Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 203 lignes (max. 75 signes), 2149 mots et 14736 signes.

    apic/Pologne/Six mois/Victoire électorale de Kwasniewski

    APIC Reportage

    Pologne:Six mois après la victoire du post-communiste Kwasniewski(140596)

    Amertume et frustration chez les intellectuels catholiques

    Jacques Berset, Agence APIC

    Cracovie/Katowice, 14 mai(APIC) Six mois après la victoire du "post-communiste" Aleksander Kwasniewski aux présidentielles du 19 novembre avec près

    de 52% des voix, les réactions sont mitigées dans la population polonaise.

    Dans les milieux intellectuels catholiques, on sent pointer l’amertume. Les

    évêques polonais accusent même le gouvernement de retourner à des pratiques

    en vigueur sous le régime communiste.

    Après un premier moment de stupeur, l’Eglise catholique polonaise s’est

    en effet ressaisie. Aujourd’hui, dans un rapide bilan, les évêques polonais

    voient la vie culturelle et sociale à nouveau soumise aux mêmes limitations

    et le système éducatif pris dans les mêmes contraintes idéologiques qu’à

    l’époque communiste. Les valeurs chrétiennes et nationales sont absentes

    des discussions sur la nouvelle Constitution polonaise, déplorent-ils.

    Révélatrice de la nouvelle donne politique, la difficulté que rencontre

    l’Eglise polonaise dans ses rapports avec la modernité et le pluralisme. La

    jeunesse, qui n’a pas connu les années sombres de l’oppression et de la pénurie des biens matériels, rêve d’Amérique. Le taux de fréquentation de la

    messe dominicale pourrait certes encore faire rêver en Europe occidentale.

    Paradoxalement, pour beaucoup - notamment chez les "quadras", la génération

    dont le héros fut un certain Lech Walesa, électricien des chantiers navals

    Lénine de Gdansk - le parangon de la modernité s’appellerait-il désormais

    Aleksander Kwasniewski? On assiste en tout cas à de profondes mutations

    culturelles, dont l’Eglise polonaise n’a pas encore pris toute la mesure.

    "Ils" contrôlent tout

    Rejetées dans l’opposition, des figures qui avaient acquis leurs titres

    de noblesse dans la lutte contre le totalitarisme se sentent frustrées d’un

    pouvoir auquel elles pensaient avoir "naturellement" droit. Elles crient au

    loup:l’ancien système revient! La preuve? L’"affaire Oleksy" démontre

    que la justice est sous influence. Les chefs d’accusation contre l’ancien

    premier ministre post-communiste, démissionné pour contacts compromettants

    avec un agent du KGB, viennent d’être abandonnés.

    Désormais, "ils" contrôlent tout:le Ministère de l’Intérieur, la police

    secrète, et même la TV. Derrière ce "ils" se profilent évidemment les anciens camarades recyclés "sociaux-démocrates". Ryszard Miazek, haut responsable du Parti du peuple polonais (PSL), vient d’être nommé à tête de la

    télévision publique, déplore le journaliste Jan Pieklo. Le PSL, dit Parti

    paysan, fut longtemps l’allié obligé des communistes, alors on peut craindre le pire. Coordinateur de la Fondation cracovienne des journalistes

    "Merkuryusz", cet ancien militant du syndicat "Solidarité" se sent aujourd’hui floué, à l’instar de ses amis de l’opposition. Journaliste "free

    lance", il écrit pour des journaux polonais à New York et Chicago.

    L’intelligence politique des post-communistes

    Jan Pieklo craint que le contrôle de la télévision n’assure un bel avenir à l’Alliance de gauche dans le domaine de l’information, car les Polonais achètent peu de journaux. Par manque d’argent, mais aussi parce qu’ils

    sont fatigués du "pluralisme" foisonnant des médias. De toute façon, lancet-il, les jeunes préfèrent la télévision à la lecture des journaux.

    Walesa pensait que le pouvoir ne pouvait lui échapper et que cette situation durerait toujours. Il lui était impossible de s’imaginer que les

    communistes allaient revenir aux affaires, poursuit-il. "Ils ont été plus

    intelligents en mettant mis sur pied une coalition ratissant large".

    Jerzy Turowicz, le vieux lutteur, abonde dans le même sens. Depuis cinquante ans rédacteur en chef de l’hebdomadaire catholique de Cracovie "Tygodnik Powszechny", il qualifie la situation actuelle de "très désagréable". La coalition post-communiste détient désormais tous les rouages du

    pouvoir: présidence, gouvernement et majorité parlementaire.

    "Après avoir lutté si longtemps contre le régime communiste et son idéologie, nous voyons ses héritiers reprendre aujourd’hui le pouvoir. C’est le

    résultat de la transformation du pays. Il y a six ans, quand le Parti communiste a implosé, l’euphorie était telle que l’on voyait la Pologne d’un

    seul coup devenue souveraine, libre et démocratique. Un pays qui allait

    connaître le bien-être généralisé d’un jour à l’autre. Un deuxième Japon!"

    Nostalgie de "l’Etat-providence" à la polonaise

    Les gens se sont vite aperçus que ce n’était pas si simple; ils ont découvert le chômage, inexistant du temps du communisme. Le régime avait instauré "l’Etat-providence pour les pauvres": "On était mal payé, on travaillait très mal, les magasins étaient vides, mais il y avait une sécurité sociale et l’on était plus ou moins sûr de ne pas perdre son travail". Le petit peuple n’était pas trop touché par la situation politique, le manque de

    liberté et de démocratie, le règne du mensonge. Aujourd’hui, les magasins

    regorgent de biens de consommation et de gadgets dernier cri. Mais à des

    prix prohibitifs. "Les gens constatent qu’il y a 10% de chômeurs, une situation tout à fait nouvelle ici".

    Les fautes des gouvernements précédents

    Pour Jerzy Turowicz, les gouvernements qui ont succédé aux communistes

    ont commis deux fautes principales. Le pouvoir issu du syndicat "Solidarité" a paradoxalement fait preuve d’une sensibilité sociale insuffisante

    dans la transition de l’économie socialiste à l’économie de marché. Même

    s’il n’y avait pas vraiment d’alternative à la "thérapie de choc" appliquée

    par le "Plan Balcerowicz". Les précédents gouvernements n’ont pas su écouter les chômeurs et les couches sociales confrontées à l’appauvrissement.

    Ils n’ont pas su communiquer avec la rue ni faire comprendre à la population le poids de l’héritage à gérer, dont ils n’étaient pas responsables.

    Malgré la "frustration" de voir les communistes revenir aux affaires par la

    grande porte, légitimés par les urnes, J. Turowicz ne voit pas de dangers

    immédiats dans la vie quotidienne ni d’atteintes flagrantes aux libertés.

    Les méthodes du passé refont surface

    Jerzy Turowicz décèle par contre dans le mode de gouvernement actuel des

    méthodes du passé, comme dans l’"affaire Oleksy". En Occident, les révélations compromettantes contre l’ancien premier ministre lui auraient valu

    une élimination définitive de la scène politique. En Pologne les choses en

    vont autrement:Oleksy a été élu président du Parti SDRP (ladite social-démocratie polonaise), force principale de l’Alliance de la gauche démocratique SLD au pouvoir.

    Représentant de la nouvelle génération des intellectuels catholiques,

    Henryk Wozniakowski a participé au gouvernement de Tadeusz Mazowiecki de

    l’automne 1989 à la fin 1990 comme directeur général du bureau de presse du

    gouvernement. Il était alors rédacteur en chef adjoint du mensuel catholique "Znak" de Cracovie. Six mois après la victoire de Kwasniewski, il

    éprouve toujours un "sentiment d’amertume". Certes, admet-il, on assistait

    à une certaine usure du pouvoir. Le génie de Kwasniewski est de s’être présenté à la fois comme communiste et comme non-communiste, sachant répondre

    à des demandes contradictoires, se faisant passer tout à la fois pour le

    héraut de la modernité - surtout chez les jeunes - et comme défenseur des

    victimes des réformes. Tout en donnant des gages aux bénéficiaires directs

    de l’ancien régime - l’armée, la police, etc. - la "nomenklatura" qui regroupe au moins 10% de la population.

    Le règne du "pragmatisme à l’extrême" représente aux yeux de Wozniakowski le principal danger dans la pratique quotidienne de l’actuel gouvernement. Côté idéologique, il n’a aucune crainte de ces post-communistes:"Ils ne sont évidemment pas des communistes, mais avant tout des opportunistes". Recyclés dans les entreprises privatisées, ils se sont rapidement enrichis. D’autres, installés aux commandes d’entreprises de l’Etat,

    freinent les privatisations, pour maintenir leurs privilèges.

    Sur le plan national, Kwasniewski maintient les grands objectifs de politique extérieure polonaise - rapprochement avec l’Union européenne,

    l’OTAN -, tandis qu’en politique intérieure, on sent un ralentissement des

    privatisations et le retour d’une certaine centralisation. La dévolution de

    nouveaux pouvoirs aux municipalités a été pratiquement stoppée; les 90% du

    budget sont encore gérés par le gouvernement central, qui en distribue une

    part aux quelque 2’000 communes par le biais des 23 voïvodies (provinces

    dépendant de Varsovie).

    La défaite de Walesa, aussi un échec de l’Eglise

    Beaucoup d’analystes ont présenté cette victoire des post-communistes

    comme une défaite de l’Eglise polonaise. Elle n’était cependant pas toute

    entière derrière Walesa. Avant le premier tour des présidentielles, des

    évêques avaient fait sentir que leur candidate préférée était la directrice

    de la Banque nationale polonaise, Hanna Gronkiewicz-Waltz, précise le publiciste catholique Stefan Wilkanowicz, ancien rédacteur en chef de "Znak".

    Quand on a vu clairement qu’elle n’avait aucune chance, certains ont réorienté leur soutien vers le président sortant.

    En vue des présidentielles, l’épiscopat n’a pas fait de déclaration "officielle". Il est vrai que les évêques ont défini de façon tout à fait

    claire les qualités du candidat souhaité, en mentionnant notamment les positions sur l’avortement, l’enseignement religieux à l’école, la signature

    du Concordat et le fait d’avoir eu des responsabilités sous l’ancien régime. "Kwasnieski, c’est évident, n’entrait pas dans ce cadre!"

