Pierre Rottet, Agence Apic
Fribourg: Le Tremplin fête son dixième anniversaire (100692)
Fuir la drogue et retrouver la vie
Fribourg, 10juin(APIC) Comment tenter de venir en aide aux jeunes toxicomanes. A ceux qui désirent se sortir de l’enfer de la drogue, d’une consommation dans laquelle ils ont un jour plongé en raison des aléas de la vie?
Cette question, l’abbé André Vienny se l’est un jour posée. Il y répondait
il y a dix ans, en mars 1982, en décidant la création d’une fondation ayant
pour but la prise en charge de toute personne en difficulté à la suite de
problèmes liés à la toxicomanie. Cela en vue d’une réinsertion socio-professionnelle. La fondation Le Tremplin fête cette année son dixième anniversaire. Diverses manifestations marqueront l’événement en 1992, à commencer par une journée anniversaire le 13 juin prochain.
Dix ans après son ouverture, la Fondation Le Tremplin a pris de l’ampleur. Comme a pris de l’ampleur le problème de la drogue et des drames
qu’il provoque. Au service social et à son foyer d’hébergement mixte (12
chambres) sis à la rue Weck-Reynold, à Fribourg, sont venus s’ajouter, en
1987, un appartement protégé dans un quartier de Fribourg, puis, en 1987
toujours, un foyer d’hébergement pour jeunes mères toxicomanes et leurs enfants, à Gillarens, dans la Glâne. Sans compter un foyer d’occupation au
rez-de-chaussé de la rue Weck-Reynold, comprenant un atelier sur bois et
sur métal, une lessiverie, un service de camionage pour déménagement, ainsi
qu’une caféteria à même de servir des repas pour les "pensionnaires" ambulatoires que les divers services du Tremplin ont la charge de suivre.
Entre les assistants sociaux, les éducateurs professionnels, le personnel de cuisine et administratif, 46 personnes travaillent aujourd’hui au
Tremplin, dont la majorité à 80 voir à 100%. Un vaste appareil subventionné
par l’Etat de Fribourg et par la Confédération, en particulier par l’Office
fédéral des Assurances sociales à Berne, mais aussi par les différents cantons selon qu’un ou l’autre de leur ressortissant profite de l’hébergement
de la fondation. Un vaste appareil pour une vaste tâche budgetée annuellement à près de 4 millions de francs.
Les restes d’un soixante-huitard
Comment est née l’idée du Tremplin? L’abbé André Vienny, Fribourgeois,
44 ans, a conservé quelque part les restes d’un soixante-huitard. "J’ai vécu ces événements à Lyon, pendant mon séminaire, explique-t-il. On m’avait
demandé de visiter des prisons. J’ai bossé avec le Père Talvas qui, dans
les années 50, avait participé aux activités des prêtres-ouvriers. Une époque durant laquelle nous avions également lancé le "Nid" pour les prostituées. Ces chocs m’ont profondément marqué". De retour en Suisse, ordonné
prêtre à Noël 1972, puis nommé vicaire dans le quartier du Schoenberg, à
Fribourg, l’abbé Vienny continue à se pencher sur les cas des marginaux. En
lui naît un projet: ouvrir un centre pour les jeunes détenus qui sortent de
prison afin de favoriser leur réinsertion dans la société.
A la même époque, se souvient le responsable du Tremplin, l’Etat de Fribourg avait demandé à un professeur de l’Université de la ville d’effectuer
une étude sur la toxicomanie et l’acoolisme. Une plaquette qui devait faire
grand bruit voyait le jour il y a 11 ans: "C’est alors que le canton m’a
demandé de modifier l’orientation de mon projet initial en voyant que le
problème de la toxicomanie était crucial pour le canton. Entre-temps, Mgr
Pierre Mamie m’avait demandé de quitter le Schoenberg et nommé aumônier de
Caritas Fribourg - fonction que l’abbé Vienny occupe aujourd’hui encore avec charge de mettre en route un centre pour les marginaux et les jeunes
en difficultés dans le canton. J’ai donc repris mon projet, en l’adaptant".
"Voilà comment est né le Tremplin, le 1er mars 1982, il y a 10 ans, sous
le support juridique de Caritas. Nous avons commencé à cinq, puis rapidement nous nous sommes vus dans l’obligation d’engager du personnel pour
répondre aux besoins toujours plus grands. En 1985 enfin, Caritas Fribourg
a érigé Le Tremplin en Fondation privée, dont je suis devenu le directeur,
poste que j’occupais alors sans en avoir le titre".
Le cheminement vers l’autonomie
Les foyers d’hébergement du Tremplin garantissent aux pensionnaires
l’élaboration d’un programme de vie établi en commun; l’encadrement d’une
équipe pluri-disciplinaire; le cheminement vers l’autonomie en trois phases
(approche et observation, réinsertion, stabilisation); une vie communautaire; la formation ou le perfectionnement professionnels, mais aussi la recherche de places de travail ou de formation professionnelle dans le cadre
d’un recyclage AI. Mais n’entre pas qui veut au Tremplin, précise son directeur. "Il faut de la part du candidat une demande écrite, mais aussi et
surtout une réelle volonté de s’en sortir, de laisser la drogue. Après une
cure de sevrage, il pourra occuper une des 12 chambres que la fondation
possède au 2e et 3e étage de la rue Weck-Reynold, en-dessus des bureaux et
des ateliers, cela pour une durée de 12 à 15 mois". Une période divisée en
trois phases distinctes: la première, dite rouge, pour une première approche avec travail en atelier durant laquelle toute sortie est interdite, la
seconde, appelée orange, comportant des stages à l’extérieur, une réinsertion et une orientation professionnelle; la troisième, verte, tournée elle
vers l’apprentissage de la liberté, avec des sorties en compagnie de responsables.
Rouge, orange ou verte: durant ces trois phases les responsables ont mis
l’accent sur le sport, mais aussi sur de fréquents contrôles d’urine. "Si
le Tremplin offre un contrat moral dans le sens d’un cheminement vers la
réinsertion, l’hébergé doit lui aussi souscrire un contrat moral bannissant
l’usage de la drogue, par exemple. Un contrat qu’il s’engage à respecter
sous peine de renvoi, après avertissement et après s’être vu offrir une semaine de réfexion passée à la campagne. Nous sommes tenus d’en arriver parfois à ces extrêmes, mais cela ne veut pas dire que nous abandonnons ensuite la personne que ces mesures frappent", explique l’abbé Vienny.
Durant les 12 à 15 mois du séjour, l’hébergé prend ses repas dans la
cuisine réservée à cet usage près des chambres. Et si une cuisinière se
charge des repas de midi, les pensionnaires, en compagnie d’un ou d’une assistant(e)-social(e), se chargent de confectionner ceux du soir, avant de
participer à l’une où l’autre discussion et animation prévue en soirée. De
fréquentes sorties sont en outre organisées les week-end, ainsi qu’un camp
annuel passé au bord de la mer.
Vers la réinsertion
En 1987, désireux d’offrir un suivi plus important aux hebergés, les
responsables de la fondation décident l’ouverture à Fribourg d’appartements
protégés. Après le sevrage, le centre de thérapie, le centre de réinsertion
socio-professionnel, ils sont pour les hébergés le dernier maillon avant
l’indépendance. Ces derniers y demeurent pour une année, payent et meublent
leur appartement, avec l’obligation de rentrer en fin de journée, après
leur travail, pour le repas du soir pris en compagnie d’un assistant-social. La fin du parcours, en principe, pour celui qui a décidé de s’en sortir.
En 1987 toujours, sur le principe du fonctionnement de son foyer d’herbergement de Fribourg, la fondation ouvre à Gillarens un foyer pour de jeunes femmes toxicomanes, pour de jeunes mères avec des problèmes liés à la
drogue. "Une étude faite en Suisse romande montrait qu’environ 150 femmes
toxicomanes donnaient chaque année naissance à un enfant. D’où l’idée de ce
foyer, aujourd’hui occupé par 7 femmes et leurs enfants", confie l’abbé
Vienny.
Des projets
Avec ses différents centres d’hébergement, son service social créé pour
les gens confrontés à la toxicomanie, ainsi que son foyer d’occupation qui
s’adresse en premier lieu aux hébergés, mais destiné aussi aux personnes
ayant des problèmes liés à la drogue - personnes suivies par le tremplin
qui viennent ambulatoirement occuper quotidiennement l’un ou l’autre des
ateliers (une vingtaine par jour, en moyenne) -, la fondation est parée
pour faire face à l’avenir. Cela d’autant plus qu’un certain nombre de projets se profile à l’horizon. "Nous sommes appelés dans un avenir plus ou
moins proche à transférer le foyer d’hébergement dans le but de le rendre
complètement indépendant afin de ne pas mélanger dans les ateliers les hébergés avec les ambulatoires venus de l’extérieur du centre, soumis aux
tentations de consommer de la drogue, voire d’en apporter au centre même.
De plus, une association, nouvellement mise sur pied, appelée la Tuile, se
charge actuellement d’étudier de nouveaux projets, dont un dortoir, à Fribourg, pour les personnes sans-abri, toxicomanes ou non", confie encore
l’abbé Vienny.
Selon ce dernier, pour qui la fermeture des différents centres de vente
de drogue à Berne n’a pas entraîné une augmentation des toxicomanes ambulatoires suivis par le Tremplin, si la Fondation possédait 20 ou 25 chambres,
toutes seraient occupées. "Il existe du reste une importante liste d’attente". Des échecs, l’abbé Vienny en a certes connu. Mais sa satisfaction, il
la puise en voyant qu’un jeune s’en sort, qu’il revient à la vie, qu’il retrouve un sens à la vie. "Dernièrement encore, une jeune femme, ancienne
pensionnaire, est venue me voir du Tessin pour me présenter son bébé. Mariée et complètement guérie". (apic/pr)
ENCADRE
Avec sa gazette trimestrielle appelée "Le Tremplin", la Fondation peut
compter sur l’appui d’une association du même nom forte de 1’200 membres.
C’est à son initiative du reste que plusieurs manifestions figurent au programme devant marquer le 10e anniversaire de la fondation. Outre la journée
d’anniversaire du 13 juin qui se déroulera à la Mensa de l’Université de
Fribourg et à Avry-Centre, où une journée d’information est prévue, un concert du Choeur de Jade aura lieu le 18 juin à l’église des Capucins, Fribourg. Le 5 septembre, se déroulera au Mouret une soirée de gala animée par
le Cabaret "Chaud 7". Le 15 novembre enfin, pour clôturer cette année anniversaire, un gala sera organisé à l’Université de Fribourg par la Commission d’artistes pour les droits de l’homme, cela en faveur du Tremplin et
de l’association "Release" pour leur action contre le sida. (apic/pr)