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    Ne rien préférer à l’amour du Christ (160694)

    APIC - Portrait

    Dom Mauro Lepori, nouvel abbé d’Hauterive

    Maurice Page Agence APIC

    Fribourg, 16juin(APIC) "A 18 ans, j’ai vraiment compris que ma vie devait

    être toute pour le Christ, définitivement." A 35 ans, Mauro Lepori est aujourd’hui abbé du monastère cistercien d’Hauterive niché au creux d’un méandre de la Sarine, non loin de Fribourg. Le jeune tessinois n’a jamais dévié de sa route. Dieu ne l’a cependant pas conduit où il songeait aller. La

    question n’est pas le choix de vie, mais de demeurer dans l’amour du

    Christ, explique-t-il.

    La rencontre avec Dom Lepori se passe, est-ce un hasard, sous l’oeil de

    tous ses prédécesseurs abbés d’Hauterive, dans un modeste salon donnant sur

    la cour. La galerie de portraits, certains plutôt mités, occupe les quatre

    parois de la pièce. Don Bernard Kaul, premier abbé du monastère après sa

    refondation en 1939 et qui vient de se retirer, est là lui aussi figé par

    le peintre, souriant dans son habit de coeur, tenant dans sa main la règle

    de saint Benoît. La simplicité de Dom Lepori, 35 ans, fines lunettes à monture dorée, crâne rasé, accent chantant du Tessin, contraste avec le cadre

    un peu solennel et austère. Dom Lepori prend le temps d’écouter et de

    répondre par des phrases lentes, spirituelles.

    Le premier appel, après ceux de l’enfance, Mauro le ressent place StPierre à Rome en 1975. Apercevant le pape Paul VI, "j’ai senti qu’il y

    avait là une force, j’ai fait la découverte que l’Eglise était belle". Il

    faut dire que le pèlerinage de l’Année Sainte était déjà passé par Assise

    où le jeune tessinois avait fait la connaissance de la figure de François

    d’Assise. La découverte conjointe du mouvement Communion et libération lui

    permet d’exprimer ses impressions, de dépasser le niveau des sentiments.

    "Ce fut un lieu où les exigences de mon coeur trouvaient un chemin concret

    et éducatif."

    Deux ans plus tard, lors d’un second pèlerinage à Assise, l’appel se

    fait plus précis. Mauro veut devenir prêtre diocésain. "J’ai vraiment compris que ma vie devait être toute pour le Christ, définitivement. Cette découverte, pendant une messe, fut une grande joie".

    Après avoir accompli toute sa scolarité dans son Tessin natal, le jeune

    homme débarque à Fribourg pour y poursuivre des études de philosophie. Le

    projet de devenir prêtre est toujours bien présent, mais il préfère le

    laisser mûrir avant d’entrer au séminaire. Il vit alors au sein de la communauté de Communion et Libération. Ayant obtenu la licence en philosophie

    en 1982, il enchaîne avec la théologie. Après deux nouvelles années d’études, l’été 1984 pousse le jeune homme à descendre à Hauterive pour y préparer durant une semaine une série d’examens. Il songe à partir ensuite un an

    en Afrique avant de reprendre ses études. "Mais à Hauterive, j’ai vite découvert que c’était ce que je cherchais. J’ai ressenti la même joie qu’à

    Assise. Une joie particulière plus profonde que le sentiment."

    "Je me suis tout de même demandé si je ne pouvais pas être plus utile

    dans le monde comme prêtre diocésain. J’ai compris alors que la question

    n’était pas le choix d’un mode de vie, mais celle de demeurer dans l’amour

    du Christ, selon la parabole de la vigne et des sarments de l’évangile de

    saint Jean. C’est cela qui assure la fécondité de la vie. Hauterive était

    pour moi le lieu où le Christ m’appelait pour mieux demeurer dans son

    amour."

    Pour saint Benoît, fondateur du monachisme occidental, dont la Règle régit encore le monastère d’Hauterive, un seul fondement: ne rien préférer à

    l’amour du Christ. On peut entrer au monastère pour le chant grégorien, la

    liturgie, la beauté de la nature ou la vie communautaire. On y reste parce

    qu’il y a un appel de Dieu, absolu. Sinon tôt ou tard tout perd son gôut,

    souligne le nouvel abbé.

    Aux trois voeux habituels, de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, les

    moines d’Hauterive en ajoutent un quatrième, celui de stabilité qui les lie

    pour toute la vie à la communauté. "Ce voeu est peut-être le plus provocateur. Il permet aux autres d’être plus vrais. Il s’agit de devoir toujours

    changer soi-même avant de changer la situation extérieure". Le risque de la

    fidélité permet aux choses de grandir et de fructifier.

    La vie monastique est surtout témoignage par ce qu’elle est. Elle souligne particulièrement que chaque homme est créé pour Dieu. Elle met en

    évidence la vérité profonde du coeur de l’homme. C’est la raison pour laquelle elle attire les gens même les plus actifs, fait remarquer l’abbé. La

    vraie liberté est en Dieu. Le renouveau dans l’Eglise et dans les communautés est lié à ce rappel du sens profond des choses: le pour quoi, le pour

    qui.

    Cette liberté, Mauro n’est pas allé la chercher en Afrique, elle lui a

    été offerte dans les murs d’un monastère. Après un mois d’essai à l’automne

    1984, le jeune homme entre au postulat, puis au noviciat. Il poursuit et

    conclut ses études de théologie. En 1989 il prononce ses voeux solennels et

    est ordonné prêtre en 1990.

    Dix ans après cet été, Dom Lepori est à tête de la communauté. C’est un

    délai assez bref reconnaît-il. "Il a fallu demander une dispense à Rome car

    je n’avais pas les dix ans de profession requis." Le fait d’avoir accompli

    pratiquement toutes mes études avant d’entrer au monastère a beaucoup accéléré les choses, ajoute-t-il modestement. La responsabilité de l’abbé est

    avant tout celle d’un père, c’est d’ailleurs son sens étymologique. Une responsabilité qui lui est revenue assez naturellement puisqu’il exercait déjà la charge de maître des novices, puis celle de père hôtelier et de sousprieur. "Etre maître de novices m’a beaucoup appris. Lorsqu’on se trouve

    responsable d’autres personnes on est contraint de prendre les choses au

    sérieux. On comprend ce que signifie la paternité dans l’Eglise, qui demande aussi parfois de grandes souffrances". L’élection s’est faite au bulletin secret, sous l’autorité de l’abbé président de la Congrégation.

    Dom Mauro Lepori est le 59e abbé d’Hauterive depuis sa fondation et le

    second depuis sa refondation en 1939 par des moines venus de Mehrerau, en

    Autriche. L’interruption durant près de 100 ans de la vie monastique entre

    1848 et 1939 n’a guère laissé de traces. En 1988, on a fêté les 850 ans de

    la fondation d’Hauterive. Vingt moines cisterciens se sont établis en pionniers sur ces terres en 1138, avant même la fondation de la ville de Fribourg.

    Aujourd’hui comme à l’époque, les moines y vivent de l’agriculture et de

    l’accueil. Seule nouvelle ressource: l’AVS... Point de passage sur la Sarine, Hauterive est aussi un point de rencontre des cultures. Si la langue

    officielle de la communauté est le français, la moitié des moines sont

    alémaniques et deux de langue italienne, sans compter bien sûr les moines

    hôtes étrangers. Même disparité au niveau des âges des 25 moines qui

    s’échelonnent de 26 à 92 ans. "Il y a un groupe de Pères âgés, un groupe de

    jeunes. L’âge moyen est un peu creux."

    Outre l’office divin qui occupe quatre heures par jour, en plus de la

    méditation et de l’oraison personnelle, chacun a son travail bien sûr. Pour

    les divers services de la maison, la ferme, l’accueil ou la formation. "La

    règle de saint Benoît a le génie de ramener mêmes les choses les plus banales et les plus matérielles à leur sens théologique, christologique", apprécie l’abbé. De fait, les religieux non-prêtres constituent la majorité

    de la communauté. Les pères n’exercent pas de ministère à l’extérieur du

    monastère, les gens viennent à eux "du pauvre qui demande l’aumône au directeur d’entreprise". "Nous voulons simplement être nous-mêmes, affirmer

    aux gens ce que nous vivons, dans notre prière et dans notre travail. On

    compte en moyenne une quinzaine d’hôtes, sans les nombreux groupes en visite pour une journée, ou pour quelques heures.

    Les vocations? "Elles arrivent un peu par vague. Depuis deux ans nous

    n’avons plus eu d’entrées. Nous avons cependant deux profès temporaires".

    Le choix continue à se faire uniquement sur l’amour du Christ. (apic/mp)

    Encadré

    Bénédiction abbatiale le 29 juin, solennité des saints Pierre et Paul

    Don Mauro Lepori recevra la bénédiction abbatiale le 29 juin. Elle sera

    conféré par Dom Polycarpe Zakar, abbé général de l’Ordre cistercien, au

    cours de l’eucharistie clélébrée en l’église abbatiale Ste-Marie d’Hauterive, le 29 juin à 14h30, jour de la fête des saints Pierre et Paul.

    Encadré

    Hauterive: lieu de détente

    Hauterive, construite dans un lieu isolé, n’est plus guère à l’écart de la

    civilisation contemporaine. Difficile parfois en été d’assurer la sérénité

    des lieux. Les jours de beau temps, les vols des avions de l’aérodrome tout

    proche d’Ecuvillens perturbent la quiétude naturelle du paysage. En fin de

    semaine, lorsque la température est douce, quelques groupes viennent volontiers faire la fête au bord à l’eau. Cris et chansons se prolongent parfois

    tard dans la nuit, troublant le sommeil des moines qui se lèvent à 3h30

    pour les matines. Le silence n’est pas seulement souhaitable pur nous, explique Dom Lepori, mais aussi pour les hôtes, les visiteurs et les

    promeneurs qui ont précisément voulu fuir le bruit de la ville. (apic/mp)

    Des photos de Dom Lepori sont disponibles à l’agence APIC

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