Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Pastorale des handicapés dans le canton de Fribourg (290694)

    APIC - REPORTAGE

    On ne voit bien qu’avec les yeux du coeur

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    Fribourg, 27juin(APIC) Dans un salon de la résidence La Grotte, un foyer

    pour handicapés mentaux adultes à Fribourg, l’abbé Gaston Thiémard, aumônier cantonal du Centre oecuménique de pastorale spécialisée (COEPS), à

    Villars-sur-Glâne, célèbre l’Eucharistie. Une trentaine de personnes, handicapés, parents et éducateurs confondus, participent à cette messe "pas

    comme les autres" dans cette pièce aménagée en chapelle de fortune. Dans le

    cadre d’une pastorale pas comme les autres du reste, dont le COEPS a la

    charge depuis 1966. Notre reportage.

    Une table en guise d’autel sur laquelle brûlent plusieurs bougies, quelques accessoires... et un public assis parfois à même le sol. L’Evangile ne

    se lit pas, il se raconte, se discute et se commente au gré des interventions des pensionnaires, en toute liberté. La prière n’en est pas moins

    prière, et les chants pas moins chants, même si les notes du violon couvrent parfois des paroles pas toujours prononcées.

    Derrière sa table, son autel disions-nous, l’abbé Thiémard, préside, attentif aux interpellations et aux interrogations des participants, visiblement concernés par la cérémonie, heureux de participer comme témoins et acteurs tout à la fois. Par le message écouté... mais aussi à travers le message qu’ils apportent également.

    Une véritable Eglise de participation

    C’est vrai, reconnaît l’aumônier, nous sommes loin de ce que disent les

    documents romains ou diocésains en matière de célébration. S’il fallait se

    conformer à ce qui nous est demandé.... on pourrait fermer ’la maison’.

    Avec cette aumônerie, "je vis une Eglise de participation vraiment". Aucun

    doute pour lui: s’en tenir à la lettre de certains documents d’Eglise reviendrait à se couper des possibilités d’aller de l’avant... "On ne serait

    alors plus au service de la personne handicapée, dans le respect de sa différence. On a la chance de vivre ici une cellule d’Eglise à la base, où

    l’on prend conscience que l’Eglise n’est pas seulement Rome ou l’évêque,

    mais aussi ce qui se passe sur le terrain". Grâce à cette pastorale spécialisée, poursuit-il, j’ai le sentiment de faire l’expérience d’une Eglise de

    baptisés, d’une Eglise de communion, et non d’une Eglise trop hiérarchisée.

    Et de préciser: "Pour être plus fidèle à l’esprit des directives venues

    d’en-haut, il ne faut pas craindre de dépasser la lettre".

    Une opinion que partage Soeur Anne-Roger Prétôt, chaux-de-fonnière

    d’origine, coordinatrice cantonale du COEPS depuis 1992, à la suite du Père

    Blanchard Wernli. "L’écrit, c’est l’écrit... mais la vie est une autre chose. Alors on opte pour la vie. Ce qui ne veut pas dire que nous faisons ce

    que nous voulons".

    Du pain sur la planche

    Vingt-cinq ans d’enseignement spécialisé ont largement permis à Soeur

    Anne-Roger de se familiariser avec le monde des handicapés mentaux. A Villars-sur-Glâne, à l’Institut St-Joseph, elle anime le COEPS en compagnie de

    ses trois collaborateurs. L’équipe s’est réunie en ce vendredi, comme elle

    le fait chaque mois pour planifier le travail du Centre. Celui des 18 catéchistes dont les cours hebdomadaires varient entre 3 et 7 pour un total de

    130 enfants dans une douzaine d’établissements, ainsi que celui des 2 assistants pastoraux à mi-temps, envoyés dans onze institutions cantonales pour

    adultes.

    C’est essez dire que du pain sur la planche attend l’équipe composée de

    Suzanne Magnin, responsable cantonale de la pastorale des handicapés mentaux et enfants à troubles de comportement, Bernard Jungo, assistant pastoral et responsable de l’animation spirituelle pour les personnes adultes

    handicapées mentales et l’abbé Thiémard. En attendant la nomination d’un

    aumônier protestant, appelé à succéder au pasteur démissionnaire.

    Un côté répétitif et sécurisant

    La catéchèse spécialisée implique par définition une approche différente

    de l’enseignement, que le groupe de catéchistes discute lors de ses réunions mensuelles ou durant les temps de formation continue échelonnés tout

    au long de l’année. Un langage simple, une communication faite de symboles

    et une méthode adaptée en fonction du groupe ou de chaque enfant. "Avec les

    handicapés, souvent, il faut reprendre les mêmes mots... accomplir un travail quelque peu inverse à celui effectué à l’école primaire, par exemple,

    où l’on peut varier à l’infini. Le côté répétifif sécurise ces enfants,

    dont les comportements traduisent ce qu’ils vivent. La voix et le geste

    prennent alors une très grande importance", explique Suzanne Magnin.

    Les rapports avec les institutions, enseignants ou éducateurs spécialisés? "Bons, dans l’ensemble", assure-t-elle, même si certains estiment que

    la catéchèse à ce niveau ne sert à rien. "Pour eux, il faut donner à ces

    enfants un "savoir". Un certain savoir... "C’est vrai, on ne peut pas leur

    faire apprendre des choses par coeur, ni trop leur poser de questions... ou

    encore attendre des réponses. On ne peut attendre que ce qu’ils vivent à

    travers leur corps".

    Méthodique s’abstenir

    Hélène Joye, ancienne enseignante primaire, se consacre depuis 4 ans à

    la catéchèse. Deux cours hebdomadaires aux Buissonnets de 30 à 40 minutes

    chacun, qui lui demandent des heures de préparation. Au milieu d’un groupe

    de 5 enfants, dont l’âge varie de 7 à 14 ans, elle répète inlassablement et

    affectueusement le thème choisi en ce mois de juin, sous forme d’histoire:

    "Moi, je suis unique"... Unique? Comme le dessin que chacun d’entre eux colorie. Les dessins et l’image occupent une place prépondérante dans la catéchèse pour enfants handicapés. Une catéchèse basée sur le langage de la

    patience, de la répétition. "Trop méthodique s’abstenir"..., il faut savoir

    improviser, être souple, les écouter, même si l’on s’écarte du sujet. "Le

    besoin de se sentir valoriser est réel chez eux. Et ce qu’ils reçoivent,

    c’est avec le coeur qu’ils l’adoptent. Avec l’infinie tendresse qu’eux

    seuls savent communiquer. "Si elle est partagée".

    Trente-cinq minutes d’échange, de joyeuses interventions faites parfois

    d’un péremptoire "non" ou d’une "vérité" à faire dresser les cheveux d’un

    théologien ou d’un évêque par exemple. Le courant passe, incontestablement.

    Et si les rudiments de la foi n’ont pas toujours été assimilés, ou plus

    simplement compris, ils ont eu l’heur d’illuminer d’un sourire un visage de

    gosse.

    Préoccupation tardive?

    Les membres de l’effectif du COEPS assument les tâches inhérentes à leur

    mission: catéchèse, préparation aux diverses célébrations, et notamment à

    la première communion et à la confirmation. "C’est vrai qu’on pourrait faire davantage... mais les finances ne suivent pas toujours", relève Soeur

    Anne-Roger. Occupé à 40% de son temps à l’aumônerie du COEPS, l’abbé Thiémard n’a pas la possibilité d’accomplir ce qu’il désirerait: Le temps lui

    manque pour assurer un suivi avec les parents, pour être plus disponible

    aussi pour le groupe et les enfants eux-mêmes. Il le regrette.

    Le souhait, sous forme de clin d’oeil, est lancé en direction des bailleurs de fonds, soit la Caisse des tâches supra-paroissiales et l’Eglise

    réformée du canton. Même si, selon Soeur Anne-Roger, l’Eglise, dans le canton de Fribourg, a beaucoup fait pour la place de la personne handicapée

    dans le monde dit "normal". "Une grande partie des institutions de ce canton ont été fondées par des congrégations religieuses... ne serait-ce que

    l’Institut St-Joseph il y a 103 ans, ou encore les Buissonnets et les Peupliers, par exemple".

    Reste que les débuts de la pastorale spécialisées remontent à 1966 seulement... Cela revient-il à dire que l’Eglise ne se préoccupait pas des

    handicapés auparavant? "Je n’en sais rien, répond l’abbé Thiémard. Avant,

    sans doute pensait-on que ces gens n’étaient pas en état de faire des démarches de foi, de les accomplir... Ils restaient souvent en marge de

    l’Eglise. Et tout le monde trouvait cela très normal". Les choses ont bien

    changé. Depuis qu’un jour le Père Blanchard a reçu de l’évêque le mandat

    canonique d’aller aussi porter l’Evangile aux personnes handicapées. Une

    tâche à laquelle s’emploie aujourd’hui l’équipe du COEPS. En accommodant

    gestes et paroles au rythme de la personne, de l’enfant. En ajoutant à son

    monde imaginaire l’histoire de Jésus. L’histoire de la vie. (apic/pr)

    ENCADRE

    Une équipe oecuménique

    L’histoire de la pastorale en milieux spécialisés dans le canton de Fribourg est liée à l’engagement du Père capucin Blanchard Wernli, qui mit en

    place une aumônerie pour les handicapés en 1966. A la demande de l’évêque,

    Mgr Pierre Mamie, il chercha immédiatement à donner une orientation oecuménique à son travail. La dénomination de Centre oecuménique de pastorale

    spécialisée, apparaît, elle, en 1989. Elle correspond alors à un agrandissement de la structure touchant aussi bien le domaine de la catéchèse que

    celui des célébrations destinées aux handicapés physiques et mentaux. Outre

    l’équipe de coordination de Soeur Anne-Roger - le Bureau exécutif en quelque sorte -, un Conseil cantonal dirigé par Benjamin Brülhart, directeur du

    Home "Linde" à Tinterin et de "la Colombière" à Givisiez, regroupe une

    vingtaine de personnes protestantes et catholiques issues des différents

    milieux concernés: Eglises, associations, institutions spécialisées et parents d’enfants handicapés. (apic/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus