APIC-Reportage
Albanie: fuir à tout prix la pauvreté (010792)
Les difficultés de l’aide humanitaire.
Tirana, 1erjuillet(APIC) Les Albanais ressentent en majorité leur patrie
comme une prison de pauvreté. Ils sont nombreux à vouloir émigrer. "Notre
détresse provient de l’athéisme", prétend le mufti de Tirana. Il ne se réfère pas seulement à l’ancien régime, mais aussi à son héritage spirituel.
"Toute morale a au fond une base religieuse". Le mufti de Tirana craint en
outre la dégradation des moeurs, l’insécurité sur les routes, ainsi que la
misère matérielle.
Cette misère, à ses yeux, pousse les hommes a des actes qu’ils ne commettraient jamais dans d’autres circonstances. Les représentants de l’Eglise orthodoxe et de l’Eglise catholique expriment des opinions semblables en
privé. Mais ils ne vont pas aussi loin que le mufti qui prétend: "Allah punit les Albanais parce qu’ils l’ont renié.
Maintenant que le seul Etat a avoir proclamé l’athéisme dans sa Constitution s’est effondré, les différentes communautés religieuses vivent un
renouveau. Cela ne se passe évidemment pas sans frictions, car dans ce
pays, l’aide socio-caritative est souvent confondue avec des tentatives de
conversion. Dans ces conditions l’Eglise catholique se fait facilement critiquer. Ses organisations d’entraide bien équipées sont considérées comme
instrument du pape. Ce fut notamment le cas en mai dernier lors de la distribution, avec l’assistance de Caritas Tirana, des aliments de survie de la
protection civile de Lucerne à de nombreuses cantines scolaires pour le
compte de l’"Aide à l’Eglise en détresse".
Le reproche de prosélytisme apparaît fréquemment dans les discussions,
surtout parce que les activités des oeuvres d’entraide catholiques ne se
limitent pas à tel ou tel autre groupe. Leur engagement humanitaire profite
aussi aux musulmans et aux orthodoxes, même s’il est qualifié "de braconnage dans le jardin d’autrui".
Les conséquences de l’isolement prolongé
Les problèmes de l’Albanie sont renforcés par la fin inattendue d’un
isolement prolongé. Les marchandises de l’ouest sont devenues d’un jour à
l’autre à portée de main. Les émissions des stations de télévisions italiennes, qui sont captées sans parasites, plongent dans la perplexité une
population peu préparée à recevoir des nouvelles provenant d’une sociéte de
consommation.
Les biens distribués par les organisations d’entraide laïques ou catholiques viennent de l’Ouest et sont souvent supérieurs aux produits habituels. Ils témoignent d’un "bien-être" dont les Albanais "ne peuvent que rêver". La communauté islamique, partiellement financée par les pays du Golf
qui apportent leur aide, dépend également des produits fabriqués dans des
pays de l’Occident. Quant à la majorité des orthodoxes, ils n’ont tout simplement pas les moyens de se les procurer. Eux qui - pour nombre d’entre
eux - voient à travers les marchandises de l’Ouest un instrument de propagande.
Les Albanais, qui ne sont pas moins croyants que d’autres peuples de
l’Est de l’Europe, se débrouillent tant bien que mal pour recevoir une aide
en provenance de l’une ou l’autre des communautés religieuses. Chacun dit
avoir à son gré une mère musulmane et un père orthodoxe ou une famille catholique. "Ma mère est catholique, mon père est musulman. J’appartiens donc
à l’Eglise et à la mosquée", explique un jeune homme avec une naïvité désarmante. Il n’est pas le seul à penser ainsi. Il a demandé une bourse
d’études pour étranger au Centre islamique de Tirana et à Caritas.
Son cas n’est pas unique. La reconstitution des communautés religieuses
en Albanie risque de créer des chrétiens-riz et des musulmans-pain, qui observeront encore plus jalousement qu’auparavant à qui va l’aide. Dans ces
conditions, l’aide caritative exige beaucoup de tact.(apic/pb/ak)