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    apic/Paris/Libération

    France: Magnificat à Notre-Dame 50 ans après la Libération de Paris

    Paris, 25août(APIC) Le cinquantenaire de la libération de Paris a été

    marqué jeudi par une célébration d’action de grâce, qui a réuni à 11h. à

    Notre-Dame une quarantaine d’évêques français, auxquels s’était joint le

    président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, évêque

    de Mayence.

    A la cérémonie, célébrée aussi en mémoire du Magnificat chanté dans la

    cathédrale le 26 août 1944 et en hommage aux morts de toutes confessions,

    étaient présents des responsables des autres confessions chrétiennes, mais

    aussi musulmane (Dali Boubakeur, recteur de l’Institut musulman de la Mosquée de Paris) et juive (le grand rabbin de Paris Alain Goldmann), ainsi

    que de nombreuses personnalités civiles, parmi lesquelles le directeur de

    cabinet du président Mitterand, le Premier ministre Edouard Balladur et le

    maire de Paris, Jacques Chirac, les Compagnons de la Libération, les anciens de la 2e DB et les organisations de Résistants...

    Les chemins ardus de la fraternité

    Présent à Notre-Dame de Paris il y a cinquante ans, Maurice Schuman, aujourd’hui député du Nord, professeur et écrivain - il est membre de l’Académie Française - après avoir été plusieurs fois ministre et vice-président du Sénat pendant six ans - est intervenu à deux reprises durant la cérémonie.

    Celui qui reste pour l’histoire "la voix de Londres", qui, chaque dimanche soir, durant les années d’occupation nazie, parla aux Français d’honneur et d’espoir dans une France libre, a pris la parole au moment de la

    Sonnerie aux morts, qui a retenti pour les survivants, a-t-il dit, "pour

    empêcher leur conscience de s’assoupir, pour interdire à leur mémoire de

    s’effacer et de s’affaiblir, pour appeler toutes les postérités d’Abraham à

    se joindre sur les chemins ardus de la fraternité".

    Le compagnon de la première heure du Général de Gaulle a rendu hommage

    aux visages disparus, qui "n’ont pas à être réveillés, car ils n’ont plongé

    ni dans le sommeil ni dans le silence. Ces volontaires, accourus de tous

    les horizons, de toutes les ethnies, de toutes les familles d’esprit, de

    ’tous les cantons de l’univers’, ces soldats venus d’au-delà des mers et

    des océans, ne se sont pas tus après avoir sacrifié le reste de leurs vies

    à notre délivrance, a-t-il ajouté. Par leur action collective, par leur

    exemple commun, ils n’ont cessé d’élever leurs voix d’outretombe contre la

    discorde et contre l’exclusion, contre toutes les offenses à la dignité des

    personnes et, d’abord, de la personne France, contre la tentation du reniement qui reparaît dès qu’un murmure sournois conseille aux âmes fragiles de

    subir le destin au lieu de le conjurer".

    Maurice Schumann est intervenu encore au moment du chant du Magnificat,

    qu’il avait entonné cinquante ans plus tôt à Notre-Dame, le cantique étant

    chanté en lieu et place du Te Deum que le Général de Gaulle, après avoir

    descendu les Champs-Elysées, était venu entendre le 26 août 1944, malgré

    les ultimes combats - des coups de feu éclatèrent jusque dans la cathédrale. Le Te Deum ne sera chanté qu’un an plus tard, après la victoire.

    Mgr Lehmann: trois raisons de rendre grâce

    Mgr Lehmann a précisé le sens de sa présence à cette cérémonie dans un

    message où il explique: ... "Je vois trois raisons de rendre grâce et

    d’être là: célébrer la victoire toujours en marche sur le nazisme hitlérien, encourager la lutte actuelle contre les nouveaux nationalismes et

    stimuler l’essor d’une nouvelle relation entre la France et l’Allemagne en

    route vers une Europe nouvelle et commune".

    Mgr Lustiger: le temps est venu d’une espérance digne de l’homme

    Dans son homélie, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris,

    s’est longuement interrogé sur les espoirs déçus après les deux guerres

    mondiales et la guerre froide, la "guerre des totalitarismes", l’effort

    pour changer le cours de notre civilisation pour en faire ce que le pape

    appellera une "civilisation de l’amour" (Déclaration universelle des droits

    de l’homme, Organisation des Nation Unies, reconnaissance d’un ordre juridique universel qui sanctionne les crimes contre l’humanité...). "En quelque sorte, nous espérions un renouvellement d’alliance après l’anéantissement du déluge, l’arc-en-ciel de la paix véritable. Cependant, lorsqu’en

    août 1945 explosa la bombe d’Hiroshima, certains se sont demandés si notre

    libération ne tournait pas au suicide", a rappelé Mgr Lustiger.

    En vérité, a poursuivi l’archevêque de Paris, c’est encore et toujours

    la guerre, une guerre des hommes contre les hommes, la guerre des hommes

    contre eux-mêmes. "Mettre fin à cette guerre commencée il y a un siècle dépasse les forces et l’intelligence de chacun et de tous. Il ne suffit plus

    de vaincre la force adverse pour la subordonner au droit. La force avoue

    son impuissance et sa faiblesse comme nous l’avons vu et le voyons dans les

    conflits aux rebonds interminables: en Asie, dans les Balkans, en Afrique".

    Et l’archevêque de Paris d’inviter à faire de cette lutte de l’humanité

    contre l’humanité "une lutte de l’humanité pour l’humanité". "Non plus suicide mais libération, a-t-il poursuivi. Il nous faut en découvrir les armes

    véritables. Même s’il n’est personne qui puisse prétendre énoncer la solution, il est nécessaire de désigner les moyens par lesquels les hommes

    pourront continuer d’espérer en l’humanité, de faire confiance aux autres

    hommes, leurs semblables". (apic/cip/pr)

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