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    apic/Pape/Visite/Allemagne

    APIC - Dossier

    Allemagne: troisième visite de Jean-Paul II du 21 au 23 juin

    Le pape plaidera pour un sursaut de la conscience religieuse

    Manifestations en vue et grosses mesures policières (180696)

    Rome, 18juin(APIC) Le pape Jean-Paul II effectue ce week-end (21-23 juin)

    sa troisième visite pastorale en Allemagne, qui le conduira à Paderborn et

    à Berlin. Une visite axée sur le réveil de la conscience religieuse, car le

    risque est grand de réduire ce 72e déplacement hors d’Italie à la photo

    souvenir qu’on fera du pape polonais, le "tombeur du mur de Berlin", devant

    la Porte de Brandebourg, dimanche après-midi à Berlin.

    Ce refus de l’image d’Epinal conduit les organisateurs à rappeler que le

    point d’orgue du périple se déroulera au Stade Olympique de Berlin où,

    dimanche matin, Jean-Paul II béatifiera deux prêtres, Bernard Lichentberg

    et Karl Leisner, opposants de la première heure au nazisme et morts tous

    deux en camp de concentration.

    La sécularisation gagne du terrain

    Dans ce contexte l’Eglise catholique entend rappeler à l’Europe l’importance de la conscience religieuse, qui aurait dû permettre de discerner la

    montée de la barbarie. Un message d’autant plus appuyé que l’Allemagne où

    se rend Jean-Paul II a changé de visage. En 1987, lors de son dernier déplacement, l’Allemagne de l’Ouest comptait environ 45 % de catholiques et

    autant de protestants. En 1996, les catholiques ne représentent plus que

    34,8% de la population de l’Allemagne réunifiée, le second tiers étant protestant et un "nouveau" tiers "sans religion".

    On estime en effet qu’entre 60 et 70 % des habitants de l’ex-Allemagne

    de l’Est sont "sans religion" et que seuls 5% sont catholiques. Loin de remettre en cause le sens de l’histoire et la réunification allemande, dont

    Jean-Paul II s’est publiquement réjoui, la nouvelle situation pose avec

    acuité le problème de la sécularisation du vieux continent. Jean-Paul II

    répétera donc le message qu’il n’a cessé de délivrer lors de ces voyages

    européens depuis la chute du communisme.

    Mais il y a fort à parier que "l’accent allemand" sera plus puissant sur

    ce thème que lors des autres voyages, compte tenu de deux facteurs: le rôle

    moteur nouvellement joué par ce pays dans l’édification européenne et la

    sympathie du chancelier Kohl pour l’Eglise catholique. Ce dernier, s’il ne

    cache pas ses divergences de vue avec le magistère sur les questions de morale sexuelle, est le promoteur en Europe d’une politique économique et sociale qui se réclame de la doctrine sociale de l’Eglise, dit-on à Rome. Le

    pape devrait donc lancer un appel solennel, certainement devant la porte de

    Brandebourg. Il semble toutefois que l’annonce de la convocation d’un second synode européen, déjà reportée en Slovénie, n’aura pas lieu lors de ce

    voyage.

    Oecuménisme: un appel historique ?

    Après l’appel à la conscience religieuse adressé à l’Allemagne et au

    continent européen, le second axe important du voyage, dit-on à Rome, est

    la question oecuménique, à savoir celle du dialogue avec les luthériens.

    Jean-Paul II se rend en Allemagne en l’année du 450e anniversaire de la

    mort de Luther. Les experts luthériens et catholiques travaillent depuis

    longtemps sur une sorte de protocole d’accord qui éradiquerait à sa racine

    la cause même de la rupture de Luther en 1522: la doctrine de la justification.

    Pour Luther, qui remettait en cause les oeuvres comme mérite (et dénonçait à ce titre le trafic des indulgences), la justice de Dieu n’est pas

    celle d’un juge, mais celle qui justifie le croyant par pure grâce. Les

    deux Eglises sont sur le point de trouver un accord et de régler ainsi ce

    contentieux historique. Selon certaines rumeurs qui ont circulé au Vatican

    à ce sujet, cette visite de Jean-Paul II serait l’occasion d’un "appel historique" à la communauté luthérienne. Les services oecuméniques du SaintSiège, tout en reconnaissant que des pas importants sont actuellement franchis avec les luthériens, estiment néanmoins que la complexité des dossiers, le temps nécessaire, la multiplicité des partenaires du dialogue excluent toute annonce spectaculaire et simpliste.

    Sur fond de contestation

    Le dernier axe de ce voyage est le contexte ecclésial dans lequel il se

    déroule. Au Vatican, on est parfaitement informé du malaise qui règne dans

    l’Eglise allemande: ses fidèles - et ses recettes - diminuent, la majorité

    de son "personnel" - professeurs de religion et employés des diocèses

    (2’000 à Cologne, autant qu’au Vatican!) prennent leurs distances, 1,8 million de catholiques ont signé la pétition "Nous sommes l’Eglise", et un

    meeting oecuménique parallèle avec le théologien Eugen Drewermann et Mgr

    Jacques Gaillot sera organisé à Paderborn... A Rome on ne sous estime pas

    le phénomène, qui est considéré comme "très préoccupant" pour le futur,

    mais on ne le surestime pas non plus, surtout en raison de ses dimensions

    parfois purement médiatiques.

    L’avis de Mgr Lehmann et du théologien protestant Pannenberg

    Les espoirs, mais aussi la réalité complexe des problèmes qui attendent

    Jean-Paul II durant sa visite en Allemagne ont du reste été soulignés par

    le président de la Conférence épiscopale allemande, Mgr Karl Lehmann, évêque de Mayence, et par le théologien protestant Wolfhart Pannenberg, dans

    deux interviews parues séparément dans le quotidien de la Conférence épiscopale italienne l’"Avvenire".

    De son côté, W. Pannenberg aborde pour l’"Avvenire" le problème de la

    papauté: "Le cardinal Ratzinger a dit expressément que l’on ne peut attendre des orthodoxes - en ce qui concerne la primauté du pape - plus que ce

    qu’ils ont toujours cru pendant le premier millénaire. Ceci doit aussi valoir pour l’Eglise évangélique".

    "Nous pouvons, a poursuivi le théologien, aussi accepter la forme d’autorité qui existait au temps de Léon le Grand (pape du Ve siècle). C’est le

    centralisme romain qui fait problème... Il faut distinguer entre deux

    fonctions du pape: il y a le ministère de service à l’unité de l’Eglise

    universelle et il y a le pouvoir qu’il exerce en tant que patriarche d’Occident. En tant que patriarche, le pape pourrait reconnaître l’autonomie

    aux Eglises protestantes, qui cesseraient de voir en lui un monarque absolu. Mais il doit changer sa façon d’exercer son ministère".

    Parlant du pape, le théologien fait observer: "Je crois que le pape actuel est celui qui a fait le plus d’ouvertures sur le plan oecuménique.

    Dans la théorie et la pratique. Et j’espère vraiment que l’oecuménisme sortira renforcé de la rencontre que le pape aura avec les représentants des

    Eglises évangéliques à Paderborn".

    Interrogé à propos de la rencontre Drewermann-Gaillot, le théologien se

    déclare satisfait: "tout le monde se rendra alors compte que le pape réussit à réunir beaucoup plus de gens que ses détracteurs".

    Des paroles mais non des faits?

    Hans Küng, théologien catholique d’origine suisse sanctionné par Rome

    pour ses idées en matière d’ecclésiologie, a pour sa part été interrogé par

    le journal "La Repubblica" de Rome sur la visite de Jean-Paul II en Allemagne. "Nous devons nous attendre à des paroles oecuméniques, à de belles paroles; mais non à des faits, a-t-il souligné. Si la réalité montre que mon

    jugement est faux, je serai le premier à m’en réjouir, mais je crains

    d’avoir raison".

    Le pape, a en outre prétendu lundi lors d’une émission télévisée le

    théologien de Tübingen, "est devenu une charge pour notre Eglise qui vit

    une grave crise structurelle". (apic/imed/eni/pr)

    ENCADRE

    Mesures de sécurité maximales pour la visite de Jean Paul II

    Les forces de police allemande ont décrété les mesures de sécurité maximales pour la venue du pape Jean Paul II dans le pays le week-end prochain.

    On ne craint pas tant un attentat que les contre-manifestations.

    A Berlin les canalisations et les égouts se trouvant sur le parcours de

    la "papamobile", dont le tracé n’a d’ailleurs pas encore été révélé, seront

    tous placés sous surveillance. Des mesures de circulation exceptionnelles

    seront également prises. On attend près de 1’000 bus pour amener les quelque 130’000 participants à la messe au stade olympique de Berlin.

    La police se prépare surtout à contenir les contre-manifestations annoncées pour l’après-midi de dimanche. Des féministes, des homosexuels et des

    athées ont invité à un rassemblement près de la porte de Brandebourg où le

    pape doit tenir un discours. "Nous les laisserons se présenter dans la mesure où ils ne cherchent pas à empêcher le discours du pape", a indiqué le

    chef de la police de Berlin, Hans-Jürgen Förster. Tous les engins pouvant

    faire du bruit seront confisqués.

    Pour la messe les limites seront plus strictes. Ainsi on ne tolérera pas

    de banderoles hostiles au pape, car il s’agit d’un service religieux.

    (apic/kna/mp)

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