, l’église St-Alexandre, bien située au centre-ville, a retrouvé ses
fonctions religieuses. La messe y est dite désormais dans l’une des coupoles transformée en chapelle et ornée d’un grand portrait de Jean Paul II
entouré d’icônes de la Vierge et d’un tableau représentant le Christ-Roi.
L’intérieur du bâtiment a été construit dans les années 50, et des bureaux
encore occupés par divers clubs et associations sont répartis dans les étages. Il faudra démonter tout cela, précise Janis Kapran, car l’église doit
retrouver sa structure primitive et la communauté, qui est toujours plus
nombreuse, manque de place.
Privés de lieux de culte durant la période de terreur stalinienne - jusqu’à la Révolution de 1917, Kiev comptait 27 églises latines - les catholiques de la capitale ukrainienne ont lutté des années pour récupérer les
deux églises restantes : St-Alexandre et St-Nicolas. Janis Krapan, un curé
d’origine lettone, mais qui vit depuis 23 ans en Ukraine, nous explique que
la dernière messe dans cette église avait été célébrée en 1938 et que son
prédécesseur à St-Alexandre, le P. Zmigrodzki, avait été arrêté et exécuté.
Après la guerre, les catholiques de Kiev avaient le droit de célébrer la
messe une seule fois par mois, mais en banlieue, et le prêtre devait venir
d’Odessa, à 500 km de là. Au début des années 80, le P. Krapan a reçu un
permis pour dire la messe deux fois par mois. Il devait faire plus de 200
kilomètres pour venir à Kiev et ne pouvait y séjourner plus de deux jours.
"Après Tchernobyl, tout a été plus facile"
"Après la catastrophe de Tchernobyl, tout a été plus facile", affirme
Janis Krapan, car les autorités locales voulaient à tout prix tranquilliser
une population paniquée, angoissée, maintenue dans l’ignorance totale de
l’ampleur et des dangers de l’accident nucléaire. A partir de mai 1986, le
curé a pu dire la messe tous les jours et rester à demeure à Kiev. Deux ans
plus tard, lors du millénaire du baptême de la Rus’ (la christianisation de
la Russie kiévaine) en 1988, de nombreuses activités ont pu se développer :
grèves de la faim pour la restitution des églises, pour montrer la présence
des chrétiens à Kiev, etc.
Le pape enthousiasme la jeunesse
Si le bâtiment de l’église St-Alexandre, restitué au début de l’année,
est dans un état lamentable, la communauté paroissiale, majoritairement
d’origine polonaise, est par contre florissante : trois messes en polonais,
une en ukrainien et une autre en russe sont dites chaque week-end. Chaque
dimanche 1’500 à 2’000 personnes assistent aux offices religieux. Il y a
beaucoup de jeunes qui viennent, précise le curé, et il y a même plus de
baptêmes parmi les jeunes que chez les enfants.
De nombreux jeunes, enthousiasmés à l’idée de rencontrer Jean Paul II,
se sont déjà inscrits pour aller voir le pape en Pologne, en juin prochain
à Przemysl, et en août à Czestochowa. C’est, nous précise le P. Kapran, que
cette jeunesse, longtemps éduquée dans un système pronant le matérialisme
scientifique et l’athéisme militant, cherche désespérément des repères moraux et spirituels. Vivant dans une société qui ne semble offrir aucune
perspective d’avenir, insécurisée par une crise économique et sociale sans
précédent, elle est une proie facile pour les marchands d’illusions - les
mages de tout acabit ont la cote sur les écrans de la télévision d’Etat et les nombreuses sectes qui ont choisi la région comme terrain de chasse.
Face à ce défi, les Eglises chrétiennes se présentent malheureusement en
ordre dispersé : "Nous avons de bonnes relations avec les gréco-catholiques
(uniates), précise le curé de St-Alexandre, mais aucun contact avec les orthodoxes, en particulier avec ceux du Patriarcat de Moscou". Les orthodoxes
eux-mêmes se déchirent entre "orthodoxes ukrainiens autonomes" dépendant du
Patriarcat de Moscou et orthodoxes "autocéphales", qui ont constitué leur
propre hiérarchie et qui réclament pour eux-mêmes la restitution de la cathédrale Sainte-Sophie, "mère" de toutes les églises d’Ukraine et de Russie, transformée en musée durant la période stalinienne. (apic/be)
(Illustrations de ce texte disponibles à l’agence CIRIC Tél:021/25 28 29)