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    apic/Oecuméisme VD

    APIC-Reportage

    Semaine de prière pour

    l’unité des Chrétiens

    L’"oecuménisme du balai" en pays de Vaud (090197)

    A Cugy et Froideville, des centres oecuméniques

    gérés en commun par catholiques et protestants

    Bernard Litzler, pour l’Agence APIC

    Lausanne, 9janvier (APIC) Dix ans déjà! Les communes vaudoises de Cugy et

    Froideville, près de Lausanne, ont l’une et l’autre soufflé les dix bougies

    de leur centre oecuménique. Une décennie de cohabitation fructueuse et de

    recherches entre catholiques et protestants, dans une acceptation réciproque des différences. Une expérience de gestion commune des deux lieux de

    culte, aussi, - véritable "oecuménisme du balai" - qui a fait progresser

    l’oecuménisme à sa manière.

    Reportage sur une manière différente de "faire Eglise", à la veille de

    la Semaine pour l’unité des Chrétiens (du 18 au 25 janvier).

    La scène se passe en début d’année de catéchèse à Cugy. Conduits par

    leurs responsables, des catéchumènes protestants visitent le Centre oecuménique. L’un d’eux se précipite vers le tabernacle: "C’est quoi, cette boîte?", demande-t-il, visiblement peu familier des objets du culte catholiques. "Tu ne touches pas à ça, répond un de ses camarades. Pour les catholiques, c’est sacré!". Episode révélateur de la connaissance mutuelle établie entre les deux confessions.

    Du matériel au spirituel

    Comme dans le village voisin de Froideville, les deux communautés religieuses de Cugy gèrent ensemble "leur" centre oecuménique. Une histoire

    propre à chaque commune, mais proche par l’esprit et le résultat : un oecuménisme ouvert, dans la conduite matérielle des affaires comme dans

    l’aspect religieux. Cet oecuménisme au quotidien a conduit à des liturgies

    communes, à des propositions conjointes d’éveil religieux des jeunes enfants, à la rédaction d’un journal bi-confessionnel, à la coordination des

    démarches d’accueil des nouveaux arrivants...

    Construire ensemble

    En pénétrant dans la salle du Centre oecuménique de Cugy, le regard du

    visiteur est attiré par la double croix en bois. "C’est le symbole de notre

    coexistence", précise Etienne Mayor, pasteur des deux centres oecuméniques

    de Cugy et Froideville. La paroisse protestante de Cugy fut longtemps centrée autour de l’Abbaye de Montherond et de l’église de Morrens, commune de

    naissance du Major Davel, fameux patriote vaudois. Les catholiques du lieu,

    rattachés alors à Bottens, souhaitaient depuis longtemps ériger un lieu de

    culte.

    Dans les années 1980, la commune de Cugy leur propose d’échanger le terrain réservé à cet effet contre un autre, mieux situé, au centre de la localité. L’église au milieu du village, en quelque sorte. Sous l’impulsion

    de son syndic, la municipalité va même suggérer de construire un édifice

    commun aux catholiques et aux protestants : "Le précédent de Froideville,

    déjà lancé dans la construction de son Centre oecuménique, avait excité

    l’envie du syndic de Cugy", indique l’abbé Gilbert Marguet, à l’époque curé

    de Bottens et Cugy-Froideville.

    Hésitation des protestants, déjà pourvus en lieux de culte avec Montherond, Morrens, Froideville. Mais la volonté du syndic les fait fléchir.

    "Nous avons ensuite dû mettre le projet dans une machine à laver à 90

    degrés ! pour le faire rétrécir, se souvient Gilbert Marguet. Nous ne voulions pas dépasser le million de francs". Pour un devis initial de plus de

    trois millions...

    A Froideville, "modèle" et prédécesseur de Cugy, les paroissiens réformés, fourmis plutôt que cigales, épargnaient depuis un quart de siècle pour

    construire une église.

    L’abbé Marguet leur suggère de bâtir un édifice commun avec le soutien

    financier de la Fédération des paroisses catholiques du canton. "J’ai alors

    été très bien accueilli, raconte l’ancien curé en souriant. Nous avons mis

    la même part que la communauté protestante". Froideville accepte l’idée

    d’un centre oecuménique... Non sans tergiverser. Les convictions du curé

    Marguet ont raison des réticences. Le travail commun des commissions aide à

    rapprocher les communautés. "Et tout a été comme sur des roulettes", confie

    le prêtre.

    Gérer et animer en commun

    Et les roulettes tournent depuis dix ans, à Froideville comme à Cugy.

    Les desservants actuels de la paroisse ont continué à forger cet esprit

    d’unité. Avec enthousiasme... "Coexister fait qu’on apprend des choses les

    uns des autres, explique le pasteur Mayor. Un ostensoir en usage chez les

    catholiques est familier pour les enfants protestants, par exemple". "Notre

    souci est de continuer ce qui a été fait et de l’animer compte tenu des

    circonstances présentes", relève Jules Crausaz, curé depuis septembre 1995

    de la paroisse St-Amédée, à Lausanne, dont dépendent Cugy et Froideville.

    Gérer ensemble oblige à mieux se connaître.

    Le centres oecuméniques sont gérés chacun par une association où catholiques et protestants figurent à parts égales. Mais sans confusion. "Nous

    avons encore tant de choses à faire ensemble, estime l’abbé Jean-François

    Cherpit, second curé des deux communes. Le désir profond de tous est

    d’avancer ensemble le plus loin possible". Jusque vers des célébrations

    communes tout au long de l’année? Non, car "il y a plutôt hospitalité eucharistique qu’intercommunion", relève de son côté le pasteur Mayor. Animation commune ne signifie pas confusion des rôles: "Attention à la confusion

    qui peut être dommageable, indique Jules Crausaz. Nous avons à garder nos

    racines propres".

    Durant la Semaine de prière pour l’Unité, invitations réciproques: les

    réformés viennent à la messe et les catholiques vont à la sainte Cène. "Le

    risque, c’est qu’on ne voit pas les différences entre les communautés.

    Pourtant elles existent...," estime l’abbé Cherpit. "Nous avions simplement

    prévu, au départ, de construire un lieu commun de célébration, dit le pasteur Mayor. Mais cela nous a amenés à des choses étonnantes". Fini le temps

    où l’on pouvait "chipoter" sur des points divergents. "Le monde nous interpelle sur l’importance d’un témoignage cohérent et fidèle à l’Evangile. Les

    points de friction sont intolérables", confesse le responsable réformé.

    Un refus qui fait avancer

    La cohabitation conduit à se risquer jusqu’au sommet de la hiérarchie

    des Eglises. En vue de la Semaine de prière pour l’unité des Chrétiens de

    1992, la Télévision suisse romande (TSR) propose de retransmettre une célébration oecuménique depuis Cugy. Il s’agit de diffuser une célébration eucharistique "conjointe simultanée", pratiquée de temps à autre par les deux

    communautés: on célèbre ensemble jusqu’au Sanctus, puis chaque célébrant à

    tour de rôle célèbre sur ses espèces. On reprend ensemble au "Notre Père"

    et chaque communauté communie ensuite auprès de son ministre.

    C’est ainsi qu’avait été consacré le Centre oecuménique de Cugy, en

    1986, sous la double présidence de Mgr Mamie, évêque du diocèse, et du pasteur Jean-Daniel Chappuis. Refus des autorités catholiques de diffuser ce

    service religieux en raison des accords oecuméniques de 1979. Le scandale

    de la division des communautés est alors douloureusement ressenti.

    La paroisse protestante émet le voeu de renégocier ces accords entre les

    autorités catholiques et protestantes. Elle demande la pleine reconnaissance des célébrations eucharistiques successives et simultanées et des concélébrations, ainsi que l’hospitalité eucharistique réciproque. Le voeu suit

    son cours et aboutit jusqu’à la Fédération des Eglises protestantes de la

    Suisse (FEPS). Cette dernière discute avec la Conférence des évêques suisses (CES) pour reprendre cette problématique de Sainte Cène et Eucharistie.

    Essai non transformé pour le moment. Cugy-Froideville : un "oecuménisme du

    balai" qui va balayer jusqu’à la porte des autorités ecclésiales... (apicbl/be)

    Encadré

    Gertrud Henry, catéchiste protestante:

    "Enrichissons-nous de nos différences"

    Gertrud Henry, la cinquantaine souriante, participe activement à la vie paroissiale de Cugy. Son enthousiasme pour cette expérience oecuménique est

    communicatif: "Avec mon premier mari, catholique, nous étions déjà engagés

    en 1966 dans les mouvements de foyers mixtes, à Lausanne. Or malgré nos accords en théorie, nos propositions concrètes étaient toujours rejetées".

    Toute autre est l’atmosphère oecuménique qu’elle goûte dans le village :

    "Ici, on ne parle pas tellement d’oecuménisme, mais on le vit. C’est magnifique. Pourtant chaque célébration commune, une ou deux fois par année, est

    douloureuse car on perçoit le côté aberrant de notre séparation".

    Catéchiste dans la paroisse, elle reconnaît la chance de cette collaboration amorcée par les questions matérielles : "Nous avons commencé à construire ensemble, c’est-à-dire que nous avons partagé l’argent. C’est pour

    Pierre-Yves Emery, frère de Taizé, un des mes grands amis, un critère de

    rapprochement décisif". A partir de là, les choses se sont enchaînées et

    les luttes de pouvoir se sont estompées.

    Y a-t-il des réticences au processus de rapprochement ? "Evidemment il

    reste des gens très cartésiens, des deux côtés, indique Gertrud Henry. Mais

    ils sont minoritaires. Il y a visiblement une force pour vivre ensemble et

    vivre bien ensemble". Deux cultures ecclésiales subsistent cependant. Cette

    différence doit être source d’enrichissement plutôt que de séparation. "Le

    respect qui s’est mis en place correspond à une véritable conversion culturelle: un chrétien différent de nous n’est pas à exclure, car il a une richesse à nous apporter", lance la paroissienne de Cugy. (apic/bl/be)

    Encadré

    Semaine de l’Unité à Froideville et Cugy

    Pour respecter l’alternance établie, c’est le centre de Froideville qui accueillera les offices oecuméniques de cette semaine de l’Unité 1997. Le 19

    janvier 1997: Messe à 11h15; les catholiques accueillent leurs frères réformés; le 2 février 1997: Culte à 10h; les protestants accueillent les

    catholiques. Autres célébrations conjointes simultanées (avec sainte Cène

    et Eucharistie) à Cugy le 4 mai 1997; à Froideville le 5 octobre 1997.

    (apic/bl/be)

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