Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Une version malgache de la théologie de la libération

    APIC - Rencontre

    Antsirabé

    A Antsirabé, le diocèse a une librairie gérée par depuis environ trois ans

    par les Soeurs de St-Paul de Fribourg, une soeur béninoise, Soeur Jeannette, et une soeur vietnamienne, soeur Marie-Ange.

    Apostolat de la presse.

    Avant, on vendait essentiellement des livres et des fournitures scolaires,

    de l’art malgache et quelques objets de piété. Il y avait très peu de livres religieux. Depuis que les soeurs sont là, on fait petit à petit venir

    des livres religieux. Ce n’est pas évident, étant donné le prix. Les gens

    ont un très faible pouvoir d’achat à Madagascar. On commence à avoir des

    livres religieux.

    Econome du diocèse d’Antsirabé, le Père Alain Rabarijaona,

    Madagascar, en processus de démocratisation dans la IIIe République.

    Philippe Ranaivomanana, recteur du grand séminaire interdiocésain d’Antsirabé, ouvert en 1986 - pour cinq diocèses (1er cycle, seulement la

    philosophie)

    responsable de l’audio-visuel dans le diocèse d’Antsirabé

    d’un projet de studio audio-visuel à Antsirabé

    Père Philippe: nous avons eu un référendum dans le cadre du processus de

    démocratisation à Madagascar qui dure depuis plusieurs années et qui a

    abouti à l’arrivée au pouvoir du professeur Albert Zafy, chirurgien, bon

    chrétien et homme intègre. Amené au pouvoir grâce aud "Forces vives" de

    l’opposition et également avec le concours du FFKM, le Conseil des Eglises

    chrétiennes à Madagascar, entité qui a aidé les citoyens malgaches à prendre en charge la vie politique. Le FFKM regroupe catholiques, protestants

    réformés et luthériens, anglicans. L’oecuménisme fonctionne très bien à Madagascar entre ces quatre obédiences.

    Elections présidentielles du 10 février 1993, l’"homme au chapeau de paille" Albert Zafy a finalement triomphé du dictateur l’amiral Didier Ratsiraka par près de 67 % des voix.

    Il y a aujourd’hui plus de liberté. La censure est levée depuis 88, déjà au

    temps de Ratsiraka, car le processus de démocratisation a duré plusieurs

    années, grâce à de gigantesques manifestations pacifiques. Malgré tout, cela s’est terminé dans le sang, le 10 août 1991, Ratsiraka n’a pas hésité à

    faire tirer depuis des hélicoptères sur la foule qui s’approchait de son

    palais-bunker de Mavoloha, construit dans la banlieue sud d’Antananarivo.

    Plusieurs dizaines de mort. C’est ce bain de sang qui a en fait précipité

    la chute de Ratsiraka. Son parti unique AREMA, corrompu, haï par le peuple.

    A dilué son parti dans diverses autres formations pour tromper les gens.

    Le référendum Ratsiraka a régné durant 16 ans - 16 ans de régression par rapport à ce

    qu’il y avait avant, au point de vue moral, culturel, économique, un régime

    vraiment inqualifiable. Tout ce qui est social, culturel, a reculé. Un

    régime socialiste de tendance marxiste, qui affirmait que le socialisme est

    au-dessus de tout: les hôpitaux, l’enseignement, tout s’est dégradé. Tout

    était étatisé, car le régime n’acceptait pas tellement la concurrence, même

    au niveau du ravitaillement. Il y avait, par exemple en 81-82, des queues à

    partir de deux heures du matin pour trouver du riz. Le pouvoir d’achat des

    gens diminuait drastiquement, on allait de dévaluation en dévaluation.

    C’était dû aussi à la mauvaise gestion du régime, plus encore que la crise

    économique régionale.

    Dégradation morale: avant, on reconnaissait quand même le droit des autres,

    il y avait moins de vols, moins de banditisme, de pourriture, davantage de

    conscience professionnelle. Aujourd’hui, c’est le sauve-qui-peut

    individuel. Celui qui arrive au pouvoir essaye d’abord de se remplir les

    poches. Il y a pas mal de gens qui ont fait des vols et que l’on laisse au

    vu et au su de tout le monde. Il y a un boom de vols de boeufs. La crise

    globale certes existe, mais la mauvaise gestion a provoqué cette

    dégradation de la sécurité des gens, il y a des agressions dans la rue,

    vols de boeufs très répandus dans certaines campagnes de Madagascar.

    Les gendarmes et même l’armée ont essayé de faire face à ces bandes armées, qui ont des soutiens "jusqu’en haut". Du temps de Ratsiraka, des voleurs ont pu être été arrêtés, mais ils ont été relâchés sur ordre supérieur. Ils volaient ces boeufs pour exporter, car c’est parmi la richesse de

    Madagascar, avec l’or ou l’émeraude. Le pays est riche en sous-sol, mais

    l’exploitation est sans règle, et ne profite pas au pays. Beaucoup de

    trafics.

    Avant, il y avait quand même des lois et des règlements moraux. A la

    fin, il n’y avait plus de lois et de choses légalement faites: le règne de

    l’arbitraire, la corruption, la mauvaise gestion.

    Au début, Ratsiraka a fait illusion avec sa charte de la révolution, le

    "livre rouge". Tout le monde était alléché par son projet de Constitution.

    Les gens y croyaient. Il avait un beau discours, et il y avait de bonnes

    choses là-dedans. Très rapidement, début des années 80, la pratique a contredit les beaux discours.

    Certains secteurs de l’Eglise catholique étaient au début favorables, car

    le programme avait des éléments conformes à l’Evangile, comme la justice,

    la liberté, la dignité de l’homme. Le marxisme malgache n’a pas fait de

    persécution religieuse, car l’enracinement de la religion était trop forte,

    plus de la moitié des Malgaches étant chrétiens.

    Déjà en 1981, le FFKM a vu que l’on trompait les gens. Puis d’année et

    année les lettres

    pastorales des évêques catholiques ont commencé à dénoncer dans toutes les

    églises la dégradation de tous les secteurs de la société, conscientiser le

    peuple sur ce qui n’allait pas. La crise a aidé les Eglises à devenir plus

    oecuméniques.

    L’oecuménisme était d’ailleurs assez enraciné à Madagascar, car le peuple

    malgache est très tolérant. La culture de base malgache, le "fihavanana",

    englobe tout ce qui est vie, harmonie, tolérance, réconciliation, lien, solidarité, paix. Tout ce qui est famille, communauté, entraide sociale

    est à la base de notre culture, c’est pourquoi nous avons au départ été

    attirés par le socialisme. L’individualisme néo-libéral ne correspond pas à

    notre culture. La structure de base de la société malgache est la famille

    et si quelqu’un est malade, c’est la famille qui le prend en charge.

    Le noyau de base est la famille, qui s’ouvre sur la société en général.

    C’est sur cela que se fonde la pastorale de nos diocèses, qui développe les

    communautés ecclésiales de base, un peu comme en Amérique latine. On part

    d’abord de la famille, puis du même village, puis dans un contexte plus

    vaste, partir ensemble. C’est cela le "fihavanana", une sorte de socialisme

    malgache qui parte de cette solidarité naturelle. Car ces dernières

    années, les structures naturelles se sont effondrées. Nous avons l’espoir

    que le président Albert Zafy mette un frein à cet individualisme forcené

    qui écrase les autres.

    Le régime Ratsiraka est devenu en fait le contraire de ce qu’aurait dû être

    un socialisme malgache.

    On peut dire que nos communautés de base s’orientent à partir d’une théologie de la libération, dont la base est le "fihavanana": d’abord entre les

    hommes, la famille, les clans, les villages et au-delà. Le "fihavanana" est

    une relation horizontale entre les hommes et ensuite la relation verticale

    avec Dieu. Les communautés ecclésiales de base intègrent aussi les autres

    confessions chrétiennes, ce n’est pas seulement catholique, il y a aussi

    des protestants; ils prient ensemble, lisent ensemble la Parole de Dieu,

    c’est un oecuménisme de base très fort; on pense en même temps au bien et

    au développement du village, cela débouche sur l’entraide, une pratique de

    la vie. Ce n’est pas un discours.

    On voit les progrès. Cela s’organise au niveau paroissial, de quartier. Si

    on trouve quelque chose qui ne fonctionne pas, quelque chose de trivial,

    comme l’absence de WC dans le village, qui pose des . A partir d’une lecture de l’Evangile, je suis venu pour que vous ayez la vie en abondance, on

    fait une conscientisation très pratique. On se met à construire des WC ou

    une pompe pour amener l’eau. C’est une prise en charge collective de la vie

    de la communauté. Il y a des ONG qui nous aident, mais ces communautés sont

    l’un des moteurs du développement de Madagascar.

    Les communautés ecclésiales de base - qui ont démarré il y a une quinzaine

    d’années -, sont l’un des éléments qui ont renforcé le peuple par rapport

    au régime de Ratsiraka. Elles sont actuellement un demi-millier pour le

    diocèse d’Antsirabé, qui compte un million d’habitants (dont la moitié de

    catholiques) sur une surface de 16’000 m2. Sur ces hauts-plateaux entrecoupés de vallées, à des altitudes de 1500m ou plus, dans un magnifique paysage au climat tempéré, aux riches terres volcaniques, aux communications

    rendues difficiles par un relief montagneux.

    Antsirabé, deuxième plus grande ville de Madagascar, avec 5-600’000 habitants, la ville plus industrialisée de Madagascar.

    Il manque les machines et les financements pour le développement, sinon

    les conditions sont là. C’est dans le domaine de la formation

    intellectuelle des gens que l’Eglise

    concentre ses forces. On essaye de réunir des cadres chrétiens

    Les Eglises chrétiennes ont été à la base du processus de libération du

    peuple malgache, car c’est leur rôle d’aider les gens à devenir ce à quoi

    ils sont appelés, à être des hommes debout, à être libres, à avoir une vie

    décente. Notre option à Antsirabé, est d’aider les gens à sortir de la

    pauvreté, de cet état de vie ... le grand mot : Evangile et développement.

    , c’est

    Notre théologie est dans un certain sens une théologie de la libération,

    c’est tout à fait conforme à l’Evangile, nous n’avons pas de problèmes avec

    le Vatican, ni avec les évêques qui sont avec nous, qui sont notre point de

    référence. Nous n’avons quasiment pas de publications, étant donné notre

    tradition orale, cela passe par les palabres. Il n’y a pas tellement de

    théorisation. Dans notre diocèse, c’est tous ensemble, avec notre évêque.

    Nous faisons la pastorale du soja, la pastorale du cochon, la pastorale des

    blés, en fonction des besoins. Cela part des réalités économiques pour

    s’élever au niveau spirituel.

    Aider les gens à se prendre en charge, à se responsabiliser.

    Les Malgaches ont des valeurs, des traditions et des cultures qu’il faut

    respecter. Il faut les aider à devenir eux-mêmes,

    Les gens ont commencé à apprendre leurs droits et à dire non aux exactions

    dont ils étaient victimes, à se défendre collectivement contre les vols de

    boeufs, car il n’y avait plus de lois. Les villages, excédés par ces vols,

    ont fait justice eux-mêmes, car l’Etat était soit absent, soit complice.

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus