APIC-Reportage II
Craintes dans la minorité hongroise
Jacques Berset, Agence APIC
Bratislava (APIC) Les Slovaques ont adopté le 1er septembre leur nouvelle
Constitution à la grande majorité des députés du Conseil national, c’est-àdire du parlement de Bratislava. Seuls les démocrates chrétiens du KDH de
l’ancien premier ministre Jan Carnogursky, qui maintiennent leur option fédéraliste (rester avec Prague), ont voté contre, tandis que les députés de
l’importante minorité hongroise quittaient la salle avant le vote. Signe
que les 600’000 hongrois vont bientôt faire sécession pour n’avoir pas obtenu l’autonomie désirée ? "Slovaquie ne rime pas avec Yougoslavie", rétorquent les observateurs et la plupart des représentants hongrois sont du même avis.
"En général, pour un Hongrois, la situation est plutôt calme en Slovaquie. Il peut arriver que lorsque que quelqu’un est saoul, il fasse montre
d’agressivité, mais cela arrive partout... Lorsque je suis allé à l’Université, je ne savais pas bien le slovaque, mais les professeurs ont fait
preuve de compréhension". Député au Parlement de Bratislava, Béla Bugár est
d’origine magyare. Il fait partie des quelque 600’000 membres de la minorité hongroise de Slovaquie (11 % de la population) et continue à se battre
pour l’autonomie des Hongrois dans le nouvel Etat slovaque.
Agé de 34 ans, ingénieur dans l’industrie mécanique, Béla Bugár habite à
Samorin, dans l’un des nombreux bourgs peuplés de Hongrois situés sur la
rive gauche du Danube. Avec son look de jeune cadre dynamique, le député et
président du Mouvement démocrate-chrétien hongrois MKDM (Magyar Kereszténydemokrata Mozgalom) tient pour l’interlocuteur étranger un discours plutôt
modéré : "Nous ne sommes pas séparatistes, nous nous battons seulement pour
l’égalité des droits de tous les citoyens", même si le traité de Trianon,
qui a amputé en 1920 la Hongrie d’une majeure partie de "son" territoire,
lui reste en travers de la gorge.
Les partis de la minorité hongroise "Együttéllés" (Vivre ensemble) et le
parti démocrate-chrétien hongrois MKDM, qui ont gagné ensemble 14 sièges au
parlement de Bratislava, réclament une autonomie scolaire et culturelle
pour les Hongrois. La minorité hongroise, maintenant que la Tchéco-Slovaquie va disparaître et que l’on s’achemine vers l’indépendance de la Slovaquie, sent confusément une pression psychologique.
"Nous ne pouvons pas encore tout à fait la fonder sur des faits objectifs..." note Bugár Béla, qui mentionne cependant des cas de frottements
entre les diverses communautés, depuis que le discours nationaliste tient
le haut du pavé. Au point de presque regretter le temps des communistes,
"qui ne faisaient pas de distinction sur une base nationale". Ainsi, avant
1989, il y avait au Ministère de l’éducation une section qui s’occupait des
écoles pour les minorités; elle a été supprimée, mais les Hongrois disposent toujours de leurs écoles et d’établissements d’enseignement technique,
même s’ils n’ont pas (encore?) d’Université.
Dans certains endroits, déplore-t-il, les registres d’Etat civil ne veulent plus enregistrer les noms typiquement hongrois. Certaines expressions
chauvinistes utilisées par le premier ministre slovaque Meciar ont inquiété
la minorité hongroise, qui craint une ligne plus dure dans le futur. La
nouvelle Constitution indique dans son préambule que c’est la nation slovaque qui l’a faite, alors que les Hongrois auraient souhaité que l’on parte
du principe qu’il s’agit de l’oeuvre des citoyens de la Slovaquie, sans
mention de nations. Le slovaque est aussi mentionné comme la langue de
l’Etat, ce qui faire craindre pour l’usage futur du hongrois dans l’administration locale ou dans les tribunaux, dans les zones de peuplement hongrois. Il y a déjà eu des problèmes avec les panneaux bilingues des villages hongrois...
Au village de Gabcikovo, où les gigantesques travaux hydroélectriques
sur le cours détourné du Danube sont en passe d’être achevés, le jeune cafetier hongrois compte de nombreux amis slovaques. Il se dit pacifiste et
ses craintes sont d’abord liées à la crise économique. Dans les vitrines,
un paquet de 600 grammes de lessive Persil coûte 50 couronnes, une chemise
200, des souliers plus de 400... pour un salaire ouvrier de 3500 couronnes,
celui d’un médecin chef ou d’un professeur d’Université représentant moins
du double! Et l’on parle d’augmenter l’électricité et le gaz. Malgré la
crise et le chômage qui augmente, la peur diffuse des tensions nationalistes n’épargne plus le sympathique barbu. Mais tout de même, tient à souligner le député Bugár Béla, "si l’on compare notre situation à celle des Hongrois de Transylvanie, en Roumanie, de Voïvodine, en Serbie, ou même
d’Ukraine transcarpathique, il vaut mieux vivre en Slovaquie!" (apic/be)
Encadré
Des minorités ethniques et religieuses
Les pays tchèques (Bohème et Moravie) comptent environ 10,5 millions d’habitants répartis sur un territoire de 78’864 km2, tandis que la Slovaquie
en compte près de 5,3 millions sur 49’014 km2, un territoire un peu plus
grand que la Suisse.
Selon un recensement datant de 1991, la Fédération tchéco-slovaque compte 46,37 % de catholiques romains (dont 39,21 % dans la République tchèque
et 60,36 % dans la République slovaque), tandis que ceux qui se sont déclarés sans confession atteignent près de 40 % de la population tchèque contre
9,7 % des Slovaques. Près de 17 % n’ont pas voulu répondre à la question
posée, dont certains par peur d’une hypothétique reprise de la persécution
religieuse, d’autres craignant de s’afficher "athées". Les grecs-catholiques déclarés sont environ 200’000, dont l’essentiel en Slovaquie orientale. Les luthériens, les hussites, les frères tchèques, les réformés, et les
orthodoxes forment ensemble environ 6 % de la population.
Selon les chiffres officiels, la minorité hongroise de Slovaquie compte
près de 600’000 membres, soit environ 11 % de la population, tandis que les
Tziganes forment plus de 1,5 % de la population de la République slovaque,
les Tchèques 1,1 %, les Ruthènes 0,32 % et les Ukrainiens 0,26 %. (apic/be)
(Les photos de ce reportage peuvent être commandées à l’agence CIRIC à Laus
sanne. Tél. (021) 25 28 29; Fax. (021) 25 28 35)