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    APIC - reportage

    Pascal K. Dotchevi pour APIC

    Togo: Un village pour les anciens prisonniers (160397)

    Les ex-prisonniers récidivistes rassemblés dans "Renaissance"

    Lomé, 16mars(APIC) Sur la route nationale No 1, entre Lomé et la

    frontière avec le Burkina Faso, à 350 km la capitale togolaise , nous

    arrivons au village "Renaissance" de Yao-Kopé. C’est ici, au centre du

    pays, sur un territoire de douze hectares, que le Père Charles Cuenin a

    établi le Centre national de réinsertion socio-professionnelle pour

    ex-prisonniers récidivistes du Togo. Dans une région fortement islamisée

    A notre arrivée, le Père Charles nous accueille au salon. Ce prêtre

    Français des Sociétés des Missions Africaines vit au Togo depuis 1965.

    "Le projet "Renaissance", dont le but est de réinsérer les détenus

    récidivistes, est né en 1978 dans le coeur d’un prisonnier condamné à la

    détention perpétuelle", nous confie le Père Cuenin. L’idée a fait son

    chemin et est devenue réalité à partir de 1990 par la construction du

    village, avec le soutien du gouvernement togolais, et des organismes

    oecuméniques internationaux.

    Ce village a pour principaux objectifs, de redonner aux récidivistes

    l’espoir de se réinsérer et le goût de vivre au milieu de leurs frères. Il

    faut pour cela les former ou les réorienter dans l’apprentissage d’un

    métier choisi par eux-mêmes, et enfin les réintégrer sur le plan familial,

    social et professionnel.

    Pour atteindre ces objectifs, l’équipe dirigeante du village a élaboré

    un programme en trois volets. D’abord, aider les "renaissants" à s’insérer

    dans l’environnement social par la vie en communauté, la formation civique,

    l’alphabétisation, la pratique des loisirs et des activités culturelles.

    Ensuite les orienter professionnellement par la découverte de leurs

    aptitudes personnelles et l’apprentissage d’un métier au contact d’un

    artisan puis les réinsérer et les suivre. "Compte tenu de nos possibilités

    financières limitées, nous avons cependant des décidé de limiter le nombre

    des "renaissants" à dix par an suivant certains critères".

    Un choix bien rigoureux

    Pour être admis au village "Renaissance", il ne suffit pas d’être

    prisonnier ou récidiviste. Il faut en outre être Togolais; de sexe masculin

    et avoir entre 18 et 30 ans; avoir fait la prison au moins deux fois; être

    célibataire sans enfant et être en bonne santé. En plus, il faut être

    recommandé sur la base de son sérieux par les chefs et les frères de

    prison. L’appartenance religieuse, remarque le Père Cuenin, n’est pas prise

    en compte. Dans le village, on trouve une chapelle, une mosquée pour les

    musulmans et un temple pour les animistes.

    Les pré-sélections se font ensuite dans les prisons à travers tout le

    pays par une équipe du village Yao-Kopé. Une enquête est menée dans le

    village et dans la famille du postulant pour apprécier ses qualités.

    Chaque année, le village accueille dix "renaissants". La présente

    promotion en compte neuf, un ayant déserté. Logés, nourris, soignés et

    encadrés, ils apprendront à se découvrir, à se faire mutuellement confiance

    grâce à l’écoute, à la formation, au partage et aux prières quotidiennes.

    "Le village "Renaissance", nous confie le Père Cuenin, n’a pas la vocation

    d’un centre d’apprentissage professionnel. Il a plutôt pour stratégie

    d’amener les frères récidivistes à découvrir et à choisir eux-mêmes un

    métier. C’est pour cela, note le prêtre, que le Centre a prévu en son sein

    une gamme d’activités artisanales, notamment la menuiserie, la forge, la

    soudure, l’agriculture et l’élevage. Au cours des trois mois qu’ils

    passeront au Centre les renaissants testeront leurs aptitudes avant de

    s’engager dans leur apprentissage proprement dit. Ils sont aidés par une

    équipe de onze animateurs ayant des qualifications professionnelles

    spécialisées. Après les trois mois au Centre, ils sont placés chez un

    artisan-tuteur pour apprendre un métier pendant trente mois.

    L’espoir au bout des difficultés

    Malgré cette présentation idyllique du village, tous ceux qui y passent

    ne sont pas satisfaits de ses prestations. "C’est bien, mais il reste

    beaucoup à faire" nous affirme un jeune renaissant au regard fixe qui a

    voulu garder l’anonymat. "Tout est monotone ici", nous raconte-t-il, en

    récoltant le maïs dans le champ du Centre. "On travaille trop... Et nos

    aînés nous disent que chez le tuteur, ce n’est pas facile. Il vous traite

    encore comme un prisonnier". Tous veulent nous parler. Mais à les entendre,

    on se rend compte qu’ils ont du mal à s’adapter à "cette prison à l’air

    libre". Pour les animateurs, il leur faut beaucoup travailler pour chasser

    de leur esprit les mauvaises idées. Mais n’empêche que perdurent encore

    quelques mauvaises habitudes, comme ce vol de houe par ce renaissant

    pendant notre séjour au Centre.

    Pour vérifier les propos des renaissants, nous nous rendons à Sakodé à

    13 km du Centre, chez des anciens renaissants comme Djabaré qui fait une

    formation de mécanique. Il nous confie: "C’est le début qui est difficile.

    Mais, après, on s’habitue".

    De retour vers Lomé, nous nous arrêtons chez Jérémie qui apprend la

    forge à Sotoboua, 66 km au sud de Yao-Kopé. "C’est bien ici, mais je suis

    très impatient de finir mon apprentissage pour pouvoir m’établir et fonder

    une famille", affirme-t-il. Deux d’entre eux qui ont déjà fini leur

    apprentissage se sont installés l’un à Dapaong à 700 km au Nord de Lomé

    l’autre a préféré faire carrière au Mali.

    Avant de nous quitter, le Père Charles avait tenu à nous rappeler "Ce

    Village unique au monde que je voudrais oecuménique et le plus beau

    pourrait donner encore plus de fruits, si l’on nous aide à surmonter nos

    difficultés financières". (apic/pd/fd/pr)

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