APIC-Reportage
Les odeurs nauséabondes se mêlent à l’encens
Paris, 8mars(APIC/Marie-Jo Hazard) Dans l’église de Medjugorje, la foule
recueillie récite le chapelet. A la tribune, loin des regards indiscrets,
Ivan prie en attendant le rendez-vous quotidien. A 17h40 très précisément,
il se lève, déplace légèrement le coussin qui est à terre, s’agenouille,
fixant un point invisible sur le mur. Il parle, acquiesce d’un signe de
tête ... aucun son pourtant ne s’échappe de ses lèvres. Trois minutes plus
tard, il incline la tête, trace un signe de croix et se retire. Je viens
d’assister à une apparition de la "Gospa", puisque c’est le nom donné en
croate à la sainte Vierge.
Voilà près de huit ans qu’ainsi, chaque soir à la même heure, la Vierge
apparaît dans ce pauvre village de Yougoslavie, perdu au milieu des roches
et des épineux. C’est le 24 juin 1981, en effet, que six enfants du village
rencontrent sur la colline une silhouette lumineuse, sur un petit nuage.
Ils comprennent aussitôt : "C’est la Gospa!" Et depuis, chaque soir, Marie
leur apparaît. Souvent, il sont ensemble pour l’apparition, mais si les
circonstances les sépare, chacun rencontre "la Dame", comme disait
Bernadette à Lourdes, là ou il se trouve. Chaque soir, aussi, la Vierge
leur confie un message dont l’Abbé Laurentin, théologien et spécialiste des
apparitions, résume ainsi la teneur : "Ce monde s’est tranquillement abandonné au péché, il prépare sa destruction", et le remède proposé, c’est "le
retour à Dieu" par la prière - notamment la récitation du Rosaire -, le
jeûne au pain et à l’eau tous les vendredis, la réconciliation. "Faites la
paix avec Dieu et entre vous", "Paix, Paix, Paix, réconciliez-vous"...
répéte inlassablement la "Gospa".
Un message simple, bien adapté à ce village composé de quatre hameaux,
et ou régnait une haine farouche, qui est allés jusqu’au meurtre... Les
"voyants" sont des jeunes "bien dans leur peau", menant une vie "normale" en blouson de cuir et "santiags", cheveux un peu longs, Ivan, 22 ans,
ressemble bien au jeunes gens de son âge - et qu’on ne saurait qualifier de
"névrosés"! Du reste, les résultats des expériences auxquels ils ont été
soumis sont formels : "Pas d’épilepsie, pas de rêve, pas de catalepsie, pas
d’hallucinations visuelles ou auditives au sens pathologique du terme",
affirme le professeur Joyeux, cancérologue montpelliérain, qui a effectué
sur plusieurs des voyants des électro-encéphalogrammes pendant les
apparitions.
Une chose est sûre : "Sainte Vierge" ou pas, il se passe à Medjugorje
quelque chose qui dépasse notre entendement. Pourtant, malgré la simplicité
des messages et la santé physique et psychique des jeunes voyants, les
problèmes ne tardent pas à se révéler.
Une "imposture", pour l’évêque de Mostar
Le premier de ces problèmes est un conflit ouvert entre les franciscains
qui détenaient, jusqu’à une époque récente, pratiquement toutes les
paroisses de Bosnie Herzégovine (ou se trouve Medjugorje), et l’évêque du
lieu, Mgr Zanic, évêque de Mostar. Ce dernier ne mâche pas ses mots pour
dénoncer ce qu’il appelle "une imposture", n’hésitant pas à affirmer que
"les franciscains m’ont offert de l’agent pour que je dise que je croyais
aux apparitions, mais j’ai refusé!" Pour lui, cette affaire est "un
terrible mensonge". Pourtant, il se déclare prêt, si la Vierge laisse "un
signe sensible", à faire à genoux les quelque 50 km qui séparent Mostar de
Medjugorje.
Aussi affirmatif que l’évêque de Mostar est sceptique, Mgr Franic, archevêque de Spilt, est convaincu par ce qu’il a vu : "J’ai fait connaissance des voyants, j’ai assisté à leur extases : je n’ai pas pu penser à la
possibilité d’un mensonge des enfants, ni que les franciscains cherchaient
à tromper en vue d’un intérêt matériel !" affirme-t-il avec foi. A noter
pourtant, que, à part ces deux prises de position, la Conférence épiscopale
de Yougoslavie reste prudemment sur la réserve, attendant que la commission
mandatée pour étudier le phénomène émette un avis.
A Rome aussi, on étudie cette affaire, sans que rien ne filtre des
débats. Pourtant, le père Rupcic, franciscain et professeur d’exégèse,
n’hésite pas à commenter : "Le jugement négatif est sans doute dépassé". Et
de raconter, pour donner plus de poids à ses paroles, une vision qu’il a
eue, avec une foule de pèlerins, de soleil transformé en anneau lumineux
qui, en tournoyant, s’est rapproché à quelques dizaines de mètre de
l’église de Medjugorje, avant de retrouver sa place dans le ciel.
Le paradis, le purgatoire et l’enfer
Car les prodiges ne manquent pas : phénomènes lumineux, guérisons - le
Père Rupcic, précisément, m’a montré un dossier ou étaient décrits 351 cas
de guérisons encore inexpliquées - "miraculeuses", affirme-t-il déjà. Il y
a aussi ce voyage au paradis, au purgatoire et en enfer que firent deux des
voyants : Jakov et Vicka. "Le paradis, raconte Vicka, est un espace immense
ou règne une lumière qui n’existe pas sur la terre. Les gens sont vêtus de
robes grises, roses et jaunes. Des anges les survolent... Le purgatoire est
gris comme la cendre. On ne voit pas les gens, mais on sent qu’ils se jettent de tous côtés et qu’il faut tout faire pour les en sortir. Au centre
de l’enfer, enfin, brûle un grand feu. Les gens passent dans ce feu et en
ressortent sous forme d’animaux qui n’existent pas sur terre..."
Cette précision dans les détails gène certains observateurs, même favorables aux apparitions, qui considèrent pourtant que "trop, c’est trop". De
même que d’autres se disent gênés par ce fait que les messages ne font, de
façon explicite, aucune place à la solidarité, à la justice... Pourtant,
remarquent-ils, il y a eu Vatican II et "Gaudium et Spes", la Constitution
sur l’Eglise dans le monde de ce temps... "C’est mon très grand problème",
reconnaît le Père Slavko Barbaric, qui fut curé de Medjugorje en 1984-85.
Miracle économique
Une chose est sûre, en tous cas : les apparitions ont apporté un regain
de vitalité économique à une région pauvre. C’est la raison pour laquelle
les autorités yougoslaves, après avoir été très réticentes, accueillent
favorablement aujourd’hui ce qui se passe à Medjugorje : l’apport de
devises, notamment américaines, constitue un miracle ... économique.
Apparitions ou pas ? Il serait présomptueux aujourd’hui d’affirmer quoi
que ce soit. Il est sûr qu’il se passe quelque chose à Medjugorge. Que des
gens se rassemblent et prient. mais que des odeurs nauséabondes se mèlent
aux vapeurs de l’encens. (apic/mjh/bd)