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    apic/Pape/Allemagne/Intretien avec Mgr Lehmann

    Jean-Paul II en Allemagne (120696)

    Mgr Lehmann confirme: "Le pape parlera clair"

    Rome, 12juin(APIC) "L’unification a eu sur l’Eglise un effet boomerang,

    nous nous sommes retrouvés d’un coup avec des nouveaux Länder à l’Est dominés par le paganisme comme au temps de saint Boniface", explique Mgr Lehmann dans une interview accordée au quotidien catholique "Avvenire" à la

    veille de la visite pastorale de Jean-Paul II à Berlin et Paderborn.

    Théologien de renom, Mgr Karl Lehmann a enseigné à l’Université de Fribourg-en-Brisgau avant de devenir archevêque de Mayence (1983) puis président de la Conférence épiscopale allemande (1987). "Depuis 1989, nous avons

    une grande région où les deux tiers des habitants se déclarent athées", explique-t-il, en précisant que "c’est dans tout l’Occident, et pas seulement

    en Allemagne que la sécularisation avance". Curieusement, pourtant, les Allemands ont été moins nombreux ces dernières années à refuser de payer

    l’impôt pour l’Eglise ("Kirchensteuer", chacun selon sa confession). Un système que Mgr Lehmann juge "plus juste et plus opportun". "Nous ne dépendons pas des riches ou de la générosité d’un tel. Je crois que le Kirchensteuer pourra durer encore longtemps", dit-il.

    Les bienfaits de la séparation

    C’est un des aspects de cette séparation de l’Eglise et de l’Etat version allemande qui permet aussi la coopération entre les deux, par exemple

    dans le domaine scolaire ou caritatif. "Chez nous, précise Mgr Lehmann, il

    est impensable qu’un évêque soit escorté par des voitures de police ou jouisse d’un statut diplomatique comme il arrive dans d’autres pays. Il n’y a

    pas de mélange avec les organismes publics et nous maintenons toute notre

    liberté de critique vis à vis du gouvernement par exemple à propos de la

    loi sur l’avortement".

    Arme à double tranchant, semble-t-il: dans l’Etat du Brandebourg, par

    exemple, l’heure de religion vient d’être remplacée par une heure d’éthique. Mgr Lehmann distingue: "Nous avons toujours été favorables à une heure

    d’éthique pour tous les étudiants qui ne se disent ni catholiques ni évangéliques et ne sont donc pas tenus de fréquenter l’heure de religion. Nous

    sommes en revanche très opposés à l’introduction d’une nouvelle discipline

    qui unirait leçon de vie morale et information générale sur la religion

    comme il vient d’être justement décidé dans le Brandebourg... L’Etat en

    tant que tel ne peut enseigner la religion, d’où notre recours à la Cour

    constitutionnelle afin qu’elle invalide la décision du Brandebourg".

    Des revendications très diverses

    Quant à l’intérieur de l’Eglise, le mouvement "Nous sommes l’Eglise"

    ("Wir sind die Kirche") a récolté des signatures pour demander plus de "démocratie" et plus tolérance dans le domaine de la morale sexuelle. Mgr Lehmann, ne nie pas avoir toujours été "contre un référendum comportant des

    questions du type "voulez-vous un catholicisme plus démocratique?", qui elles "n’apportent pas d’indications concrètes". Cependant il apprécie que

    cette pétition ait donné l’occasion d’ouvrir un dialogue avec des personnes

    qui l’ont signée.

    Mgr Lehmann distingue trois groupes de signataires. "Beaucoup sont dans

    une situation personnelle très difficile et ils se sentent mis en marge de

    l’Eglise, par exemple s’ils sont divorcés". D’autres ont "la nostalgie d’un

    Concile Vatican II imaginé comme le réceptacle de leurs idées sur le célibat et le sacerdoce féminin". Un troisième groupe, assez réduit, veut "une

    Eglise démocratique avec une tolérance sans limite". "Avec ces derniers, la

    marge de dialogue est étroite, estime Mgr Lehmann. Mais avec les deux autres, surtout les premiers, il faut compréhension et accueil".

    Un voyage à risques ?

    Et la difficulté à transmettre l’enseignement du pape ? "Il y a une certaine difficulté à traduire dans notre culture son message en matière d’éthique, répond Mgr Lehmann. Ce sont des mentalités qui s’opposent. Nous sommes dans un pays avec deux Eglises, catholique et protestante, plus ou

    moins égales en nombre de fidèles. Deux mariages sur trois sont mixtes. Sur

    beaucoup de problèmes sociaux, nous avons une position commune. D’autre

    part, l’étroite proximité avec les protestants porte à une assimilation de

    leurs comportements qui sont de plus en plus sécularisés".

    "Le pape parlera clair", a annoncé Mgr Lehmann à la télévision. Il s’en

    explique: "Il parlera clair et il se référera à l’exemple de Bernhard Lichtenberg, martyr sous le nazisme qui sera béatifié le 23 juin à Berlin: il

    faut obéir à sa conscience sans se préoccuper des pressions extérieures".

    Un voyage à risques ? Si à Berlin on s’attend à la présence de groupes

    contestataires, ils restent "minoritaires", estime Mgr Lehmann, tandis qu’à

    Paderborn, l’autre étape, on attend un accueil "très festif". "Le Pape a

    une capacité extraordinaire de changer le climat auquel on s’attendait,

    ajoute-t-il. Présent au milieu de nous il convaincra tant de personnes qui

    ne le connaissent pas et ne parlent que sur la base de préjugés".

    Un mot encore sur la sensibilité des catholiques allemands: "Ce qui nous

    manque, ce n’est pas la foi, c’est la spontanéité". (apic/imed/pr)

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