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    apic/Pape/ONU/Discours

    Le pape à l’ONU: Plaidoyer pour un droit des nations (051095)

    "Après les droits de l’homme, il faut créer un "droit des nations"

    New York, 5octobre(APIC) Il faut à présent créer un "droit des Nations"

    sur le modèle de la Déclaration universelle des Droits de l’homme. C’est la

    requête lancée par Jean-Paul II jeudi à la tribune des Nations Unies, dans

    un discours prononcé devant quelque 2’200 personnes à l’occasion du 50e anniversaire de l’organisation. L’ONU, a-t-il dit, a un "devoir historique",

    qui devra marquer notre époque, qui est de favoriser ce saut qualitatif en

    vue de "l’égalité de droit de tous les peuples".

    La création de ce nouveau droit est d’autant plus urgente pour le pape

    que la "mobilité" actuelle "rend les frontières ethniques et culturelles

    des peuples toujours moins nettement tracées". Ce qui impose "d’apprendre à

    vivre dans la diversité" et "d’apprendre à ne pas avoir peur". En aucun

    cas, toutefois, a averti le pape, cette défense de la nation ne doit se

    confondre avec la "forme insensée du nationalisme" ou avec le "fondamentalisme religieux".

    Accueilli à l’aéroport de Newark mercredi par le président des EtatsUnis, Bill Clinton, accompagné de son épouse, Jean-Paul a entamé sa sixième

    visite dans ce pays par une rencontre privée avec le président, suivie de

    la célébration des vêpres dans la cathédrale de Newark, en présence de Bill

    Clinton. Dès son arrivée, le pape a interpellé les Etats-Unis: "Votre pouvoir d’exemple comporte de lourdes responsabilités. Amérique, fais-en un

    bon usage! Sois un exemple de justice et de vertu civique, de liberté vécue

    dans la bonté, dans la patrie comme à l’extérieur!"

    Mais le grand rendez-vous était celui de l’ONU, jeudi à 10h50, heure locale. C’est la seconde fois que Jean-Paul II prenait la parole en ce lieu,

    où il s’était déjà rendu le 2 octobre 1979.

    Le pape a prononcé dans la grande salle de l’Assemblée générale un discours de 50 minutes en français, anglais, russe, espagnol, suivi de deux

    saluts en arabe et en chinois.

    Le pape s’est ensuite rendu au stade Giants de Newark, où il a présidé

    une messe sur le thème du rassemblement des peuples. Il y a lancé trois appels: le premier en faveur des vocations: "Jeunes américains, le Seigneur a

    besoin de vous! L’Eglise a besoin de vous!"; un autre à la solidarité sociale et le troisième à la protection d’"une nouvelle classe d’exclus": les

    enfants non nés.

    Le jaillissement de la liberté

    A l’ONU, devant les 2’200 personnes présentes pour l’écouter, le pape a

    d’emblée précisé le cadre de son intervention: il a parlé "non comme quelqu’un qui détient une puissance temporelle", "ni comme un chef religieux

    qui demande des privilèges particuliers pour sa communauté", mais "comme

    témoin, témoin de la dignité des hommes, témoins de l’espérance, témoin de

    la conviction que le destin de toutes les nations est entre les mains d’une

    Providence miséricordieuse".

    Jean-Paul II s’est ensuite appuyé sur un constat: "Nous sommes témoins

    de l’accélération globale extraordinaire de la recherche de la liberté, qui

    est l’un des grands dynamismes de l’histoire de l’homme". Ainsi, "l’une des

    caractéristiques de notre époque" est le fait que "des hommes et des femmes

    ont pris le risque de la liberté". Ce jaillissement de la liberté, "un mouvement mondial", constitue aux yeux du pape la preuve de l’existence d’une

    "loi morale universelle", une sorte de "grammaire" qui, a-t-il dit, prouve

    que nous ne vivons pas dans un monde irrationnel ou privé de sens. A ce

    stade, le problème est de trouver "un langage compréhensible et commun"

    pour passer d’un siècle des contraintes à un siècle de persuasion.

    Une tension inévitable

    L’une des clefs de ce passage vient pour Jean-Paul II de l’analyse des

    "révolutions non violentes de 1989", qui ont prouvé que la recherche de la

    liberté est inaliénable et qu’elle découle de la reconnaissance de la dignité et de la valeur inestimables de la personne humaine.

    Le pape a dit voir une "convergence" entre le mouvement qui a inspiré la

    nécessité de la déclaration des Droits de l’homme, à la fin de la seconde

    guerre mondiale, et ce mouvement plus récent de la liberté et des nations,

    qui devrait aboutir, estime Jean-Paul II, à une déclaration, similaire, du

    "droit des nations": "La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, adoptée en 1948, a traité de manière éloquente des droits des personnes; mais

    il n’existe pas encore d’accord international analogue qui traite des

    droits des nations dans leur ensemble".

    Le droit des nations à l’existence

    "Les Nations ne meurent pas", a rappelé Jean-Paul II avec son prédecesseur Benoît XV (appel du 28 juillet 1915). La "forte mobilité" qui rend les

    frontières ethniques et culturelles "toujours moins nettement tracées" rend

    plus aigu, paradoxalement, le problème des nations. Car cette mobilité suscite "une exigence impérieuse d’identité et de survie, comme une sorte de

    contre-poids aux tendances à l’uniformisation". Les hommes se trouvent comme tiraillés entre deux tendances: l’appartenance à la "famille humaine" et

    l’appartenance "plus intense" à des groupes ethniques et culturels. C’est

    cette "tension inévitable" qui, pour le pape, rend nécessaire aujourd’hui

    l’élaboration d’un "droit des nations".

    Le pape reconnaît que l’entreprise est difficile, car le concept même de

    "nation" n’est pas facile à cerner. Mais une chose est sûre: "Le droit

    d’une nation à l’existence est certainement antérieur à tous ses autres

    droits: personne - ni un Etat, ni une autre nation, ni une organisation internationale - n’est jamais fondé à considérer qu’une nation déterminée ne

    serait pas digne d’exister".

    Apprendre à vivre dans la diversité

    Précision importante: ce droit à l’existence de la nation "ne suppose

    pas nécessairement une souveraineté étatique", a ajouté le pape. En revanche, le droit des nations conduit à des "devoirs", en particulier celui de

    "vivre dans une disposition pacifique, respectueuse et solidaire" vis-a-vis

    des autres nations.

    Il faut en effet désormais "apprendre à vivre dans la diversité", a observé Jean-Paul II, et écarter la "peur de la différence". Surtout, a-t-il

    indiqué, quand cette peur s’exprime dans un nationalisme étroit et exclusif

    qui nie tout droit à l’autre et qui peut conduire véritablement à l’horreur

    de la violence et de la terreur. Dans cette ligne, il ne faut pas non plus

    confondre nationalisme et patriotisme: "Un véritable patriotisme ne cherche

    jamais à promouvoir le bien de la nation aux dépens d’autres nations".

    Une dérive qu’il faut combattre: "Nous devons nous efforcer aujourd’hui

    de faire en sorte que le nationalisme exacerbé ne continue pas à répéter

    sous de nouvelles formes les aberrations du totalitarisme", a lancé le pape. Un avertissement qui vaut aussi, a-t-il précisé, pour un autre type de

    nationalisme "qui prend comme fondement le principe religieux lui-même",

    comme c’est malheureusement le cas du fondamentalisme.

    Une éthique de la solidarité

    A côté de ce premier axe qui s’articule autour de la notion de "Nation",

    le "mouvement de la liberté" qui a inspiré le message de Jean-Paul II l’a

    conduit à méditer sur un second axe: "l’usage responsable de la liberté".

    C’est que "la liberté possède une logique interne", qui "l’ordonne à la

    vérité" et qui interdit tout recours à l’utilitarisme". En effet, dans cette conception, on définit la moralité "en fonction non pas de ce qui est

    bon, mais de ce qui est profitable", ce qui constitue "une véritable menace

    pour la liberté des individus et des nations". L’utilitarisme ne peut que

    conduire à "un nationalisme agressif", à l’image de "l’utilitarisme économique", où les plus faibles sont exploités. Or, a averti Jean- Paul II,

    personne n’a le droit d’exploiter l’autre à son profit. Il est donc nécessaire que s’impose sur la scène économique et internationale une éthique de

    la solidarité.

    Autant d’éléments d’analyse qui placent aujourd’hui l’ONU face à "un devoir historique". L’organisation doit, a dit le pape, s’élever toujours du

    stade d’une froide institution de type administratif à celui de centre moral, en vue de réaliser une "famille des nations", "authentique", où il n’y

    ait pas de "domination des forts". Jean- Paul II a donc appelé l’ONU à réaliser "ce saut qualitatif de la vie internationale, non seulement par sa

    fonction de centre efficace de la médiation pour la solution des conflits,

    mais encore par la promotion des valeurs, des attitudes et des initiatives

    de solidarité". L’enjeu est clair: cette égalité de droits de tous les peuples constitue pour Jean-Paul II la voie royale pour surmonter les guerres

    réelles, mais aussi les guerres froides.

    Pour Jean-Paul II, cet objectif n’est pas une utopie. Il faut lever

    l’hypothèque paralysante du cynisme pour prendre le risque de la liberté,

    le risque de la solidarité et, par conséquent, le risque de la paix. L’humanité, a conclu le pape, doit apprendre à vaincre la peur. (apic/jmg/pr)

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