APIC-REPORTAGE
"En marche mon peuple, je suis votre Dieu !"
Par Geneviève Cornet
Grand-Saint-Bernard, 6août(APIC) Soleil, montagne, marche... pèlerins
étaient au rendez-vous cet été pour la réussite des cinq pèlerinages alpins
- un de plus au programme cette année - organisés par les chanoines de
l’hospice du Grand-Saint-Bernard sur le thème: "En marche mon peuple, je
suis votre Dieu !". Désormais traditionnelle - elle existe depuis 1961, à
l’initiative du regretté chanoine Gratien Volluz -, la marche qui conduit
les pèlerins de la Fouly à l’hospice a permis à chaque participant de prendre conscience que Dieu l’appelle à la liberté et au témoignage; membre du
Peuple de Dieu et poussé par l’Esprit, il est invité à marcher en Eglise
dans la fidélité à Jésus pour le service des hommes.
Pour les pèlerins venus de tous les cantons romands et même de l’étranger, la marche est l’occasion de quitter l’espace d’un week-end le quotidien avec ses préoccupations de toutes sortes - la plaine - pour prendre de
la hauteur: une irrésistible envie de trouver le silence d’abord, un besoin
de partager, puis, enrichi par les rencontres et les expériences, de prier,
rassemblant dans une lumière neuve tout ce qui fait sa vie et celle des autres, du monde dont on ne peut pas ne pas se sentir solidaire. La veillée à
l’hospice - qui exprime toute la symbolique du sommet - et la messe le
dimanche permettent à chacun de dire et d’intérioriser ce qui a été vécu.
Appelés à témoigner en Eglise
Si chacun marche à son rythme, il n’est pas laissé à lui-même: au départ, il reçoit un carnet de route qui l’aidera à avancer et dans lequel il
puisera tout au long du chemin des éléments de réflexion, et notamment des
citations bibliques, sur le thème proposé. Il est convié à entrer progressivement dans une démarche de foi libératrice, découvrant sa propre personnalité et sa vocation en Eglise.
Invitation à identifier dans son existence les signes de vie, à travers
lesquels Dieu appelle, et à donner une réponse de foi. Découverte que Dieu
compte sur chacun, malgré son péché, pour réaliser son oeuvre. Expérience
que la différence acceptée enrichit. Appel à témoigner de l’espérance en
bâtissant une civilisation qui fera triompher le don sur l’intérêt, l’éthique sur la technique, l’être sur l’avoir.
Chacun était convié à se laisser rassembler en Eglise par l’Eucharistie:
une Eglise qui est l’oeuvre du Christ, pas nécessairement conforme à ses
propres idées, et qui témoigne du projet de Dieu; une Eglise dans le souffle de l’Esprit: fidèle à la Parole, à la communion fraternelle et à
l’Esprit; une Eglise pour le monde: envoyée à la suite de Jésus sur les
chemins des hommes.
La marche, parabole de la vie chrétienne et de l’Eglise , Peuple en route vers le Royaume: spirituellement et concrètement, puisque s’y côtoient
jeunes, familles, religieuses et prêtres, tous associés, partageant pour
quelques heures le même effort et le bonheur d’une amitié toute de simplicité et d’accueil. Car il faut faire équipe - c’est le sens de la marche en
groupe - pour mieux se connaître et découvrir le visage de Dieu à travers
le visage, les joies et les souffrances de ceux qui peu à peu deviennent
nos frères, le temps d’un pèlerinage. Pour faire l’expérience aussi de ses
propres limites, qui seules ouvrent à l’autre.
L’arc-en-ciel, signe de l’Alliance entre Dieu et les hommes
La veillée, animée par l’abbé François-Xavier Amherdt, vice-directeur du
séminaire du diocèse de Sion, a permis à chacun d’approfondir le thème de
cette année. Elle était introduite par un mime présenté par les jeunes: le
passage du peuple de Babel au peuple de Pentecôte: "la foi, c’est être peuple", peuple en marche vers le Royaume. L’arc-en-ciel, signe de l’alliance
que Dieu a établie avec les hommes, guidait la réflexion. Sept couleurs,
sept étapes: du choix d’un peuple par Dieu en Abraham à l’appel à vivre en
témoins dans l’Eglise d’aujourd’hui en passant par les grandes étapes de
l’histoire du Salut. La veillée s’est terminée par la messe. Quant aux
enfants, ils ont vécu leur propre veillée aidés de plusieurs animateurs.
L’abbé Amherdt a repris, les approfondissant et les éclairant, les étapes du cheminement spirituel de la journée. Il a insisté sur le témoignage
authentique de chacun pour la construction d’une Eglise pauvre, servante,
purifiée de toute volonté de puissance, fuyant les compromissions et les
honneurs et animée de la foi vivante des Apôtres.
La messe du dimanche matin a rassemblé les pèlerins pour un ultime temps
de prière et de partage. Dans son homélie, le chanoine Jean-Marie Lovey,
soulignant que "l’impossible humain est le lieu du possible de Dieu", a
convié chacun à faire confiance à Dieu, convaincu qu’"il peut faire quelque
chose avec les riens que nous sommes". Un appel, avant de redescendre dans
la plaine, dans les turbulences du quotidien: que chacun soit attentif à
identifier les faims et les soifs de ceux qu’il côtoie pour "prier juste"
et permettre à Dieu d’agir par lui. (apic/Geneviève Cornet)