Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    apic/mgr Romélus/Haïti

    APIC - Interview

    Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie en Haïti

    Entre l’espoir et le drame

    La démocratie avec Aristide ou la répression militaire

    Par Jean-Claude Noyé, pour l’Agence APIC

    Paris, 9mars(APIC) Mgr Willy Romélus, évêque de Jérémie, en Haïti, 63

    ans, est une haute figure de la résistance à la dictature militaire. Témoin

    privilégié de la situation dans l’île la plus pauvre du monde, il s’est

    confié à l’APIC lors de son récent passage à Paris. Mgr Romélus a été officiellement présenté comme candidat au Prix Nobel de la Paix 1994. Connu

    pour son engagement et son combat en faveur des droits de l’homme, il consacre l’essentiel de son action à la promotion du développement et de l’instruction. Depuis le renversement du président Aristide, il est l’objet de

    harcèlement et de plusieurs attentats.

    APIC: Quel est l’espoir d’Haïti aujourd’hui?

    Mgr Romélus: On ne voit pas de signes de changement qui viennent du pouvoir. Les prochaines élections présidentielles auront lieu en novembre

    1995. Les militaires présenteront un de leurs généraux. Mais humainement

    parlant, je ne vois rien pour l’avenir proche.

    APIC: Que fait l’Eglise haïtienne?

    Mgr Romélus: Depuis le coup d’Etat, l’Eglise hiérarchique, l’épiscopat

    et la nonciature, n’ont pas entrepris d’action sérieuse pour régler la crise économique. Pourtant il existe des voix d’opposition comme le Comité

    haïtien des religieux (CHR) et la Commission épiscopale Justice et Paix. La

    majorité des prêtres est avec le peuple.

    APIC: L’attentisme des évêques ne tient-il pas au jugement porté par eux

    sur la personnalité du Père Aristide?

    Mgr Romélus: Oui, c’est cela qui pose problème. Ils ont adopté un langage plus modéré depuis sa canditature à l’élection présidentielle. Mais je

    souligne fortement que les 7 mois pendant lesquels il a exercé le pouvoir

    ont été positifs. Les partisans du putsch prétendent le contraire: c’est

    faux, cela a été comme une oasis: il n’y a pas eu de meurtres, la corruption a été combattue, l’argent commençait à rentrer dans les caisses de

    l’Etat.

    APIC: Qu’en est-il du blocus?

    Mgr Romélus: Le peuple dit qu’il n’y a jamais eu de blocus, d’embargo et

    que de toute façon, il est prêt à souffrir pour lui. De fait, il est très

    mou et certains en profitent pour s’enrichir en faisant monter les prix et

    appauvrissent davantage les pauvres. L’embargo s’il devait être efficace

    passerait par la fermeture de la frontière avec République dominicaine. Or

    il permet aux Dominicains de faire marcher leur commerce et aux militaires

    des deux pays de faire leurs profits. Dans mon diocèse, personne ne meurt à

    cause du blocus, mais on meurt par balles... Les américains donnent et continueront à donner des armes aux militaires. Je n’ai jamais vu que leurs

    munitions aient été épuisées. Toute personne qui s’inscrit comme favorable

    au putsch et au FRAP reçoit une arme.

    APIC: L’Eglise est-elle persécutée?

    Mgr Romélus: Oui. Il est difficile de faire les cérémonies religieuses,

    qualifiées de manifestations politiques. Lors d’ordinations en janvier 93,

    les militaires sont venus attaquer les gens. Des séminaristes ont été arrêtés. D’une manière générale, les paysans, les jeunes et les organisations

    de solidarité sont leurs cibles.

    APIC: Le Père Aristide peut-il vraiment sauver le pays car la situation

    économique est complexe?

    Mgr Romélus: Ce n’est pas un politique. Mais son bilan est positif. S’il

    est bien entouré, pourquoi pas! Et je sais qu’il y a des haïtiens capables.

    Le peuple, en tout cas, voit en lui son leader. Il n’a pas d’intérêts propre: ni d’argent ou de pouvoir. Il est épris d’un idéal.

    APIC: Et le silence du pape à son propos?

    Mgr Romélus: Sans doute est-il motivé par le droit canonique qui empêche

    un prêtre de solliciter les suffrages du peuple. Pourtant une exception

    pour le Père Aristide est pleinement justifiée. Je pense aussi que le

    Saint-Père a des informations partielles, voire fausses transmises par les

    évêques et la nonciature.

    APIC: Qu’en est-il précisément de la division de l’Eglisde haïtienne?

    Mgr Romélus: Si tout le monde allait dans le même sens, le problème serait réglé. En réalité l’unité est difficile. Elle se ferait si ceux qui

    ont pris le mauvais chemin retrouvaient le bon... De fait, je suis très

    isolé en tant qu’évêque.

    APIC: Et votre possible nommination au Prix Nobel?

    Mgr Romélus: Si cela peut aider le pays, ce que je crois, c’est l’essentiel. Sinon elle m’indiffère.

    APIC: Votre sécurité est-elle toujours menacée?

    Mgr Romélus: Oui. Mais cela ne m’empêche pas de parler. On m’a coupé le

    téléphone sous prétexte qu’il est en panne. En réalité, c’est pour empêcher

    les communications avec l’extérieur. Pourtant je parle encore.

    APIC: La diaspora haïtienne est-elle efficace et quel est pour vous la

    solution d’avenir?

    Mgr Romélus: La diaspora? Oui, elle est très efficace, d’autant plus que

    nous sommes de plus en plus empêchés de lutter à l’intérieur du pays. Quant

    à l’avenir... Le retour d’Aristide. Le peuple l’attend. C’est la seule solution pour la démocratie et son avenir. mais ce ne sera pas simple. Les

    militaires contrôlent tout et ont beaucoup d’argent. Ils s’imposent brutalement, n’hésitent pas à tuer. Malgré tout, ils sont sensibles aux campagnes de presse. C’est sans doute grâce à cela que je suis encore en vie.

    (apic/jcn/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus