Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 149 lignes (max. 75 signes), 1555 mots et 10676 signes.

    apic/primauté du pape/ J. Famarée

    APIC- Dossier

    Louvain: Vers une compréhension nouvelle de la fonction du pape? (210596)

    J. Famarée propose de pistes de dialogue oecuménique

    Louvain-la-Neuve, 21mai(APIC/CIP) Dans son encyclique du 25 mai 1995 unum

    sint" sur l’engagement oecuménique, Jean-Paul, II abordant la question du

    "ministère de l’unité", invitait les responsables ecclésiaux et leurs théologiens à instaurer avec lui "un dialogue fraternel et patient" en vue de

    "trouver une forme d’exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l’essentiel de sa mission". Joseph Famarée, professeur à la faculté de théologie de Louvain-la-Neuve (UCL) a

    proposé récemment quelques pistes lors d’une conférence-débat à Louvain.

    Auteur d’une thèse de doctorat consacrée à la pensée du théologien français Yves Congar sur l’Eglise, Joseph Famarée sait combien la fonction de

    l’évêque de Rome fait l’objet d’un contentieux historique délicat. Les divergences majeures remontent au concile de Chalcédoine en 451: les légats

    romains refusèrent de reconnaî tre à la nouvelle Rome impériale (Constantinople) les mêmes prérogatives qu’à l’Eglise de Rome qui se réclamait des

    apôtres Pierre et Paul. Le schisme de 1054 entre Rome et Constantinople allait durcir le malentendu et déboucher sur un cloisonnement durable,

    l’Eglise de Rome étendant son patriarcat sur tout l’Occident, Constantinople faisant de même en Orient.

    Il y a du neuf aujourd’hui: la question de la primauté romaine est objet

    de discussion au sein-même de l’Eglise catholique.

    L’héritage de Vatican I

    Le point focal des difficultés, observe le jeune théologien de l’UCL,

    provient du concile Vatican I (1869-1870), dont les perspectives sur la

    primauté du pape et sur l’infaillibilité de son enseignement n’ont pas été

    gommées un siècle plus tard par Vatican II.

    D’après Vatican I, Pierre a été établi à la tête de l’Eglise pour que

    l’épiscopat soit "un et indivis" et pour assurer à cette unité "un principe

    perpétuel et un fondement visible". La primauté est conçue comme "pouvoir

    de juridiction sur toute l’Eglise" et est conférée directement à l’évêque

    de Rome qui, en successeur de Pierre, jouit d’un pouvoir de "droit divin".

    L’Eglise de Rome jouit d’une "prééminence de pouvoir ordinaire sur toutes

    les autres Eglises". Tous les évêques et les fidèles sont tenus au "devoir

    de subordination hiérarchique", tant en matière de foi et de moeurs, qu’en

    matière de discipline. Vatican I précise que le "pouvoir suprême" de

    l’Eglise de Rome ne "fait nullement obstacle au pouvoir de juridiction

    épiscopal ordinaire" de chaque évêque, mais l’affirme et le renforce. Le

    pape est finalement le "juge suprême" sur toutes les affaires ecclésiastiques.

    Des termes aussi impressionnants appliqués à un homme ne pouvaient que

    rebuter par leur langage fort, leur prétention juridique et leur conception

    pyramidale de l’Eglise, note J. Famerée.

    La définition de l’infaillibilité n’a fait qu’accentuer le malaise.

    D’après Vatican I, la primauté apostolique inclut "le pouvoir suprême du

    magistère", c’est-à-dire de l’autorité doctrinale. L’assistance de l’Esprit

    Saint est promise aux successeurs de Pierre, non pour une nouvelle doctrine, souligne le concile, mais pour garder saintement et exposer fidèlement"

    la révélation transmise par les apôtres en vue du salut de tous.

    Le Concile a jugé indispensable une définition solennelle de cette prérogative parce que cette autorité était contestée. L’infaillibilité s’applique à une parole prononcée "ex cathedra": c’est-à-dire lorsque, dans

    l’exercice de la fonction de "pasteur et de docteur", le pape "définit, en

    vertu de sa suprême autorité apostolique, qu’une doctrine sur la foi ou les

    moeurs doit être tenue par toute l’Eglise". Dans ce cas, précise Vatican I,

    le pape "jouit, par l’assistance divine à lui promise en la personne de

    saint Pierre, de cette infaillibilité dont le divin Rédempteur a voulu que

    fût pourvue son Eglise, lorsqu’elle définit la doctrine sur la foi et les

    moeurs". Dès lors, les définitions "sont irréformables de soi", et non en

    vertu d’un consentement juridique préalable (sans pour autant l’exclure).

    Cette prérogative du magistère est difficile à comprendre et à admettre

    par d’autres Eglises. Surtout que, dans le sillage de Vatican I, on a commencé par en donner une interprétation maximaliste: le pape ne pouvait pas

    se tromper!

    Point de vue orthodoxe

    Avec les orthodoxes, la difficulté la plus apparente vient d’une différence de conception de l’Eglise. L’orthodoxie conçoit essentiellement

    l’Eglise comme une communion d’Eglises autocéphales ou régionales: indépendantes pour l’élection de leurs évêques, mais en communion entre elles. Ces

    Eglises sont souvent des patriarcats. Le patriarche est entouré d’un SaintSynode permanent, aux décisions collégiales.

    Pour les orthodoxes, seule une ecclésiologie de communion est concevable. Ils ne peuvent accepter une juridiction plénière de l’Eglise de Rome

    sur les autres Eglises. L’orthodoxie ne peut concevoir une primauté comme

    un pouvoir de superévêque. Elle veut bien reconnaître à Rome une primauté

    d’honneur, une présidence de la charité des Eglises. Mais sur ce point aussi, les lectures de l’histoire varient en Occident et en Orient. Ainsi, il

    n’y a pas d’unanimité sur la question du statut de l’autorité du pape par

    rapport à celle d’un concile.

    L’exemple de Sardique

    Un concile offre une base pour repréciser le primauté: celui de Sardique

    (Sofia) en 343, le seul où l’Orient et l’Occident ont légiféré en commun

    pour pouvoir en appeler à l’évêque de Rome. Si un évêque est condamné par

    son Synode, peut-il faire appel à Rome avec l’accord de son Synode ou avec

    celui des évêques voisins? Le concile de Sardique a répondu: le pape peut

    déclarer le premier jugement valide ou demander que la cause soit à nouveau

    jugée, mais il ne peut prononcer un nouveau jugement lui-même.

    Le concile de Sardique préserve l’autorité légale des Synodes mais reconnaît à Rome un pouvoir de cassation. Ne serait-ce pas, pour l’avenir,

    une figure possible d’articulation entre l’Orient et l’Occident? demande J.

    Famerée. La révocation de Mgr Gaillot comme évêque d’Evreux se serait passée différemment par exemple si les principes du concile de Sardique avaient été de règle: la décision de révocation aurait pu être prise en Synode

    provincial. Après quoi, saisie en dernier recours, Rome aurait pu confirmer

    la décision prise, ou exiger que la cause soit rejugée.

    Point de vue réformé

    La position réformée s’est élaborée au XVIe siècle en réaction contre

    une autorité ecclésiastique qui, s’arrogeant l’interprétation autorisée de

    l’Ecriture, était soupçonnée de la rendre captive, rappelle J. Famerée. En

    1985, le Groupe des Dombes, réunissant des catholiques et des protestants

    en France, a rédigé un document de qualité sur le ministère de communion

    dans l’Eglise universelle.

    Le document réclame pour un ministère de communion trois dimensions

    essentielles: communautaire, collégiale et personnelle. La dimension

    communautaire implique une confiance en l’Esprit répandu sur tout un

    peuple. En vertu de la dimension collégiale, il plaide pour une

    reconnaissance notamment de compétences larges aux conférences épiscopales

    et au Synode des évêques. Quant à la dimension personnelle, il conviendrait

    d’actualiser et de réquilibrer l’héritage de Vatican I, jusque dans le

    vocabulaire.

    Les Eglises réformées aussi sont invitées à la conversion. Ne faut-il

    pas qu’elles dépassent, sur le plan communautaire, le simple objectif d’Alliance ou de Fédération entre elles? La dimension collégiale peut-elle être

    un simple système de représentation et d’élection? La dimension personnelle

    ne permet-elle pas de concevoir un ministère d’arbitre, en toute liberté de

    rapports fraternels?

    Vers un au-delà des clivages

    Ce survol des trois grandes traditions chrétiennes montre que chaque

    confession s’est organisée et façonnée dans une culture typique. D’où les

    clivages. Il est essentiel de les percevoir pour évaluer aussi les chemins

    de conversion ou d’ouverture à emprunter, estime J. Famarée.

    Un consensus ecclésial sur le rôle de l’Eglise romaine semble plus proche avec les orthodoxes. La conception catholique a été très marquée par la

    Contre-Réforme lancée dans le sillage du concile de Trente (1545-1563). Vatican II a engagé un renouveau, mais la préoccupation défensive de l’Eglise

    catholique à l’égard du monde et des autres confessions chrétiennes l’ont

    portée, surtout à partir du XIXe siècle, à accentuer la dimension autoritaire et hiérarchique, et à polariser la communion ecclésiale sur la personne du pape.

    Le dogme du magistère infaillible a été influencé par le contexte de

    l’époque, où il s’agissait de protéger l’Eglise contre les erreurs du

    temps. Néanmoins, le concile a défini deux ordres distincts de connaissance

    certaine de Dieu: la raison naturelle et la foi révélée. Sans doute l’ère

    du catholicisme intransigeant n’est-elle plus tenable, mais il reste des

    freins mentaux, constate le théologien.

    Quant à la théologie protestante, elle est marquée par une forte

    insistance sur la transcendance de Dieu et sa souveraine liberté. Cette

    transcendance de la Parole de Dieu incite à relativiser tout autre pouvoir.

    L’absence de magistère va de pair avec une liberté des membres. Ceci

    explique aussi des tendances historiques extrêmes dans le protestantisme,

    entre l’exigence radicale de la raison dans le rationalisme et sa démission

    au profit de l’adhésion spontanée dans le fondamentalisme. Il est vrai ausi

    que les grandes Eglises protestantes sont plus à l’aise avec la modernité,

    les droits de l’homme et les libertés. La culture protestante favorise la

    liberté chrétienne et l’institution délibérative, et résiste à un ministère

    épiscopal universel, conçu comme instance suprême d’appel.

    "Une conversion en profondeur est demandée à chaque confession. Dieu

    seul sait jusqu’où et à quel rythme. Une réconciliation ne peut être forcée

    d’aucune manière. Elle ne peut être que conversion à l’unique Seigneur et à

    sa Parole qui résonne dans les Ecritures apostoliques", conclut Joseph Famerée. (apic/cip/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus