Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 71 lignes (max. 75 signes), 749 mots et 5185 signes.

    apic/Nouveau Testament/ anti-juifs

    Louvain-la-Neuve: "Le Nouveau Testament est-il antijuif?" (181294)

    Le professeur lausannois Daniel Marguerat

    met en garde contre un jugement hâtif

    Louvain-la-Neuve, 18décembre(APIC) "Le Nouveau Testament est-il antijuif?" la question de Daniel Marguerat, professeur de la Faculté de théologie protestante de Lausanne, dépasse largement le cadre de l’exégèse. A

    l’heure où le Vatican et l’Etat d’Israël viennent d’établir des relations

    diplomatiques, les spécialistes de la Bible s’efforcent, de contribuer à un

    dialogue renouvelé entre les chrétiens et les juifs. Le professeur lausannois était dernièrement l’invité de l’Université de Louvain-la-Neuve. Pour

    les évangélistes Matthieu et Luc, l’identité chrétienne ne peut se dire

    qu’au coeur d’un débat avec le judaïsme, a-t-il expliqué.

    Longtemps, le tableau assez négatif que l’on donne de l’attitude des

    juifs dans le Nouveau Testament a paru évident aux chrétiens, y compris à

    leurs théologiens. La croix n’est-elle pas l’emblème d’un Messie rejeté par

    les juifs? Mais cet antijudaïsme est devenu suspect depuis la "shoah". La

    tentative d’extermination de tout un peuple renvoie désormais à une question cruciale pour les chrétiens: les juifs ne jouent-ils pas trop facilement le rôle de méchants dans le Nouveau Testament?

    La position de Matthieu

    Matthieu, le plus juif des quatre évangélistes, apparaît paradoxalement

    comme le plus hostile envers les juifs. Juif, Matthieu l’est assurément

    lorsqu’il présente Jésus comme "Emmanuel", "Dieu-avec-nous" (Mt 1,24), serviteur de Dieu envoyé d’abord aux brebis perdues d’Israël (Mt 10,6). Pourtant, selon l’évangéliste, les jeux semblent faits dès la naissance de Jésus: le Messie attendu est reconnu et même adoré par des mages païens tandis que le roi juif Hérode rumine sa fureur meurtrière. Par la suite, on

    voit Jésus exiger de ses disciples une justice, une fidélité à Dieu qui

    surpasse celle des scribes et des pharisiens, campés en "front du refus"

    devant Jésus. Le drame de l’incompréhension aboutit à la croix. Or, juste

    avant, Matthieu montre Pilate se lavant les mains tandis qu’il fait clamer

    par le peuple juif: "Son sang sur nous et sur nos enfants!" (Mt 27,25).

    Comment Matthieu ose-t-il enfermer les juifs dans une telle condamnation? Sans doute partage-t-il la souffrance de son Eglise après l’échec

    d’une première mission auprès des juifs. En durcissant le ton à l’égard des

    juifs, l’évangéliste encourage l’Eglise à se tourner résolument vers les

    non-juifs, les païens.

    Ces explications ne confèrent cependant au portrait négatif que Matthieu

    brosse des juifs que matière à "circonstances atténuantes". Elles risquent

    même de légitimer une certaine tendance antijuive. Daniel Marguerat pose

    alors la question: s’agit-il d’antijudaïsme? "Judaïsme et christianisme

    dans l’évangile de Matthieu ne s’opposent pas comme systèmes hétérogènes,

    mais comme deux variétés de judaïsme. Chacune revendique l’interprétation

    adéquate de la Loi, l’obéissance, l’héritage de la promesse." C’est une

    "rivalité de frères ennemis" qui "porte sur un même héritage".

    Accuser Matthieu d’antijudaïsme serait pécher par anachronisme, estime

    D. Marguerat. Au moment où Matthieu rédige son évangile, il plaide pour la

    fidélité authentique de sa communauté au judaïsme. Il exploite un arsenal

    de controverses pour mettre en cause, à l’intérieur du judaïsme, l’attitude

    de ceux qui ne reconnaissent pas en Jésus le Messie.

    Par la suite, exclus progressivement des assemblées juives, les chrétiens se sont tournés vers les non-juifs. En quelques décennies, la réussite de la nouvelle mission auprès des païens a modifié le paysage ecclésial.

    L’Eglise ne partage plus la querelle de famille; la polémique présente dans

    l’évangile change de statut: elle légitime un système. On est alors au seuil de l’antijudaïsme. C’est donc sur un malentendu, lié au changement de

    paysage historique, que l’on a lié l’identité chrétienne au rejet du judaïsme!

    La position de Luc

    Rare chez Matthieu, l’appellation "les juifs" intervient 76 fois dans

    les "Actes des Apôtres", second volet de l’oeuvre de l’évangéliste Luc. Elle trahit la démarcation des chrétiens par rapport aux juifs. Dans les "Actes", "les juifs" font figure d’opposants aux missionnaires chrétiens. Le

    paysage a bel et bien changé. L’évangéliste Luc s’adresse à une chrétienté

    venue en majorité du paganisme.

    Pour Luc, cependant, Israël reste l’origine incontournable du christianisme. Jésus est le Sauveur promis à son peuple. Certes, les communautés

    chrétiennes, sous la pression de l’hostilité juive envers les missionnaires

    chrétiens, ont pris leur distance par rapport aux synagogues. Mais Luc

    laisse ouverte la question du salut final d’Israël. Il dresse l’image utopique d’une Eglise, où se trouvent des tenants des deux courants.

    Pour les deux évangélistes, conclut D. Marguerat, "l’identité chrétienne

    ne peut se dire qu’au coeur d’un débat avec le judaïsme. Accepter le débat

    c’est vouloir autre chose que la répression." (apic/cip/mp)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus