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    Le texte contient 226 lignes (max. 75 signes), 1479 mots et 9573 signes.

    apic/Poésie

    L’Agence APIC ouvre aujourd’hui ses pages à la poésie. A l’évasion et au

    rêve, auxquels nous invite Marie-Danielle Boix, française, professeur de

    lettres à Paris. Auteur d’un cahier de poèmes, qu’elle s’apprête à éditer,

    elle raconte combien la découverte de la foi a influé sur ses écrits... Sur

    sa vie.

    Portrait d’un Magicien... Et esquisse d’une rencontre avec la poésie

    Marie-Danielle Boix, femme de lettres et de foi

    Par Pierre Rottet, de l’Agence APIC

    La poésie a encore sa place dans un monde résolument tourné vers le réalisme. La part du rêve et de l’évasion aussi. La Française Marie-Danielle Boix

    en est convaincue, éprise qu’elle est de beauté, de mots à colorier et de

    phrases. On peut encore écrire de la poésie sans forcément passer pour loufoque. Comme le metteur en scène Michael Longsdale, Marie-Danielle Boix a

    vécu sa "conversion". Professeur de lettres à Paris, 47 ans, mariée et mère

    de quatre enfants, elle brosse à travers ses contes le portrait d’un Magicien... Qui a pour nom Dieu. Parce qu’il sait mettre un nom sur chacun

    d’entre-nous. Esquisse d’une rencontre...

    Pinceaux de mots aux couleurs tantôt vives bientôt tendres... Les phrases du monde de Marie-Danielle Boix s’enchaînent. Et entraînent vers quel

    souvenir d’enfance qu’on croyait enfoui, vers quelle odeur qu’on pensait

    perdue. Bague d’or chat perché pigeon vole et marelle des jeux de l’insouciance, maraude de toutes les témérités pour une belle grosse pomme trop

    rouge et si voyante. Et jusqu’aux effluves des prés de juillet après l’orage, qui se mêlent aux fragrances qui exhaltaient nos vacances. Magie des

    mots... et d’une poésie qui nous restitue ces moments. Et même jusqu’aux

    odeurs de la tresse qui monte dans le four à bois, et des confitures que la

    main experte et rassurante d’une maman touille.

    La sérénité de l’auteur tranche aujourd’hui avec le côté tragique et

    pessimiste qui entourait sa vie et sa pensée auparavant. Il y a une quinzaine d’années. Luxe d’intellectuel? De créateur en mal de recherche toujours prêt à snober l’existence, pour ne pas dire le côté simple des choses

    qu’une manie tendrait à compliquer à souhait? "J’ai été frappée, en retrouvant des écrits d’alors, par le côté désespéré et meurtri. Je n’en suis pas

    revenue... Jusqu’au jour où je me suis rendue disponible. Par la découverte

    de la foi. Ce qui me semblait tragique, absurde et vide a dès lors pris un

    autre sens".

    Aux leurres et aux grisailles, aux vérités toutes faites ou inventées et

    aux divagations artistiques d’alors, Marie-Danielle Boix à préféré les racines profondes de la vie. En découvrant Dieu et l’Amour comme autant de

    fils rouges à ses écrits. A ses contes qui narrent l’histoire des "Petits

    cailloux blancs" ou du "Petit cheval blanc". Où l’auteur rythme son rêve

    par la phrase et l’enchantement des mots. En faisant exploser la vie.... Et

    les couleurs de son "Arc-en-Ciel":

    Il était une fois... murmura la grand-mère, tout de violet vêtue,

    ...un grain de sable blanc

    un parasol jaune

    la mer, si bleue, si bleue

    et, caché dans la foule, au milieu

    d’un grand arbre, vert jusqu’au ciel,

    un tout petit bonhomme.

    Il était bien vilain

    presque nain

    et n’osait se montrer à personne

    mais il aimait la mer et le sable

    et cueillait du regard

    les fleurs de parasols

    rouges verts mauves.

    Il suçait des guimauves

    blanches roses

    pour se consoler

    d’être bien trop laid.

    Un jour, continua la grand-mère,

    un grand vent

    le fit s’envoler

    sur un nuage blanc

    doucement doucement

    il se mit à filer

    au gré du vent

    de la brise marine.

    (...)

    Sa poésie, c’est sa bulle d’air à elle, à la fois initiatique et amour

    qui amène à la Beauté. "Je n’ai pas envie de m’égarer sur des chemins séduisants qui ne déboucheraient pas sur une beauté absolue. Ma bulle d’air,

    si je peux dire, c’est Dieu. Dans l’horreur quotidienne, on peut se révolter, se désespérer. Et puis on se dit que quelqu’un l’a vécue, l’horreur.

    Par sa Passion, pour apporter l’espérance. C’est lui, le Magicien des ’Petits cailloux blancs’". Qui tournent et s’entraînent jusqu’au chaos. Pour

    s’arrêter enfin parce que le Magicien s’en est venu reprendre ces petites

    pierres anonymes pour mettre un nom sur chacune d’elle...

    Un petit caillou blanc, roule, sous un ciel tout blanc et accroche en

    roulant, un autre petit caillou blanc qui roule et accroche en roulant un

    autre petit caillou blanc

    un grand gros tas de petits cailloux

    là

    blancs

    étincelants

    sous le ciel

    nombreux, comme les sables du désert, les cailloux sonnent

    en roulant

    on dirait un concert

    sonore

    qui toujours s’amplifie encore

    à tort à tort

    et à travers

    encore encore

    et à l’envers

    ils débaroulent et roulent roulent

    jusqu’au bord

    de la mort, fantômes blancs qui durent encore

    des gravats ce sont des gravats un tas de graviers

    c’est grave cette avalanche qui ne va jamais s’arrêter

    Soudain, plus rien, une brise légère

    Chut!

    Quelqu’un

    les prend dans sa main

    un par un

    (...)

    Par touches successives, à la manière du peintre et à sa maîtrise de la

    technique du clair obscur, pour que jaillisse de la toile les ombres appelées à faire la lumière, Marie-Danielle Boix pose ses mots. Pour de nouvelles histoires, comme autant de jardins secrets où rocailles et ronces se

    confrontent aux tournesols résolument tournés vers le soleil. Dualité des

    choses et de la vie. La sérénité après la souffrance. Le beau après le

    laid. "Je crois effectivement que toute création demande cette exigence de

    vie... de passage de la mort à la vie".

    Poésie, conte, évasion... Ce qui coûte, c’est de vivre dans un monde

    sans imagination. Où l’on demande à l’homme d’être rentable, fonctionnel.

    De se débarrasser au plus vite de ses culottes courtes, de sa peluche de

    ses rêves, du goût du sucre candi et du bois fumant. Et du regard sécurisé

    de l’enfance ancrée dans la vie par le biais de l’Amour. "Réveil"...

    Oh! le gros sanglot!

    Tu n’as pas bu ton chocolat

    chaud

    au réveil

    Oh! c’est le chaos

    Quand on sort du sommeil

    Mais au bord du temps

    sous les draps du lit

    couché bien en rond

    dort un tout petit

    il rêve encore lui

    et s’émerveille

    bien loin de tous les bruits

    d’abeille

    il a collé son oreille

    à la vitre

    en éclats

    et son coeur s’apaise

    tout bas tout bas tout bas

    il emboîte le pas

    à un papillon d’or

    qui l’emmène dehors

    pour l’empêcher de tourner en rond

    dans un corridor

    il dort il dort

    il dore

    au soleil

    à l’ombre de ses ailes

    il égrène sa dizaine

    de chapelet

    "Je vous salue Marie"

    (...)

    Marie Maman Maman

    Qu’on est bien là

    tout blotti

    tout petit

    il s’est levé il est debout

    le petit

    Réveillé par sa mère

    il peut se laisser faire

    oh! le gros soupir

    d’aise

    oh! le jour

    tout nouveau

    servi sur un plateau

    d’amour

    tout chaud

    Pour entrer dans le carrousel de la vie. En refusant d’être tout à fait

    adulte. A la manière du "Petit cheval blanc" de l’auteur. Qui choisit de

    s’en aller pour échapper à tout ce qui n’est que factice et apparence. A ce

    qui sonne faux. On veut le faire roi, le petit cheval. Contre son gré, parce que bien trop épris de liberté. D’où sa fuite. Pour protéger et sauvegarder le rêve qu’il représente quelque part. Bastion sacré de notre patrimoine... pour demeurer le plus longtemps possible en compagnie du "Petit

    cheval de bois"...

    Un petit cheval de bois fuyait à toutes jambes

    à travers bois

    la foule qui voulait l’admirer

    le toucher le faire roi

    de son manège

    il galopait à grands coups de grelots fous

    fuyant la foule

    fuyant les rois

    il voulait être seul

    ne plus entendre le bruit de leurs voix

    leurs cris, leurs applaudissements

    il voulait, à perdre haleine

    fuir l’arène et toutes les reines

    de France et de Navarre

    faire les boulevards

    toutes les gares

    prendre le train

    loin loin loin loin

    ne plus les entendre

    Le petit cheval galopait galopait

    à travers bois

    et ses grelots grelottaient

    Mais pas de froid

    au détour d’un buisson

    plus un cri plus un son

    une clairière frangées d’une rivière

    tout en long

    et de la mousse toute douce

    à foison

    les quatre fers en l’air

    le petit cheval

    se roula par terre roula dans le sable

    jusqu’à la mer

    adieu la terre le manège la fanfare

    fini le carnaval

    il secoua son harnais d’or, ses pompons rouges

    et se glissa

    sans rien

    Dans les grands flots bleus

    sans bruit

    adieu

    Dieu, couleurs, amour... Cela suffit-il pour faire un poème? "Oui. Parce

    qu’il suffit d’aimer le beau. Comme chaque artiste aime le beau, chacun

    suivant son talent. J’ai toujours été enchantée par les mots... et je ne

    sais faire que ça". (apic/pr)

    Des photos sont disponibles auprès de l’Agence APIC, à Fribourg, tél.

    037/86 48 11.

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