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    France: regard de Mgr Lustiger sur la télévision et les médias (150394)

    apic/mgr Lustiger/ TV

    Et pourquoi pas un serment d’Hippocrate pour les journalistes?

    Paris, 15mars(APIC) Invité récemment par France Inter pour l’émission Radio-Com, l’archevêque de Paris, Mgr Jean-Marie Lustiger, a porté son regard

    sur les médias, et en particulier sur l’influence exercée par la télévision

    dans le monde d’aujourd’hui. Interrogé par Anne Brucy et Roland Mihaïl, le

    cardinal réclame pour les journalistes ce qu’un jour déjà il avait prôné:

    un serment d’Hippocrate. "Paris Notre-Dame" résume l’entretien.

    Pour l’archevêque de Paris, la télévision tire l’ensemble de l’univers

    médiatique dans sa logique. "Le problème de la presse est tout autre: si je

    ne comprends pas ce que je lis, instinctivement je m’arrête, je pense à ce

    que je viens de lire, puis je reprends ma lecture. Si vous ne comprenez pas

    une phrase à la télévision, vous zappez..."

    Les téléspectateurs sont captifs, explique le cardinal: "Il y a des

    techniques extrêmement puissantes pour capter l’attention, tous les publicitaires les connaissent. Quand un tel moyen de connaissance est à ce point

    dominé par la technique de la publicité ou de la distraction, elle-même

    soumise à la contrainte économique, cela pervertit l’outil ou du moins la

    manière dont on s’en sert".

    (...) "Nous sommes devant une invention extraordinaire qui marque notre

    époque autant sinon plus que la révolution industrielle aux 18e et 19e siècles. Mais les victimes de cette révolution médiatique risquent d’être beaucoup plus nombreuses. Surtout dans l’avenir qui risque de nous projeter

    dans un monde totalement fascinant et irréel, un monde de l’imaginaire".

    Pas de coupe-feu

    Les critères éthiques à respecter prioritairement par les responsables

    de chaînes? Selon le cardinal Lustiger, ces responsables ne peuvent pas

    tout faire. Le public aussi est responsable: c’est une affaire de civilisation. "Quel prix allons-nous payer pour cet univers fascinant mais qui dépersonnalise, qui prive de la liberté, de la réflexion? L’information est

    un outil majeur de la civilisation moderne, mais il faudrait que, d’un commun accord, les journalistes, les producteurs, les financiers, décident de

    sauver l’information en lui fixant des lois qui relèvent de la raison et

    non du commerce".

    Faut-il un code éthique? "C’est à la profession de le dire", répond Mgr

    Lustiger. Et de rappeler: "J’avais suggéré, il y a quelques années, l’équivalent d’un serment d’Hippocrate. Faut-il, d’un commun accord, convenir

    qu’informer est autre chose que capter de l’audience? La concurrence du

    "20H", par exemple, me paraît redoutable".

    "Comment fait-on de l’audience? Avec le sensationnel. Du coup, on ne

    fait pas réfléchir. L’image se substitue au réel. J’ai été témoin d’une

    scène significative: on annonce à quelqu’un qu’il y a, au dehors, une personne en danger: "Laissez-moi tranquille, je regarde le journal télévisé",

    a-t-il répondu. Il préférait voir l’image des meurtres du monde plutôt que

    d’aller s’occuper de quelqu’un de réel, à côté de lui. L’information doit

    renvoyer au réel, pas se substituer à lui".

    "Le système médiatique est terrible car tous les réseaux sont interconnectés. C’est exactement comme une grande maison qui n’aurait pas de portes

    coupe feu. Une dépêche d’agence part, immédiatement tout est en flamme. Et

    le lendemain, évidemment, on oublie".

    Une idole masquée

    Après la guerre, de nombreux intellectuels et journalistes ont affirmé

    que s’il y avait eu des caméras de télévision pour filmer les camps de concentration nazis, l’holocauste aurait pu être évité. Et l’un des journalistes de demander: "50 ans après, en Bosnie par exemple, on voit bien qu’il

    n’en est rien. Ne pensez-vous pas que c’est un formidable constat d’impuissance?" "C’est le constat d’une illusion, déclare Mgr Lustiger. Il ne suffit pas de voir pour juger et se mobiliser. Voir ou prétendre faire voir ne

    suffit pas. Il faut aussi réfléchir".

    Le sacré ne s’est-il pas déplacé de l’église au monde du petit écran? On

    parle de "grand-messe du 20H", on voit de plus en plus de confessions de

    type reality-show... D’une certaine manière. c’est une liturgie cathodique.

    Et le cardinal de conclure en ces termes à cette question: "Je dirais plutôt que l’univers cathodique a besoin de se sacraliser. C’est comme une

    idole qui veut masquer ce qu’elle est car cette religion est une servitude,

    une drogue. Alors que la télévision serait utile si elle apprenait aux gens

    la liberté, c’est-à-dire à s’arrêter, à réfléchir".

    "Peut-on imaginer un présentateur de variétés qui ait l’audace de dire à

    l’antenne: "’Mes amis, je vous invite à éteindre votre téléviseur, à fermer

    les yeux et les oreilles pour réfléchir pendant dix minutes!’" (apic/pndpr)

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