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    Huit artistes pour un été fribourgeois...

    APIC-Reportage

    Le Père Hugo Heule, promoteur d’un

    symposium international d’art à Matran

    Bernard Litzler, l’Agence APIC

    Matran, 10septembre(APIC) Prenez huit artistes venus de quatre pays européens, placez-les dans le cadre estival et aéré du village fribourgeois de

    Matran, laissez-les "mijoter" pendant six semaines et vous obtiendrez un

    mélange savoureux et remarquable d’oeuvres variées, dont la (di)gestion sera encore à assurer. Maître d’oeuvre de ce symposium, le Père rédemptoriste

    Hugo Heule, artiste lui-même, dont l’atelier a servi de cadre, depuis le

    début août, à cette rencontre peu banale. Petit détour par Matran.

    Martin Heldstab, jeune artiste grison, accueille le visiteur, les mains

    dans la glaise. Benjamin de l’équipe qui a vécu ces six semaines d’intense

    production, il achève de mouler une sphère qui sera insérée dans un socle

    de béton. "Le thème du symposium ’Franchir les frontières’ a été pleinement

    réalisé, explique-t-il. Chaque artiste a pu travailler son art en

    franchissant des barrières. Nous nous sommes influencés les uns les

    autres".

    Sous le patronage d’Alphonse de Liguori

    La Maison Saint-Joseph de Matran, ancien collège, appartenant à la

    province suisse des rédemptoristes, a constitué la "base-arrière" et le

    lieu d’hébergement de nos travailleurs de l’été.

    C’est à l’occasion du troisième centenaire de la naissance d’Alphonse de

    Liguori, fondateur de la congrégation, que s’est tenu ce symposium d’artistes voulu par le Père Heule ("Appelez-moi Hugo, c’est plus simple", précise

    l’intéressé). Et le thème retenu est directement rattaché à la mission de

    saint Alphonse: "En son temps, Alphonse de Liguori avait dû franchir des

    frontières, explique le Père Hugo. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir comment dépasser les frontières aujourd’hui".

    Pour le religieux rédemptoriste, les artistes ont quelque chose à dire à

    notre temps. Il faut donc les réunir, car une telle communauté d’artistes

    dégage une puissance de création remarquable, dont le monde environnant

    peut bénéficier.

    Réunion insolite donc durant ces semaines estivales: deux Hollandais,

    deux Tchèques, un Britannique, trois Suisses. Au programme de ce

    foisonnement de créativité: peinture, sculpture, moulage, travail du bois,

    photographie.

    Le Tchèque Thomas Tichy a posé dans le jardin de la maison Saint-Joseph,

    proche de l’atelier d’Hugo, une arche de bois ouvrant sur des objets

    rappelant l’enfance. Oeuvre géante symbolisant le passage vers le passé et

    ouvrant vers l’avenir. Autre adepte du travail du bois, le père de Thomas,

    Ludek Tichy, a "tronçonné" vaillamment. Résultat: une sculpture mêlant

    bois, peinture et formes dans un harmonieux relief. Les bataves Jan

    Sonnemans et Brigitte Boogaerts ont peint avec une remarquable vivacité de

    couleurs et d’inspiration. De blocs de molasse fribourgeoise ont jailli des

    visages et des corps, sous les coups de ciseau manié avec doigté par le

    Londonien Mark Selby. Et le jeune photographe local David Marchon a "mis en

    boîte" les artistes en pleine composition.

    Un cadre idéal

    Rassemblement, échanges, éclatement... Martin Heldstab souligne combien

    la vie commune entre artistes a été fructueuse. "Discuter avec des artistes

    plus âgés, les voir vivre et travailler, constitue une magnifique

    expérience". Le lieu a également contribué à la réussite de ce rendez-vous

    estival. Installée au milieu du village, la maison-atelier d’Hugo, appelée

    ’atelier de la Fontaine au petit cochon’ est une ancienne ferme restaurée

    qui constitue pour les proches voisins un lieu apprécié de rencontres

    simples, familières.

