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    apic/Pape/ dernier jour voyage

    Vénézuela: Dernière étape du voyage de Jean Paul II (110296)

    Violence qui ne permet pas au pape d’entrer dans une prison

    Dernière messe devant un million de personnes

    De notre envoyé spécial Jean-Marie Guénois

    Caracas, 11février(APIC) Un insecte de béton s’est posé dans la jungle

    vénézuelienne. Une sorte de sauterelle grise, dont les pattes arrières mesurent soixante-dix-huit mètres de haut. Autour, rien ou presque, sinon une

    terre orange qui s’enfonce sous le pied. L’insecte, c’est un long sanctuaire terminé par deux clochers en flèches inclinées, dédié à Marie, "NotreDame de Coromoto", que Jean Paul II a inauguré samedi lors de la dernière

    étape de son voyage, le Vénézuela.

    Ici, l’évangélisation dont ne cesse de parler le pape pendant ce voyage,

    a commencé d’une manière peu commode, le 8 septembre 1652. Coromoto, le

    chef de la tribu des Cospes, a voulu étrangler la "bela mujer", la belle

    femme, qui s’était permise de pénétrer sous sa tente. Il se précipita sur

    elle, mais seule une petite image de la Vierge lui resta dans les mains.

    Elle est vénérée depuis comme la patronne du Vénézuela.

    "Petite Venise" comme l’a dénommé en 1499, Amerigo Vespucci, qui observait les maisons sur pilotis des indigènes caraïbes du lac de Macaraibo, le

    Vénézuela vit une crise profonde d’une famille naguère riche mais aujourd’hui ruinée. Pays le plus riche d’Amérique latine après la guerre grâce à son pétrole, il ne se relève pas de la mauvaise habitude prise pendant

    les années fastes d’une économie artificielle, fondée sur la seule rente de

    l’or noir. Résultat, les deux tiers de la population vit sous le seuil de

    la pauvreté et la violence urbaine s’enflamme avec une cinquantaine de

    meurtres par semaine à Caracas.

    Violence urbaine

    Cette violence n’a même pas permis à Jean Paul II d’entrer dans la prison de Catia, dans la banlieue de Caracas, vendredi alors qu’il venait

    d’arriver. "Sa sécurite ne pouvait pas être assurée", assure Mgr Ubalda

    Santana, chargé de la commission des médias au sein de la Conférence épiscopale du Vénézuela. Ce soir du vendredi, en effet, la scène est surréaliste: sous un ciel bleu sombre, la papamobile s’arrête sur un pont d’autoroute qui domine la prison dont une seule face vient d’être repeinte. Des

    trente-six cellules où sont entassés plus de 2’000 prisonniers, des bras

    s’agitent, sans visages, derrière les barreaux. Autour, quartiers frisant

    le bidonville, des centaines de milliers de personnes crient, juchés un peu

    partout.

    Un prisonnier, parmi une centaine libérés le matin même à la suite d’une

    amnistie en l’honneur de la visite du pape, lui présente un livre de lettres écrites par les prisonniers. L’un d’eux lui demande de ne pas s’offusquer: "Il faut comprendre, j’ai vraiment besoin d’un couteau pour survivre...". "C’est la pire des prisons du pays, commente un habitant, il n’y a

    aucune hygiène. C’est horrible, ils se tuent entre eux." Le visage contrarié, le pape dit alors aux prisonniers qu’il voudrait pouvoir "s’entretenir

    avec chacun d’eux".

    Il les encourage et lance un appel après avoir espéré que les "années de

    reclusions" servent à corriger leur comportement personnel et favorise

    leur réinsertion : "Je lance un appel pressant a l’administration de la

    Justice pour que le système carcéral soit toujours plus respecteux de la

    condition humaine (...) et que jamais ne soient admis des vexations ou des

    comportements inhumains".

    Pays en crise

    Pays en crise donc qui cherche une issue a tout prix comme en a témoigné

    la rencontre de Jean-Paul II, samedi avec 2’400 "constructeurs de la societé", ou hommes politiques, entrepreneurs, intellectuels et syndicalistes.

    Parmi eux, tous en cols blancs et robes soignées, huit Indiens, en pagnes

    et plumes, représentaient les Yanomamis du sud. Jean Paul II a établi un

    lien entre la crise sociale et la crise morale et spirituelle, appelant a

    la "construction d’une nouvelle société". Son programme: "Promouvoir une

    culture de la solidarité qui puisse être plus forte que la volonté de domination ou la vie égoiste, par une économie de participation qui remplacerait le système d’accumulation des biens, générateur de grande différences

    entre les Etats et les citoyens d’un même pays."

    Carences affectives des enfants des rues

    Devant ces cadres du Vénézuela, le pape a également lancé un appel en

    direction des enfants des rues : "Il est urgent de s’occuper des enfants

    nés hors mariage ou vivant à l’abandon. Ils grandissent sans aucun aucune

    assistance paternelle ou maternelle. Il leur est difficile de s’insérer

    dans la société car ils sont marqués par de graves carences affectives et

    matérielles. Ils sont sujets à de nombreux dangers, parmi lesquelles, la

    délinquance juvénile, la violence, la drogue, la prostitution infantile."

    Un million de personnes

    Le lendemain, dimanche, dernier jour de sa visite au Vénézuela, Jean

    Paul II a célébré la messe sur l’aéroport "La Carlota", de Caracas devant

    une foule estimée à un million de personnes. Les traits tirés et le geste

    lent après une semaine de voyage au Guatémala, Nicaragua, Salavador, le pape a exhorté les Vénézueliens à "dépasser l’idolâtrie matérielle" dont les

    "idoles" sont "entre autres, le matérialisme, l’égoisme avec leur corrolaire le sensualisme et l’hédonisme, la violence et la corruption."

    Pour Jean-Paul II, "il est nécessaire que les personnes, les familles,

    et les différents secteurs de la nation, participent de la force de l’Evangile" pour réussir "le renouveau de la société vénézuelienne et le dépassement de la crise". Avant de quitter ce pays à minuit, heure européenne,

    pour un retour à Rome prévu dans la matinée du lundi 12 février, Jean Paul

    II a voulu redire à ce peuple "l’immense potentiel humain de la nation vénézuélienne".

    Juste avant de prendre l’avion, il devait rencontrer les jeunes de ce

    pays pour les appeler à devenir des "prophètes de la vie", s’opposant a "la

    culture de la mort et aux aliénations telles que le trafic de la drogue, la

    violence, la négligence vis-à-vis des pauvres et des enfants abandonnés,

    des malades, des personnes agées, aux gestes destructifs comme l’avortement

    et l’euthanasie." Jean Paul II devait également demander aux jeunes "de

    promouvoir ces valeurs, tout en étant des protagonistes de l’histoire et

    des artisants du renouvellement social, par l’étude, le travail, la participation active à la vie politique, économique, sociale et culturelle. Vous

    êtes appelés à former un nouveau Vénézuela, ou seront depassées toutes les

    formes d’injustice." (apic/jmg/ba)

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