    A propos des messes dites dans certains endroits en faveur de la victoire de Walesa, Wilkanowicz insiste pour que l’on n’exagère pas "l’unité pratique" au sein de l’Eglise en Pologne. "Il existe un certain pluralisme à

    la base, à un point tel qu’on a parfois l’impression d’avoir davantage à

    faire à une fédération de paroisses qu’à une institution monolithique".

    Un manque de formation chrétienne

    La défaite de Walesa n’a pas véritablement causé de traumatisme dans

    l’Eglise. Elle pousse néanmoins à une analyse approfondie. Pour Stefan

    Wilkanowicz, on est là en face d’un "échec" de l’éducation chrétienne. "Les

    gens n’ont pas été suffisamment formés en profondeur". Certains évêques ont

    même parlé de la nécessité d’un "examen de conscience". La première conséquence est que les évêques seront plus prudents avant de s’engager directement dans la vie politique. Autre aspect positif:l’Eglise semble s’acheminer vers une attitude plus ouverte au dialogue, "moins sûre d’elle-même",

    relève S. Wilkanowicz, membre du Conseil national des laïcs de Pologne.

    "Le Père Popieluszko, pour les jeunes, c’est déjà l’Histoire"

    Dans cette affaire, note Wilkanowicz, l’Eglise a perdu une partie de son

    prestige et de son autorité, en particulier chez les jeunes. Mais ces derniers peuvent très vite changer d’opinion:"Parfois très critiques à

    l’égard de l’Eglise, ils sont prêts à aller loin avec un prêtre jouissant

    d’une autorité naturelle et sachant leur parler et utiliser leur langage".

    Dans le passé havre de liberté dans un système totalitaire, l’Eglise polonaise a su témoigner, même au prix de son sang. Elle doit aujourd’hui offrir un autre témoignage. "Le Père Jerzy Popieluszko, pour les jeunes,

    c’est déjà l’Histoire!" Par contre, tous vénèrent les prêtres engagés auprès des marginaux ou accompagnant les malades du sida. "Ces prêtres sont

    encore jeunes, mais certains ont déjà l’étoffe de Guy Gilbert ou de l’Abbé

    Pierre". (apic/be)

    Encadré

    Paroles de jeunes

    Le journaliste Jan Pieklo, coordinateur de la Fondation des journalistes

    "Merkuryusz" à Cracovie, a 42 ans. Bien qu’éduqué dans la religion catholique, il a une piètre opinion des capacités politiques de l’Eglise polonaise. "Surtout au niveau de la hiérarchie, l’Eglise ne comprend pas la façon

    de penser des jeunes d’aujourd’hui". La manière dont elle s’est engagée en

    faveur de Walesa a été contre-productive, estime-t-il.

    Que représent Kwasniewski pour Mirka, 37 ans, qui vient d’avoir son premier bébé? "Il est jeune, il parle anglais, il danse avec sa femme en public, il a fait une cure d’amaigrissement avant les élections, il a un

    "look" moderne, tout le contraire de Lech Walesa!" Vétérinaire dans un cabinet privé dans la petite ville silésienne de Mikolow, à une quinzaine de

    kilomètres au sud-est de Katowice, Mirka estime que tout s’est joué sur

    l’image: Walesa, la vedette de sa jeunesse, est devenu empâté, les qualités

    qui faisaient sa force dans la lutte révèlent leurs limites dans l’art de

    gouverner. "Sa ribambelle d’enfants et sa bigoterie publique" l’agacent

    profondément.

    Son patron quadragénaire et son collègue du même âge ont comme elle voté

    "post-communiste". Mirka affirme ne pas avoir supporté les injonctions de

    son curé pour voter Walesa, ni les dérapages de certains médias catholiques

    comme "Radio Maria", une station qui couvre tout le pays et "qui ne fait

    pas dans la dentelle".

    Paradoxe. Mirka a été nourrie dès son jeune âge de culture catholique et

    de discours anti-communistes. Son père, professeur d’Université, fut expulsé de Lvov, en Galicie ukrainienne; les soviétiques lui confisquèrent sa

    propriété. Sa mère avait lancé clandestinement le syndicat "Solidarité" au

    collège de Bedzin, en Haute-Silésie. Mirka ne souhaite évidemment pas le

    retour de la grisaille du passé. Elle trouve la vie bien meilleure aujourd’hui; elle n’a aucune envie d’émigrer, malgré l’insistance de sa soeur

    établie en Allemagne.

    Sa cousine Wanda, professeur au collège de l’immense cité-dortoir de Tychy, au sud-ouest de Katowice, et son fils Arthur, qui suit une formation

    technique à Gliwice, ont tous deux voté pour le "changement". Seule l’amie

    d’Arthur, qui passe son bac en juin, a voté Walesa, arguant que pour le

    bien de la démocratie, "il faut une opposition forte!" (apic/be)

    Des photos illustrant ce reportage sont disponibles à l’agence APIC

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus