APIC - Portrtait
Mgr Amédée Grab, évêque auxiliaire à Genève
L’Eglise au coeur
Gabriele Brodrecht, Agence APIC
Genève, 17juin(APIC) (APIC) Le jour de l’Assomption 1937, un petit
garçon aux yeux rayonnants se tient dans l’église Notre-Dame de Genève. Il
a sept ans et va bientôt devenir servant de messe. Plus de cinquante plus
tard, il est de nouveau là pour la fête de l’Assomption dans la chapelle de
la Vierge, remplie de cierges et de fleurs. Mais cette fois, il célèbre
lui-même la messe: Amédée Grab est devenu entretemps évêque auxiliaire dans
la cité des bords du Rhône.
C’est là qu’il a grandi, dans le quartier des Grottes; la paroisse Notre-Dame fut "sa deuxième famille". A l’époque, il s’appelait encore Antoine-Marie et était interne au petit séminaire. Il ne pouvait rentrer à la
maison que tous les 15 jours. Mais malgré le mal du pays, c’est précisément
dans cette école qu’il veut aller car une chose est déjà sûre: il sera prêtre.
Qui rencontre Amédée Grab s’aperçoit immédiatement que l’Eglise est le
thème central de sa vie. Ses yeux s’illuminent et sa voix s’anime lorsque,
dans son bureau dans une rue tranquille de la vieille ville de Genève, il
parle de la foi. De l’appel de l’Evangile à la liberté et à la responsabilité que les jeunes aussi trouvent lorsqu’ils cherchent le sens de la vie.
L’évêque voudrait leur communiquer que l’Eglise est un lieu où "on peut
ouvrir son coeur, partager ses idées et ses sentiments. Un lieu de la vie".
Il a pratiquement toujours eu à faire avec les jeunes. Il fut enseignant de
nombreuses années et "très content de l’être". D’abord au collège d’Einsiedeln qu’il a fréquenté lui-même. C’est là également qu’il a étudié la théologie après son entrée au monastère. Aujourd’hui encore, il a une cellule à
sa disposition. En été 1958 après son ordination à la prêtrise, le jeune
bénédictin part pour Ascona où il sera enseignant au Collegio Papio durant
vingt ans.
Outre l’histoire, il enseigne le français et l’allemand - "J’aime beaucoup les langues" relève l’évêque qui s’exprime couramment en français, allemand et italien. Il célèbre aussi la messe en espagnol et tant bien que
mal en portuguais, ce qui est un avantage dans la ville internationale de
Genève. Ici la moitié des catholiques et 80% des jeunes qui reçoivent la
confirmation viennent de l’étranger. Dans la paroisse d’origine de l’évêque, située près de la gare, beaucoup de gens en voyage font une visite et
des évêques de tous les pays s’arrêtent à Genève. Mgr Grab tient beaucoup
"à l’unité du collège des évêques du monde entier".
L’évêque auxiliaire dont la devise est "Humanitate et Caritate" se veut
présent pour chaque personne qui vient vers lui. Lui qui visite souvent les
hôpitaux et les homes pour personnes âgées et qui célèbre régulièrement la
messe en prison, est convaincu que pour bien bien accomplir sa tâche un
évêque "doit se soucier du bien de chacun en particulier et de tous." "Il
doit aussi parfois pouvoir renoncer à une idée personnelle pour l’harmonie
du diocèse et de l’Eglise". Amédée Grab l’a expérimenté lors du synode 72.
Il savait heureusement déjà comment gérer les conflits lors de sa nomination comme évêque auxiliaire de Lausanne, Genève et Fribourg en 1987. Sa
venue dans la cité de Calvin faisait craindre à certains une menace pour la
paix confessionnelle ou une stratégie en vue de l’érection d’un diocèse à
Genève. "Des articles ont paru dans la presse jusqu’aux Etats-Unis", se
souvient l’évêque auxiliaire. Parmi les catholiques aussi, certains pensaient que le très bon climat oecuménique à Genève était en danger. D’autres
estimaient encore que les relations entre l’Eglise et l’Etat pourraient se
détériorer. D’autres enfin auraient préféré que l’évêque s’établisse un peu
plus loin ou que cela soit quelqu’un d’autre..."
Mon entrée est pacifique
Le prédécesseur fameux de Mgr Grab à Genève n’a pas eu la vie très
facile non plus. Le futur cardinal Mermillod, le premier évêque à s’établir
à Genève depuis la Réforme, fut expulsé de Suisse par les autorités
fédérales en 1873 lors du "Kulturkampf" et dut partir en exil. Mgr Grab
lors de son installation solennelle à la basilique Notre-Dame le 18
septembre 1987, déclara: "Mon entrée est pacifique". Il répétait les mots
que Mgr Mermillod - qui fut aussi le bâtisseur de cette église - avait
prononcé 130 ans plus tôt dans le même lieu.
Dès le début, il a cherché à faire son travail dans la confiance et à
rester en dialogue avec tous, rappelle l’évêque auxiliaire qui passe pour
un bon diplomate. "Avec cinquante paroisses, je peux les visiter presque
toutes au moins une fois par an, bien que je ne puisse pas être partout ni
rencontrer personnellement les quelque 200’000 catholiques." De toute
façon, à Genève, il n’existe pas de conflits comme dans le diocèse de Coire. Et de remarquer: "Coire est assez loin d’ici". Il ne pense pas seulement cela au sens géographique. Il entretient par ailleurs "d’excellentes
relations" avec Mgr Haas.
Lui-même n’est certainement pas un "révolutionnaire". Il désire simplement être un "évêque catholique". La tradition n’est pas pour lui un mot
tabou. Il faut distinguer ce que l’on peut et doit changer et ce que l’on
ne peut pas transformer ou "démocratiser" à sa guise.
Il parle de la prière - "celui qui ne prie pas n’est pas un vrai chrétien" - de l’obéissance et de la fidélité au Christ. Pour Amédée Grab,
l’univers entier est orienté à la glorification de Dieu. Un brin de poésie
apparaît dans ses paroles pesées et réfléchies. Son regard part dans le
lointain mais il est en même temps comme tourné vers l’intérieur. L’évêque
est concentré sur l’essentiel, sur le miracle de l’eucharistie, sur la
grandeur de ce don de Dieu qui l’émeut profondément, et sur les tâches de
l’Eglise.
L’ancien secrétaire de la Conférence des évêques suisses n’est pas du
tout un rêveur et n’a aucun faible pour les "rêves d’Eglise". Lui-même ne
se permet pas "d’états d’âme" et ne compte pas la patience parmi ses
vertus. Tout - et il le regrette - devrait aller pour lui aussi vite que
possible. Ainsi pendant les voyages en train, lorsqu’il ne travaille pas,
il fait au moins des mots croisés. Il lit le journal et regarde en même
temps les nouvelles télévisées. Et lorsqu’il doit cuisiner parfois lui-même
il se fait le plus souvent des oeufs au plat. Rien d’étonnant que lorsque
l’évêque se passionne pour une émission de télévision - ce qui n’arrive pas
souvent - c’est pour un sujet qui lui permet en une heure et demi de faire
un voyage dans son fauteuil, à travers tout le Pérou des Andes à la mer.
Il ne va plus guère au cinéma ou au théatre comme autrefois, pas le
temps! Avec un peu de mélancolie, il évoque le temps où il avait le loisir
de lire Mauriac ou Ionesco. Aujourd’hui il n’y a sur son bureau plus que de
la littérature spécialisée. Mais il aime encore beaucoup la musique: Monteverdi, Rossini, et surtout Mozart. Mais ce n’est pas la raison du choix de
son nom religieux: Amedée fut au XIIe siècle abbé de Hautecombe près de Genève et évêque de Lausanne. L’évêque auxiliaire Grab le vénère beaucoup. On
a conservé de lui des prédications, dont une par exemple consacré à l’Assomption de la Vierge... (apic/gbr/mp)
Des photos de Mgr Grab sont disponibles auprès de CIRIC, 8, Chemin des
Clochetons, C.P. 50, 1007 Lausanne, tél. 021/25 28 29, fax 021/ 25 28 35