Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Drame familial... drame d’enfants (130793)

    APIC - REPORTAGE

    Famille d’accueil ou institution?

    Divergences pour un même souci au sein des services sociaux romands

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    Fribourg, 13juillet(APIC) Parce que des gosses vivent une enfance douloureuse en raison de graves problèmes familiaux, quelque 250 familles dites

    d’accueil en Suisse romande ont choisi de les prendre en charge, pour une

    période plus ou moins longue. De les élever comme leurs propres enfants.

    Pas simple. Les problèmes ne manquent pas. Et les avis divergent d’un canton à l’autre sur la question du placement de l’enfant en famille d’accueil

    ou en institution. Enquête.

    Des milliers de gosses sont victimes en Suisse de mauvais traitements

    physiques. Un rapport publié par le Département fédéral de l’Intérieur en

    juin 92 sur l’enfance maltraitée consterne par l’ampleur du phénomène. Selon une une enquête menée du 1er avril 89 au 31 mars 90, 1155 cas de mauvais traitements ont été signalés au groupe de travail, touchant un millier

    de familles. Abus sexuels, négligences et carences au niveau des soins,

    mauvais traitements physiques et psychiques. Difficile à imaginer: 5’000

    bébés battus. Les chiffres sont loin d’être exhaustifs. La justice se charge de sévir. Mais le drame social demeure. Les services sociaux cantonaux

    ne chôment pas. Pour placer momentanément ou à longue échéance des gosses

    qui ne demandent rien d’autre que de vivre leur vie d’enfant.

    Près de 250 familles en Suisse romande vivent aujourd’hui l’expérience

    d’accueillir un enfant. Même si les appréciations des services sociaux cantonaux en la matière divergent parfois, de Delémont à Genève, de Neuchâtel

    à Sion en passant par Fribourg et Lausanne. Principalement sur les orientations à donner aux placements d’enfants dont les parents sont momentanément

    ou à longue échéance dans l’incapacité de les prendre en charge.

    Diminuer les risques d’échec

    Famille d’accueil ou institution? Quels critères? Les solutions miracles

    n’existent pas, relève Josette Bueche, assistante sociale à Delémont. Tout

    au plus des critères de base, des appréciations d’une situation donnée, des

    évaluations pour tenter de diminuer les risques d’échec. Pour l’enfant placé. Pour le père et la mère par trop vulnérables déjà. Mais aussi pour la

    famille d’accueil, qu’un choix erroné pourrait rendre fragile. Placer en

    famille d’accueil un adolescent trop gravement perturbé par des problèmes

    psychiques ou autres serait hypothéquer l’équilibre familial. Reste alors

    l’institution, avec son encadrement de professionnels, explique l’assistante sociale.

    Pas simple de trancher lorsque seul doit être pris en compte le bienêtre de l’enfant en proie au sentiment d’abandon, en rupture de tendresse,

    en mal d’affection et de sécurité. Balloté entre la crise que vivent des

    parents et l’amour qu’il leur conserve. Entre son rêve de gosse interrompu

    et le drame vécu d’un père et d’une mère. Des deux parfois. Drame de l’alcool, de la drogue, dépression d’une mère cabossée par les difficultés, désespoir d’un père depuis trop longtemps au chômage. Drame de l’éducation,

    de l’enfant battu, abusé ou mal nourri, peu ou pas suivi dans son apprentissage de la vie.

    Ces réalités frappent au quotidien. En Suisse comme ailleurs. D’où l’application de mesures prévues par l’Ordonnance fédérale sur le placement

    d’enfants, que les cantons sont chargés d’exécuter, par services sociaux ou

    Offices des mineurs interposés. Décisions douloureuses dans tous les cas,

    qui ne passent ni par l’adoption, ni par la rupture avec les parents naturels. Ni surtout par le retrait de l’autorité parentale, mesure extrême et

    rare.

    Divergences: quelles solutions

    La solution? La mise en institution de l’enfant. Ou alors son placement

    en famille d’accueil, après une enquête et une évaluation de la situation.

    Une solution à laquelle on a tendance à recourir dans les cantons du Jura,

    du Valais, de Genève et de Vaud, sans pour autant exclure l’institution.

    Une vingtaine de familles d’accueil dans le Jura et en Valais, un peu moins

    d’une centaine dans les cantons de Genève et Vaud, quelques-unes dans ceux

    de Fribourg et Neuchâtel. Les statistiques font parfois défaut en la matière. Pour Neuchâtel et Fribourg principalement qui ont prioritairement

    opté pour le placement en institution. La notion de placement étant parfois

    aussi plus large car étendue à d’autres cas: divorces, décès, ou travail

    des parents...

    "Nous n’avons pas de service spécifique en matière de placement d’enfants, que seuls des juges de district peuvent décider dans le canton de

    Neuchâtel", confirme Raphaël Bohnet, assistant social à Neuchâtel. La perspective d’un retour dans la famille naturelle incite plutôt à sa mise en

    institution. "Le canton est suffisamment pourvu en maisons spécialisées,

    bien encadrées par les professionnels que ne sont à priori pas les familles

    d’accueil". Selon R. Bohnet, l’institution réduit les risques possibles qui

    pourraient conduire au sentiment d’abandon que le gosse pourrait éprouver

    une seconde fois en cas d’échec en famille d’accueil.

    Son de cloche identique à Fribourg, canton où l’autorité tutélaire est

    confiée aux juges de paix. Selon l’Office des mineurs, chargé du suivi des

    dossiers avec les différents services sociaux, le fait que des parents naturels s’opposent au placement des enfants en famille constitue une raison

    suffisante pour y avoir recours le moins possible. Les cas de placement

    existent cependant. D’où le souhait des milieux sociaux, dit-on, de voir se

    créer une association de familles d’accueil, à l’instar de celle qui a vu

    le jour dans le canton de Vaud, qui groupe une cinquantaine de membres 1).

    Du côté de Lausanne, justement, seul le Service de protection de la jeunesse peut délivrer une autorisation d’accueillir un enfant, après une décision du juge de paix. Situation quelque peu identique à Genève, où l’organe central, la chambre des tutelles, fait autorité, laissant au Service

    de protection de la jeunesse le soin de donner son agrément au placement

    après enquête et évaluation préalables. A Genève comme à Lausanne, on évoque et admet ce que l’ensemble des services sociaux romands constatent, à

    savoir la difficulté de trouver des familles d’accueil, qui ne doivent être

    motivées ni par des considérations d’ordre trop religieuse, ni par des motifs financiers, même si une pension est perçue pour l’enfant. Mais par

    l’aspect humain du problème. Un esprit d’ouverture. "Le bouche à oreille ne

    suffit pas, d’où, parfois, le recours aux annonces de presse. Les familles

    se présentent généralement spontanément à nos services. Mais c’est vrai,

    déplore à Genève Jacqueline Kramer, que nous ne disposerions pas actuellement de suffisamment de familles d’accueil s’il fallait résoudre du jour au

    lendemain une dizaine de cas urgents".

    Dans le Valais, chaque commune dispose d’une chambre pupillaire, une autorité tutélaire en quelque sorte, travaillant en lien avec l’Office des

    mineurs et les services sociaux. "Seuls quelques villes comme Sion par

    exemple, disposent d’un chambre pupillaire officielle. D’un tuteur officiel, contrairement aux communes dont les chambres sont composées de M. et

    Mme tout le monde... De bénévoles", explique-t-on à l’Office des mineurs.

    Une procédure contestable dans la mesure où les décisions ne sont pas prises par des professionnels. Un peu comme dans le Jura du reste. Où l’autorité tutélaire appartient aux Conseils communaux (exécutif). Un cas unique

    en Suisse romande.

    Jura: le mauvais héritage du canton de Berne

    Si la décision de soustraire pour un temps des enfants à une famille appartient à une autorité tutélaire, à l’Office des mineurs dans certains

    cantons, à un juge de paix dans d’autres, dans le Jura, déplore Josette

    Bueche, l’autorité tutélaire reste aux conseils communaux. "82 communes...

    82 manières de penser et d’appliquer la loi. Un mauvais héritage de la loi

    bernoise encore et toujours appliquée ici. Et qu’il conviendrait de changer". Certaines communes ne veulent pas entendre parler de placement. On

    occulte les cas de mauvais traitements, par manque de courage d’aller jusqu’au bout, parce qu’il en coûtera à la commune de placer l’enfant.

