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    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    apic/Mgr Mamie/Synode sur la vie consacrée

    APIC - Interview

    Mgr Mamie à son retour du Synode sur la vie consacrée (101194)

    Les multiples visages de l’Eglise

    Jacques Berset, Agence APIC

    Fribourg, 10novembre(APIC) Mgr Pierre Mamie, évêque de Lausanne, Genève

    et Fribourg, a participé durant tout le mois d’octobre au Synode sur la vie

    consacrée qui vient de s’achever à Rome. Il était accompagné de Soeur Maria-Letitia Mäder, provinciale des ursulines de Fribourg, et du P. Pierre

    Emonet, ancien provincial des jésuites. Premières réflexions du délégué des

    évêques suisses au Synode.

    APIC:Mgr Mamie, à lire certains compte-rendus du Synode, à voir les sensibilités culturelles et les priorités d’une région du monde à l’autre, on a

    parfois l’impression qu’il y a plusieurs Eglises catholiques...

    MgrMamie:Non, car elles restent toutes centrées sur l’évangélisation:

    pour les vieilles Eglises, la nouvelle évangélisation pour réveiller les

    sociétés qui se sont endormies après avoir reçu l’Evangile il y a des siècles, et pour les jeunes Eglises la première évangélisation. Ne l’oublions

    pas, plus des deux tiers de la population du monde d’aujourd’hui n’a pas

    encore reçu le message évangélique annoncé il y a bientôt deux mille ans.

    Même si les expériences et les accents sont différents selon les pays et

    les continents, c’est bel est bien la même Eglise...

    Certes, il y a des nuances, notamment en ce qui concerne le lien à trouver entre la fonction propre du pape et la collégialité des évêques. A ce

    sujet, par exemple, pour les pays de l’Est ex-communistes, le lien vivant

    avec le successeur de Pierre fut absolument indispensable: du temps du totalitarisme, il les a sans conteste aidé à survivre. Dans d’autres pays qui

    ne sont pas passés par les dictatures et le communisme, la nécessité d’un

    lien très vivant et très régulier avec le successeur de Pierre apparaît

    moins clairement.

    Afrique: des Eglises pleines de promesses et de vocations

    Il y en effet des sensibilités différentes par continent: les Africains

    veulent ainsi garder leur manière de vivre l’Eglise inculturée dans leur

    pays. Sans avoir prononcé le mot, ils ne veulent plus de colonisation, tout

    en ayant besoin matériellement des pays du Nord, notamment pour la formation - sur place - de leur personnel religieux.

    Ces jeunes Eglises savent qu’elles ont besoin de nous, mais ne veulent

    pas être dépendantes de ceux qui leur donnent l’argent et des missionnaires

    dont elles ont encore besoin pour mener à bien leur tâche. Ce sont des

    Eglises matériellement pauvres - financièrement et en personnel-, mais

    pleines de promesses et de vocations. La dimension africaine l’inculturation signifie incarner l’Evangile dans les cultures locales, tout en étant

    conscient que ces cultures sont aussi blessées par le péché. Des éléments

    locaux - comme par exemple la polygamie - doivent être purifiés, supprimés

    ou élevés par l’Evangile. Ce n’est pas la culture européenne qui purifie la

    culture d’autres régions, mais bien la culture biblique judéo-chrétienne.

    Je préfère d’ailleurs utiliser à ce propos un autre mot du pape, l’interculturation, qui signifie enrichissement mutuel à partir de la confrontation des différents éléments culturels assimilables, porteurs de valeurs

    évangéliques. Les Africains ont aussi des valeurs culturelles - sens de la

    communauté, de la famille, de la paternité et de la maternité, par exemple

    - à apporter à la culture européenne qui doit, elle aussi, être purifiée

    par l’Evangile.

    APIC:Sent-on encore ce "souffle de libération" venant d’Amérique latine?

    MgrMamie:On a senti comme toujours des témoignages contradictoires: pour

    certains la théologie de la libération est un élément très important, d’autres voient dans ce courant quelque chose de difficilement conciliable avec

    l’Evangile, c’est-à-dire une libération trop sociologique et pas assez

    évangélique.

    Mère Teresa nous a apporté son témoignage centré sur l’adhésion à Jésus.

    Elle a demandé de ne pas parler d’"option préférentielle pour les pauvres",

    mais d’"option préférentielle pour le pauvre qui est Jésus": quand vous

    avez fait cette option, tous les pauvres que vous rencontrez après seront

    pour vous l’image de Jésus. Ainsi vous ne risquez pas de confusion, de faire une évangélisation qui s’arrête à la pauvreté purement matérielle. Je ne

    pourrai oublier l’"option préférentielle pour le pauvre qui est Jésus". On

    a pu sentir différentes tendances tant chez les évêques que chez les religieux et les religieuses.

    APIC:Et le féminisme de l’Amérique du Nord et les cultures d’Asie ?

    MgrMamie:Les représentants de l’Amérique du Nord - les Etats-Unis et le

    Canada -, ont surtout abordé, plus ou moins agressivement, les problèmes du

    féminisme, de la place de la femme dans l’Eglise. Ils ont souligné fortement, ce que disent aussi les textes romains, que dans l’Eglise, tout ce

    que les hommes peuvent faire - les baptisés et confirmés mais aussi formés

    - les femmes le peuvent aussi. Sauf évidemment ce qui relève strictement du

    sacerdoce ordonné.

    Nous avons été interpellés:"Il faut accorder vos actes avec vos paroles". "Nous sommes trop souvent des exécutrices, ont dit les représentantes

    d’Amérique du Nord, cela ne nous suffit pas.!" Elles voudraient être associées au processus de réflexion, de préparation, voire dans la mesure du

    possible, de prise de décision. On a beaucoup souligné le rôle des abbesses, des prieures, la place des femmes dans les dicastères romains. Cette

    sensibilité a été soutenue par des représentants d’Allemagne et de France.

    La grande leçon des Asiatiques

    Les Asiatiques nous ont apporté une dimension moins soucieuse d’efficacité, d’activités. Le témoignage d’une certaine manière de vivre, d’être,

    dans la pauvreté, un témoin souvent silencieux de l’Evangile. Il était

    frappant d’entendre l’opposition entre l’activité apostolique, religieuse,

    et l’être religieux. A mon avis, l’on a probablement trop parlé d’activités

    apostoliques et pas assez de l’être religieux, de l’être consacré.

    Les deux évêques et un religieuse venant du Vietnam nous ont montré de

    façon exemplaire que malgré tous les interdits et persécutions qu’ils ont

    subis et subissent encore, ils ont pu rester religieux, sans maison, sans

    toit, sans couvent. Rester fidèles aux choses essentielles: la vie pauvre,

    la vie ascétique, la vie de prière, le lien vivant avec le successeur de

    Pierre. Ils nous ont donné une grande leçon.

    La dimension monastique un peu oubliée

    Un autre apport essentiel, que j’aurais souhaité plus fort, est venu du

    Moyen-Orient. Les orientaux ont insisté énormément sur la vie monastique.

    On n’a pas assez souligné que la vie religieuse est née après la Pentecôte,

    en Egypte, avec les anachorètes et les premiers monastères dans le désert.

    La vie religieuse n’a pas débuté par une action, elle a commencé par un retrait du monde. Comme diraient les chartreux, "soli Deo".

    Le radicalisme de la donation à Dieu et à Jésus-Christ, se retirer du

    monde non pas pour le mépriser mais pour le sauver, a été fortement souligné par les patriarches de l’Egypte, du Liban, d’Irak et de la Syrie. J’ai

    beaucoup apprécié cette dimension, et personnellement je regrette que la

    tonalité générale du message final du Synode porte plus sur l’action apostolique que sur l’être religieux.

    Présenter aux jeunes l’absolu de la vie contemplative

    A ce propos, Soeur Minke de Vries, de la Communauté de Grandchamp, à

    Areuse (Neuchâtel), qui était la représentante des communautés réformées du

    monde entier, a donné un témoignage remarquable sur ce que les religieuses

    apportent par leur manière de vivre. La présentation de l’absolu de la vie

    contemplative monastique est à mon avis la réponse à donner à certains jeunes de notre temps qui cherchent l’absolu.

    La tragédie de Salvan et de Cheiry montre bien cette soif d’absolu dans

    la jeunesse contemporaine. J’aurais souhaité que l’on mette davantage l’accent sur cette dimension, comme sur l’importance de la prière des religieux

    pour l’unité des chrétiens. Le problème oecuménique n’a visiblement pas

    pour toutes les Eglises la même priorité que pour la Suisse, l’Allemagne ou

    l’Angleterre.

    APIC:On a certes pris note des revendications des femmes, mais que faiton, en Suisse par exemple ?

    MgrMamie:En ce qui concerne les diocèses suisses, on a évidemment à faire

    mieux encore, mais l’on a déjà fait beaucoup de ce qui est demandé. Que ce

    soit la place des femmes dans les différents Conseils, dans la catéchèse,

    dans la participation aux Commissions épiscopales... Ce que fera le pape de

    nos propositions ? On attend et on verra bien. Mais sur bien des points,

    dans l’Eglise qui est en Suisse, on a déjà répondu aux attentes.

    Ce qui est beaucoup plus important que la fonction, c’est que les religieuses elles-mêmes, quand elles sont engagées dans notre apostolat, gardent leur spécificité propre. Elles ne doivent être ni des laïques ni des

    prêtres. Il y a des efforts à faire chez nous dans ce sens, parce qu’à certains moments les religieuses actives n’apportent pas toujours assez la

    spécificité de leur vie consacrée et des charismes de leur fondateur.

    Cette composante de plus au service de l’Eglise doit les distinguer. Aux

    religieux, qu’ils soient évêques ou curés de paroisse, que ce soient les

    Dominicains, les Pères du Saint-Sacrement ou les Frères de Saint-Jean, je

    demande d’apporter toujours quelque chose de différent de ce que peut donner le prêtre séculier. Ce Synode conduit à une évolution constructive, à

    une révolution certainement pas.

    Quant à pourvoir avec des religieuses certaines fonctions administratives dans notre Eglise, il faudrait disposer de candidates. Etant donné

    l’état actuel des vocations, il n’y a pas tant de possibilités. D’autre

    part, il faut qu’elles aient la formation requise, correspondant aux exigences de notre temps. Si le chanoine Schorderet revenait aujourd’hui à StPaul, il ne se contenterait pas de fonder un journal et une librairie; il

    enverrait ses soeurs dans tous les médias, faire de la télévision, réaliser

    des cassettes vidéo, des CD, etc. Ce que l’Oeuvre de St-Paul a commencé ici

    et dans le monde.

    APIC:Il y aura toujours dans l’Eglise une permanence de cette spécificité

    qu’est la vie consacrée, même si des ordres et des congrégations anciennes

    et plus récentes peuvent disparaître. Mais de nouvelles formes de communautés naissent, comme les charismatiques, et des couples souhaitent entrer

    dans une sorte de vie consacrée...

    MgrMamie:Il nous a été demandé de regarder avec bienveillance, de discerner avec attention ce qui vient de l’Esprit Saint. Mais il faut être patient, voir les richesses et les limites des nouvelles communautés. Dans la

    plupart de ces nouveaux mouvements, le fondateur est encore en vie. Et nous

    devons nous demander ce qu’il adviendra quand il disparaîtra. Quant à la

    question très précise de la vie consacrée des couples, il faut voir ce que

    signifie l’obéissance, la pauvreté, la chasteté, dans un couple. Par exemple, en ce qui concerne la vie de pauvreté, le mari et la femme peuvent répondre à l’appel de Dieu, mais vont-ils obliger leurs enfants à vivre dans

    la pauvreté évangélique ?

    Il y a là une question difficile à laquelle on n’a pas répondu. Les avis

    étaient donc divergents au sujet de la vie consacrée des couples, qui n’a

    tout de même pas le même sens que la vie d’un chartreux ou d’une carmélite.

    Dans l’histoire de l’Eglise, on a toujours relevé une composante fondamentale de toute vie religieuse, celle du célibat consacré. Mais il faut attendre ce que le pape Jean Paul II décidera dans l’exhortation apostolique

    qu’il va rédiger à la suite de ce Synode. (apic/be)

    Encadré

    Quelques impressions de Mgr Mamie

    Davantage jour de Pentecôte que Babel

    "Ce qui m’a marqué durant ce mois de délibérations, c’est tout d’abord la

    présence constante du pape Jean Paul II à toutes les séances générales du

    Synode. Il était présent, attentif, silencieux. C’est une expérience assez

    rare de travailler aussi longtemps avec le successeur de Pierre présent au

    milieu de nous. Nous avons tous été un jour invités à sa table.

    Plus important encore, une expérience tout à fait exceptionnelle qui m’a

    rappelé d’une certaine façon le Concile: entendre ces 140 évêques de toutes

    les parties du monde parler l’un après l’autre, d’une manière somme toute

    assez désordonnée, sans suivre un plan. Une image de l’Eglise - de ses nombreux visages, de ses multiples soucis et richesses - qui ressemblait à

    certains moments à Babel. Mais en fait, cela faisait bien davantage penser

    à une nouvelle Pentecôte.

    Ma troisième impression - une réalité que je n’avais jamais vécue avec

    une telle intensité - vient de la présence de nombreuses religieuses parmi

    les pères synodaux, les experts, les invités, les auditeurs. Elles avaient

    droit à la parole; elles ont parlé avec des accents et des préoccupations

    très différents selon les pays, les congrégation, les âges... Avec une demande très explicite:être mieux reconnues dans leur spécificité de religieuses, pas seulement par les évêques, mais par les prêtres et les laïcs,

    c’est-à-dire l’Eglise elle-même. (apic/be)

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