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    apic/Paris/Africains/Police/évacuation

    Paris: Evacuation musclée des 300 Africains de l’église Saint-Bernard

    L’église ouverte à coups de hache par la police - Réactions en France

    Paris, 23août(APIC) Les 300 sans-papiers de l’église St-Bernard, dans le

    XVIIIe, à Paris, ont été évacués sans ménagement par les forces de police.

    Les portes de l’église ont été enfoncées à coup de haches. Des odeurs de

    gaz lacrymogène flottaient dans ce lieu de culte et de prière assiégé durant deux heures par la police sous les protestations de nombreux sympathisants des occupants africains.

    Les 300 Africains réfugiés depuis le 28 juin dans l’église Saint-Bernard

    ont été brutalement "évacués" par la police vendredi en début de matinée.

    Les dix grévistes de la faim, qui avaient commencé leur action il a 50

    jours, ont été acheminés vers des hôpitaux. Deux d’entre-eux ont refusé les

    soins.

    L’opération policère a duré un peu plus de deux heures et a mobilisé

    près de 1’000 hommes. Quelques échauffourées ont opposé CRS et manifestants, sympathisants des Africains. De nombreuses personnalités ont fait

    part de leurs réactions suite à l’intervention policère. Pour Mgr Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, "ces pauvres gens sont doublement des

    victimes, depuis le début". Il a vivement regretté qu’il ait été fait usage

    de la force, une force "qui est toujours violente". "Je suis très triste,

    a-t-il ajouté, en pensant à ces hommes et à ces femmes qui ont le tort

    d’être noirs, d’être nés en Afrique, d’être pauvres et de ne pas avoir de

    travail".

    Pour Mgr Lustiger, il convient de se poser la question de la responsabilité des pays riches, peu peuplés, face à ces masses pauvres. "Nous ne pouvons éluder ce problème, qui se posera aux pays occidentaux dans quelques

    années".

    A coups de hache

    Plusieurs compagnies de CRS ont investi vers 7h30 les abords de l’église

    Saint-Bernard, dans le quartier de la Goutte d’Or. Quelques dizaines de

    sympathisants qui s’étaient enchaînés devant le bâtiment ont été prestement

    délogés. Dans le même temps, la porte de l’édifice religieux a été défoncée

    à coups de hache. Les 300 Africains sans-papiers ont alors été emmenés par

    les forces de l’ordre vers le centre de détention administrative de Vincennes. Quant aux dix grévistes de la faim, ils ont été évacués sur des brancards vers deux hôpitaux militaires de la région parisienne, à Clamart et

    Saint-Mandé.

    En milieu de matinée, des échauffourées ont mis aux prises policiers et

    sympathisants des Africains, venus par centaines. Les gaz lacrymogènes ont

    répondu aux jets de pierres et de canettes, selon des témoins. Une cinquantaine de manifestants ont été interpellés, dont l’actrice Emmanuelle Béart.

    Six ont été placés en garde à vue pour violence à agent.

    Les organisations soutenant les sans-papiers ont appelé à une grande manifestation, convoquée pour 18h Place de la République.

    Réactions en chaîne

    Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le curé de la paroisse, le

    Père Henri Coindé, se dit choqué par l’intervention des forces de l’ordre.

    "C’est la première fois que je vois une expulsion d’une église, et j’espère

    ne plus jamais voir cela. Nous avions tissé des liens de confiance et de

    respect avec ces Africains depuis deux mois", relève-t-il, en larmes ou

    presque.

    Au moment de l’évacuation, le curé avait organisé une célébration avec

    lectures et musique. "A ce moment précis, je lisais à l’assemblée le fameux

    discours de Martin Luther King: "J’ai fait un rêve, celui d’un monde meilleur..."

    Membre du comité de soutien, le professeur Albert Jaccard s’est déclaré

    indigné: "Je me sens plus concitoyen des Africains que j’ai côtoyé cette

    semaine que de MM Juppé et Debré, qui salissent la France. Je ne suis pas

    fier que Jean-Louis Debré - le ministre de l’Intérieur - soit du même pays

    que moi".

    Henri Leclerc, président de la Ligue française des droits de l’homme,

    déplore lui aussi l’intervention. Pour lui, "toute situation peut se résoudre par la discussion".

    Monde ppolitique en ébullition

    Le monde politique français est lui en ébullition. Divisé. Même au sein

    de la majorité. Gilles de Robien, président du groupe UDF - centre droit à l’Assemblée nationale, qui avait prôné ces derniers jours le dialogue

    avec les grévistes, a demandé un traitement humain de la situation particulière de certains sans-papiers. Il faut, dit-il, constituer un groupe parlementaire pour faire des suggestions au gouvernement et éviter ainsi de

    nouveaux Saint-Bernard.

    Michel Péricard (président du groupe RPR à l’Assemblée approuve bien

    entendu l’opération policière. "On ne peut laisser subsister une situation

    anormale. Les grévistes ne vont pas, que je sache, dans des camps de

    concentration, mais dans des hôpitaux où ils seront mieux qu’à

    Saint-Bernard. En tous cas, on ne négocie pas avec las loi".

    Pour Philippe de Villiers, président du Mouvement pour la France, parti

    qui partage largement les idées de l’extrême droite Lepeniste, "le gouvernement a retrouvé la fermeté de la parole, suivie de la fermeté des actes.

    Je salue cette fermeté. La loi doit être appliquée en France. Depuis cinq

    mois, le droit est bafoué à l’église Saint-Bernard".

    Autre son de cloche, à gauche de l’échiquier politique. Par l’entremise

    de son porte-parole, François Hollande, le Parti socialiste se dit "gagné

    par un sentiment de révolte. Pour Martine Aubry (PS), "une fois de plus,

    Juppé ne comprend pas et ne voit pas ce que ressentent les gens de ce

    pays".

    Robert Hue, secrétaire général du parti communiste, estime pour sa part

    que "Juppé a préféré l’intervention de la police pour de sordides calculs

    politiciens. Décidément, le gouvernement est toujours sourd à l’opinion publique".

    Evacuation "inéluctable"

    L’intervention policière s’est déroulée alors que la situation semblait

    se détendre depuis 48 heures. Le gouvernement avait fait quelques ouvertures envers les grévistes, puis avait demandé jeudi en urgence l’avis du

    Conseil d’Etat - la haute instance constitutionelle française - sur l’application de la loi Pasqua. Vendredi, Alain Juppé se fondait sur cet avis

    pour justifier une expulsion devenue selon ses termes "inéluctable".

    30 à 40% des sans-papiers pourraient voir leur situation régularisée,

    certains feront encore l’objet d’enquête et tous les autres seront reconduits à la frontière, a encore indiqué le ministre Debré. Dans la capitale,

    on murmurait que des avions charters pourraient décoller samedi de Paris

    vers le Zaïre et d’autres pays africains. (apic/mcae/pr)

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