    Hugo, figure emblématique d’un art inséré dans le quotidien, jouit de

    cette position privilégiée d’un artiste intégré dans la vie villageoise. Et

    les créateurs sont heureux de sentir qu’il n’existe pas de barrières entre

    eux et les habitants de Matran. Ici, l’art sort de l’atelier, déborde vers

    le monde, comme les effluves d’une beauté qui serait trop à l’étroit en

    restant repliée sur elle-même: les grands moulages de plâtre de Hugo, en

    attente du coulage du bronze, sont dressés, comme des statues immobiles,

    qui attirent le regard du passant, et constituent une publicité permanente

    devant l’atelier du rédemptoriste-artiste.

    Ouvrir, jeter des ponts, bâtir des liens, toute l’ambition de Hugo. Un

    mélange de convivialité et de pédagogie pour un artiste qui "vit" son

    village avec un bonheur rare. L’improvisation totale ne lui fait pas peur:

    argent, matières, exposition, toutes les questions pratiques ont dû être

    réglées durant ces semaines d’août et septembre.

    L’engagement des artistes, la joyeuse symbiose résultant de cette

    rencontre, le soutien de la communauté rédemptoriste, les reportages des

    télévisions romande et alémanique, les articles de presse ont contribué à

    faire de ce Matran estival un centre artistique permanent. Car les oeuvres

    créées vont rester sur place: "J’ai été étonné de la disponibilité des

    artistes qui m’ont laissé toutes les oeuvres produites cet été", explique

    Hugo.

    Un héritage à assumer

    Et maintenant? "Reste à recevoir les oeuvres", déclare le rédemptoriste.

    "Créer est une chose, se mettre en face des oeuvres créées en est une

    autre". Travail à poursuivre, prolongement de ce temps de créativité. Comme

    un héritier qui découvre l’ampleur d’un legs, Hugo ne veut s’aventurer dans

    la découverte de cet héritage artistique que progressivement. Et avec

    d’autres. Des contributions ont été demandées à des universitaires,

    d’autres artistes, des critiques d’art, pour réfléchir, constituer un

    catalogue de toutes les oeuvres, organiser une sorte de forum autour de ces

    contributions artistiques.

    Puis prêter les oeuvres de Matran à des écoles, des galeries,... du

    moins celles qui peuvent sortir du village. Une exposition qui se veut

    permanente et itinérante en quelque sorte. Et penser déjà à l’exposition

    des oeuvres l’an prochain, en août-septembre 1997.

    "Car le monde a besoin d’être éveillé à la beauté, à la foi,...",

    indique Hugo. Pour sa part, le symposium de Matran y apporte sa pierre.

    (apic/bl)

    ENCADRE

    Matran, mode d’emploi

    Il est possible de visiter l’atelier de Hugo Heule jusqu’à la fin

    septembre. Autres visites possibles en téléphonant au 037/ 42 89 07.

    L’atelier de la Fontaine au Petit Cochon se trouve dans le village, route

    de l’Eglise. (apic/bl)

    ENCADRE

    Alphonse de Liguori (1696-1787)

    Avocat napolitain, Alphonse de Liguori renonce à une brillante carrière

    pour se consacrer à Dieu. Ordonné prêtre, il est frappé par la misère

    spirituelle des pauvres gens des campagnes. En 1732, il fonde une

    congrégation destinée à l’évangélisation. La règle de la nouvelle

    fondation, appelée "Congrégation du Très-Saint Rédempteur", est approuvée

    en 1749.

    Après la mort du fondateur, la congrégation des "rédemptoristes" se

    développe en Autriche et en Pologne, avant de se répandre sur les cinq

    continents. Les rédemptoristes sont aujourd’hui près de 6’500, actifs dans

    les missions paroissiales, les lieux de pèlerinage, la publication,...

    (apic/theo/bl)

    Des photos de ce reportage sont disponibles auprès de David Marchon,

    photographe, participant au symposium, route Tire, 5 1753 Matran (Tél.

    037/42.01.65.)

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