    "Les critères d’appréciation en la matière n’appartiennent pas à des

    professionnels. Les conseils communaux font certes parfois ce qu’ils peuvent... mais ne sont pas obligés de tenir compte des avis des professionnels des services sociaux régionaux. Des communes ont été sommées d’intervenir. Elles ont pourtant le devoir de la protection de l’enfance, mais

    l’interprètent à leur façon". Bien sûr, poursuit-elle, il faut une plainte

    pour intervenir... d’un voisin ou de l’instituteur, par exemple. Il appartient ensuite aux services sociaux régionaux d’effectuer une enquête et

    d’évaluer la situation. Afin de déterminer s’il convient ou non de retirer

    l’enfant, ce qui est loin d’être toujours la meilleure solution. "Encore

    faut-il trouver quelqu’un qui veuille bien porter plainte, et témoigner

    lorsqu’il y a suspicion de mauvais traitements... Les rumeurs ne suffisent

    pas. On nous dit: ’J’ai entendu que...’ ’Je crois que.... mais je ne tiens

    pas à m’en mêler’. On rencontre quelquefois des gens qui craignent de collaborer, au même titre que les communes...", s’étonne Josette Bueche. "Même

    des médecins gardent parfois le mutisme... en se retranchant derrière le

    secret professionnel".

    Un comble compte, tenu de l’enjeu: le bien de l’enfant, son développement. Son équilibre. "L’autre obstacle, certains parents naturels se chargent de le dresser.... Si ceux-ci ne sont pas d’accord avec le placement,

    ils mettront l’enfant en situation d’échec, par des pressions psychologiques exercées sur le gosse par rapport à sa famille d’accueil. Le placement

    devient alors infernal. Il s’agit dès lors de travailler avec le père et la

    mère de l’enfant, pour les déculpabiliser. Et de faire en sorte qu’ils adhèrent à cette solution - schéma idéal - afin d’éviter à l’enfant un perpétuel conflit de loyauté entre la famille naturelle et la famille d’accueil.

    Un déchirement trop brutal. (apic/pr)

    ENCADRE

    Sept enfants et sans connaître le stress

    "Sept enfants? Ils ont bien du courage"... Les commentaires vont bon

    train autour du couple Vauclair, une famille jurassienne de Courtemaîche.

    Un village ajoulot de quelque 600 habitants situé à une dizaine de km de

    Porrentruy. Etonnement des gens, incrédulité aussi. Normal, par les temps

    qui courent, dans un pays où la moyenne des enfants par famille n’arrive de

    loin pas à deux. Alors sept..., dont deux sont en adoption et deux autres

    en accueil!

    On ne s’improvise pas du jour au lendemain "famille d’accueil". Papa,

    maman, un gosse ou deux... puis le repli peut-être, sur le sentiment du devoir accompli. Du définitivement accompli. Rien de tel chez les familles

    d’accueil rencontrées. Une ouverture vers l’ailleurs et vers l’autre. Une

    démarche née du partage et du dialogue entre les membres de la famille...

    Parce que la détresse qui frappe les autres ne laisse pas indifférent. Parce que cette détresse appelle à l’engagement. "Pas simple d’accueillir un

    enfant qui n’est pas le sien et de l’aimer comme le sien. De garder l’équilibre entre les enfants de sa propre famille et les gosses accueillis",

    confie Josette Bueche.

    Cette adhésion, Patricia et Daniel Vauclair, âgés de 40 et 42 ans, l’ont

    obtenue des parents naturels. Et pas seulement pour Carinne, accueillie en

    novembre 1990, mais aussi pour Laura, une petite trisomique que sa mère n’a

    jamais acceptée, placée en 1992. Le choix des Vauclair n’étonne pas ceux

    qui les connaissent. Les gosses font partie de leur vie. Ils sont leur vie.

    Trois sont nés de leur union commencée il y a 20 ans. Et deux autres sont

    encore arrivés, en adoption. "Deux gamines du Sri Lanka".

    Riche, les Vauclair, pour se permettre de nourrir et d’éduquer sept enfants? Et peut-être d’autres encore, car ils y pensent. Certains l’imaginent, ou l’insinuent. "On touche une pension alimentaire pour les enfants

    dont nous avons la charge. Quant à mon mari, il travaille comme gérant d’un

    centre de jardinage... On est content lorsque nous arrivons à la fin du

    mois avec plus 5 cts", commente simplement Patricia.

    Le stress? Elle ne sait pas ce que c’est. Sa vie est une philosophie de

    simplicité. Qu’elle applique autour de la table familiale lors des repas

    pas tristes du tout, dans son travail aussi, qui ne manque pas. Et sans machine à laver la vaisselle. "Un choix. Je suis plutôt portée vers l’écologie". Levée entre 5 heures et 5h.30... les tâches quotidiennes, les devoirs

    des enfants, les repas et même la main à la pâte pour aider à la rénovation

    de la maison récemment achetée à Courtemaîche. Puis le sommeil, souvent

    tard le soir. Patricia ne voudrait pas d’une vie différente. Jamais chez le

    coiffeur, jamais de maquillage. Elle va à l’essentiel sans jamais reluquer

    le superflu que propose la société de consommation. Sans pourtant jamais

    frustrer personne. Et surtout pas ses enfants et son époux qui partagent

    son idéal de vie construit autour de la famille. Sans distinction aucune

    entre les enfants. "En harmonie, sans poser ni contrainte ni barrière, en

    respectant les personnalités de chacun. Si on aime, si on est aimé, on peut

    faire passer beaucoup de choses et surmonter tellement d’obstacles".

    La décision de devenir famille d’accueil? "Prise en famille, en dialogue

    avec mon mari et nos enfants". Le dialogue. Ce maître-mot qui règle litiges

    et malentendus, avec les enfants accueillis et les parents de ceux-ci.

    "Nous nous devons d’être forts lorsque Carinne revient parfois passablement

    perturbée de chez sa mère. Pour lui donner confiance. Lui dire que sa mère,

    qu’elle aime, reste sa mère, qu’elle est comme notre fille. Même si nous

    savons qu’un jour ou l’autre, elle sera peut-être amenée à nous quitter.

    J’y suis préparée.

    Briser les égoïsmes

    Une manière de voir, qui est aussi celle d’une famille de Porrentruy,

    que diverses raisons obligent à taire le nom. Une conception partagée, en

    dépit d’un échec, ou du sentiment d’échec ressenti à la suite d’une expérience malheureuse avec un adolescent en accueil. Le vécu de 3 ans et demi

    en Afrique, pour le compte d’une organisation humanitaire et tiers mondiste, le sentiment alors accru de la nécessité d’élargir la famille, ainsi

    que la volonté de briser les égoïsmes suffisent à expliquer les raisons de

    poursuivre malgré tout.

    Avec leurs trois enfants naturels, un garçon de 7 ans et deux filles de

    11 et 12 ans, cette famille continue à ouvrir ses portes. Depuis 5 ans pour

    une fille aujourd’hui agée de 12 ans, depuis quelques mois maintenant pour

    un autre adolescent. Qui s’en retourne le soir dormir chez son père. "Une

    expérience tout-à-fait positive que celle-là, les contacts entre lui, son

    père et nous sont bons". Une chaleur familiale retrouvée, sans rupture aucune avec le père. "C’est vrai, confie l’adolescent en question, je trouve

    auprès de cette famille la confiance et l’équilibre perdus. J’ambitionne

    même de poursuivre des études après mon apprentissage auquel j’ai repris

    goût".

    Plus délicates sont en revanche les relations avec le père et la mère de

    la fillette, que celle-ci voit séparément, notamment les week-ends. "La mère vit un grave problème... et le père, comme pour se déculpabiliser lorsqu’il la voit, a tendance à lui fournir entre autres de l’argent". Les situations conflictuelles ne manquent pas, y compris avec "nos propres enfants, qui ne comprennent pas toujours". Autant de problèmes à gérer. "Il

    faut faire face. Affronter et calmer la peur de l’abandon qu’éprouve notre

    fille en accueil, son trop plein d’agressivité. Sa manière, peut-être, de

    nous en vouloir d’être les parents qu’elle aurait voulu avoir". (apic/pr)

    1) Association vaudoise des parents d’accueil, tél: 021/921 74 75.

    Des photos de se reportage peuvent être obtenues auprès de l’Agence CIRIC, à Lausanne.

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus