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    Le texte contient 108 lignes (max. 75 signes), 925 mots et 6145 signes.

    apic/Père Cottier/Commentaire/Encyclique Evangelium Vitae

    APIC - INTERVIEW

    Le Père Georges Cottier commente la nouvelle encyclique de Jean Paul II

    "Espérons qu’elle soit méditée dans le sanctuaire des

    consciences", souhaite le théologien de la Maison Pontificale (290395)

    Rome, 30mars(APIC/Jean-Marie Guénois) Le Père Georges Cottier, qui occupe

    au Saint-Siège la charge de théologien de la Maison Pontificale, commente

    dans une interview accordée à l’APIC la onzième encyclique du pape Jean

    Paul II, "Evangelium vitae" (L’Evangile de la Vie), publiée le 30 mars à

    Rome. Dominicain d’origine suisse, le Père Cottier est appelé à Rome le

    "théologien du pape".

    Le Père Cottier joue auprès de Jean Paul II un rôle discret et efficace,

    qui va du conseil théologique à la relecture de discours importants ou documents que le pape s’apprête à diffuser. Un avis autorisé! Sur une encyclique qui n’est pas une suite d’interdits, et sur un texte réfléchi, qualifié par le pape de "méditation".

    APIC: Quelles sont les nouveautés de cette encyclique?

    P.Cottier:A première vue il n’y en a pas, car le pape rappelle avec force

    l’enseignement de toujours de l’Eglise sur l’homicide, l’avortement et

    l’euthanasie. Mais une lecture attentive révèle un texte très neuf.

    APIC: Sous quels aspects?

    P.Cottier:L’analyse culturelle des menaces qui pèsent sur la vie est assez inédite dans sa précision. De même le coeur de l’encyclique, au chapitre deux, est un véritable hymne à la vie d’une fraîcheur inégalée. Enfin

    ce texte révèle une grande miséricorde pour les femmes qui ont eu recours à

    l’avortement, dont certaines y ont été quasi contraintes.

    APIC:A propos de l’avortement, les hommes politiques, eux aussi, ne sont

    pas oubliés dans ce texte. Est-ce là une nouveauté?

    P.Cottier:L’encyclique est très attentive aux problèmes de conscience qui

    peuvent se poser à des parlementaires catholiques. Comment doivent-ils réagir quand ils sont confrontés à des législations où l’avortement est déjà

    admis comme un droit. L’encyclique souligne qu’ils doivent condamner sans

    équivoque l’avortement mais elle leur précise qu’il peut être légitime pour

    eux de voter une loi imparfaite sur l’avortement en faisant tout dans le

    but de limiter le mal, alors qu’une abstention risquerait de provoquer une

    plus grande diffusion de ce mal.

    APIC: Ceci dit, l’avortement est sévèrement condamné...

    P.Cottier:Evidemment, le commentaire du "tu ne tueras pas" de l’Ecriture

    est sans équivoque pour l’homicide, l’avortement et l’euthanasie. Mais son

    expression, sous forme négative, ne s’arrête pas à la seule condamnation.

    Elle est surtout une défense de la vie.

    APIC: En attendant, le rejet de l’homicide, de l’avortement et de l’euthanasie n’a jamais été exprimé avec autant d’autorité et de force par l’Eglise...

    P.Cottier:Effectivement, le pape parle comme successeur de Pierre et en

    tant que chef du collège apostolique, c’est-à-dire en communion avec tous

    les évêques de l’Eglise catholique. Le pape "confirme" que tuer un être humain est toujours un acte "gravement immoral". Notez bien qu’il commente

    aussitôt que son intervention est triplement fondée. Ces trois fondements

    sont la raison humaine, l’Ecriture et la Tradition de l’Eglise. Ainsi son

    enseignement s’inscrit dans le cadre du "magistère ordinaire de l’Eglise".

    APIC: "Magistère ordinaire"... qu’est-ce que cela veut dire?

    P.Cottier:On parle de Magistère ordinaire pour désigner le fait que le

    pape, comme successeur de Pierre et en communion avec les évêques, enseigne

    habituellement des vérités qui touchent la foi. Dans cette tâche, il est

    assisté par le Saint-Esprit pour énoncer la vérité. Ici l’assistance est

    infaillible parce que le Magistère touche des vérités qui sont dans l’Ecriture et qui sont intimement liées à la doctrine révélée par l’Ecriture.

    APIC: Cet enseignement de Jean Paul II est-il infaillible?

    P.Cottier:Il ne s’agit pas de la définition solennelle d’un dogme mais du

    rappel de vérités enseignées par le magistère ordinaire de l’Eglise. Quand

    celui-ci déclare des vérités contenues ou fondées dans l’Ecriture, l’assistance qui lui est accordée par l’Esprit est infaillible. La foi des fidèles

    catholiques est engagée. Même si le mot "infaillible" ne figure pas dans le

    texte.

    APIC: Et sur la peine de mort?

    P.Cottier:Il s’agit d’un problème différent de celui du meurtre d’un innocent. L’Eglise, dans cette encyclique, comme dans le catéchisme d’ailleurs, admet que des Etats peuvent maintenir la peine de mort, mais elle

    fixe de telles conditions d’application qu’elle rend cette peine pratiquement inapplicable car seulement considérée comme un ultime recours pour la

    défense de la société. Cas rare, "si non même inexistant".

    APIC: Avortement, euthanasie, peine de mort et d’autres thèmes encore, le

    pape réactualise et synthétise l’enseignement déjà connu de l’Eglise sur la

    vie. Pourquoi le fait-il en 1995 et sous la forme d’une encyclique?

    P.Cottier:Ce qui a surtout motivé le Saint-Père est le fait que l’avortement n’est plus considéré comme une faute mais qu’il est devenu un "droit",

    revendiqué au nom de la liberté individuelle. Ce changement culturel est

    considérable, car il a conduit à une véritable banalisation de l’avortement. A ce point, ce qui est en jeu pour le pape est essentiellement la défense de l’homme.

    APIC: Est-ce que le pape pense renverser cette tendance culturelle par une

    encyclique?

    P.Cottier:Nous constatons une réflexion très récente dans les pays qui

    ont introduit l’avortement. Les gens prennent de plus en plus conscience

    que l’avortement n’est pas un acte banal. Il est ressenti douloureusement

    par les femmes, par les familles et par le corps médical. Même si les défenseurs de l’avortement vont critiquer cette encyclique, les traces qu’elle laissera dans les coeurs sont plus importantes, car c’est un texte très

    réfléchi, qualifié par Jean Paul II de "méditation", et non une suite d’interdits. Espérons qu’il soit médité dans le sanctuaire des consciences.

    (apic/pr)

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