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    apic/Mgr Khoury/Communauté maronite/Nécessité de structures propres/Synode

    APIC - Interview

    Rencontre avec Mgr Khoury, "visiteur apostolique" des maronites d’Europe

    La communauté maronite suisse a besoin de structures propres

    Jacques Berset, Agence APIC

    Fribourg, 16février(APIC) Les 100’000 chrétiens maronites d’origine libanaise en Europe occidentale - notamment en Suisse - aimeraient pouvoir assumer pleinement leur patrimoine religieux, spirituel et culturel. "Pour

    cela, ils devraient bénéficier de leurs propres structures", lance Mgr Joseph Khoury, "visiteur apostolique" des maronites en Europe.

    Les 700 maronites de Suisse, en effet, ne disposent ni de lieu de culte

    propre ni de curé pour leur communauté. Pour chercher des solutions pastorales, Mgr Khoury a rencontré cette semaine Mgr Amédée Grab, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.

    Aujourd’hui, en Suisse, les chrétiens maronites dépendent des évêchés

    catholiques de rite latin sur le territoire duquel ils vivent. En France,

    c’est le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, qui est l’ordinaire des catholiques de rite oriental (à l’exception des ukrainiens et des

    arméniens catholiques, qui disposent de leur propre hiérarchie). Bien

    qu’évêque, Mgr Khoury n’est pas l’ordinaire des maronites en Europe. Il a

    cependant présenté un rapport au Saint-Siège pour que soit créé un diocèse

    maronite européen, comme aux Etats-Unis, au Canada ou en Australie.

    Vivant surtout à Genève et Lausanne, mais aussi présents à Fribourg,

    Berne ou Zurich, les maronites ont pour certains d’entre eux acquis la nationalité suisse; ils sont d’ordinaire de milieux aisés, bien intégrés et

    de niveau socio-culturel élevé. On rencontre chez eux de nombreux fonctionnaires internationaux, des avocats ou des hommes d’affaires.

    Un développement spirituel entravé

    Les maronites, certes, ont été bien accueillis dans les paroisses catholiques, mais aujourd’hui, estime Mgr Khoury, cela ne suffit plus, car ils

    ne fréquentent pas volontiers les églises latines. Pour le visiteur apostolique, leur développement spirituel est entravé par manque de structures

    propres:"En Suisse, nous n’avons aucune église maronite; il y a bien un

    prêtre maronite à Genève et un autre à Lausanne, mais ils n’ont pas de

    charge officielle au service de la communauté".

    Pour la communauté maronite, il ne s’agit pas seulement de célébrer

    l’eucharistie dans son rite propre dans une église prêtée par une paroisse:

    "Aujourd’hui, souligne Mgr Khoury, cela ne suffit pas; il faut encore organiser la catéchèse, la pastorale familiale, la pastorale des jeunes, préserver le patrimoine culturel... Nous avons donc besoin de locaux pour la

    liturgie et un centre communautaire pour les besoins religieux, sociaux et

    culturels, avec un prêtre à plein temps". C’est ce message que Mgr Khoury

    cherche à faire passer ces jours-ci en Suisse.

    L’APIC a également interrogé Mgr Khoury sur les défis que doit affronter

    la communauté chrétienne maronite dans son pays d’origine, le Liban.

    APIC:L’assemblée spéciale du Synode des évêques sur le Liban s’est achevée

    le 14 décembre à Rome. Qu’a-t-elle apporté aux Libanais sur place et dans

    la diaspora?

    MgrKhoury:Le Synode a rappelé que l’Eglise au Liban a une importance significative pour le monde et qu’il faut sauvegarder l’intégrité du Liban.

    D’autre part, son Eglise doit se renouveler. C’est la voie indiquée par le

    Saint-Père:"Faites un examen de conscience sérieux, sur votre mission, sur

    le message que vous devez apporter dans ce monde pluriconfessionnel et pluriculturel".

    Nous avons aujourd’hui une foi plutôt sociologique, nous passons par une

    période d’ignorance religieuse. Nos fidèles ne sont plus formés et éduqués

    à leur foi comme auparavant. La jeunesse est sans doute la plus touchée.

    Les 17 ans de guerre ont laissé des traces, mais il y a aussi un manque de

    planification de l’éducation religieuse dans notre Eglise, notamment dans

    les paroisses. Le Synode devrait aider à ce que l’éducation religieuse passe dans la conscience des fidèles, petits et grands. Face à cette perte de

    substance, il faut réévangéliser les chrétiens du Liban.

    APIC:Sur les 3,5 millions de Libanais, il reste environ un tiers de chrétiens. Vivent-ils leur foi librement dans un pays devenu majoritairement

    musulman?

    MgrKhoury:Sur le plan religieux, nous n’avons aucune difficulté pour exprimer notre foi et la vivre. La balle est dans le camp de l’Eglise: c’est

    à elle de donner de la vitalité à la foi des chrétiens libanais. Le renouveau de la foi n’est d’ailleurs pas une nécessité pour les seuls chrétiens,

    il concerne aussi nos frères musulmans.

    Comme l’a dit le pape, le Liban est plus qu’un pays, c’est un message.

    Ce message est fait de convivialité entre les diverses confessions et cultures, de joie de vivre ensemble, de liberté d’expression... C’est un cas

    unique au Proche-Orient. Comme l’Etat libanais n’est pas confessionnel, les

    mariages mixtes, qui ont toujours existé au Liban, sont permis; l’Etat les

    enregistre comme les autres.

    Le Liban connaît le régime du "statut personnel". Ainsi, il y a eu dans

    l’histoire de grandes familles musulmanes qui sont passées au christianisme. La guerre qui a dévasté le pays était une guerre importée, à partir

    d’éléments étrangers. C’est pourquoi cette guerre a été une violence énorme

    sur la conscience libanaise, chrétienne ou musulmane.

    APIC:Aujourd’hui, le Liban est toujours occupé - au Sud par les Israéliens, par les Syriens presque partout ailleurs... Sans compter la présence

    de 500’000 réfugiés palestiniens, dont une partie est armée... Peut-on parler vraiment parler de souveraineté et de démocratie au Liban?

    MgrKhoury:Un pays occupé par des armées étrangères peut-il parler d’intégrité, de souveraineté et de liberté? Nous demandons seulement les droits

    dont jouissent les autres Etats. En pratique, nous ne sommes pas indépendants. La démocratie souffre de la présence étrangère, qui conditionne une

    politique qui n’est pas purement la nôtre. La liberté d’expression au Liban

    est conditionnée, on nous fait violence. Mais je pense que cette période

    est transitoire, car on ne pourra jamais altérer la conscience libanaise:ce peuple a vécu durant des siècles libre et indépendant. Bien sûr,

    nous devrons composer avec l’état de fait existant dans la région. Personne

    ne peut vivre seul actuellement, il faut bien s’arranger avec ses voisins.

    APIC:Le patriarche Nasrallah Pierre Sfeir a déclaré que le pape Jean Paul

    II se rendrait au Liban - avant la fin de cette année - pour signer l’exhortation apostolique devant conclure le Synode...

    MgrKhoury:Le Saint-Père lui-même m’a récemment parlé de sa visite au Liban, mais rien n’est décidé encore. Il faut maintenant préparer l’exhortation apostolique. Si le texte est prêt entretemps, on pense que le pape

    Jean Paul II pourrait se rendre à Beyrouth en octobre pour y signer ce document post-synodal. (apic/be)

    Encadré

    Nommé en juillet 1993 premier "visiteur apostolique" pour les fidèles maronites d’Europe occidentale et du nord, Mgr Joseph Khoury est né il y a 60

    ans à Behwaita, dans l’archidiocèse maronite de Tripoli. Le visiteur apostolique a pour tâche de coordonner la pastorale de la diaspora libanaise de

    ces régions.

    Ordonné évêque le 4 septembre 1993, il porte le titre d’évêque titulaire

    de Conocora, un diocèse de Syrie aujourd’hui disparu. Mgr Khoury est également consulteur de la Congrégation pour les Eglises orientales et du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux. (apic/be)

    Encadré

    Une longue tradition d’émigration

    Les maronites constituent une Eglise orientale catholique, dont le lieu

    d’origine fut d’abord la Syrie, puis le Liban. Le siège en est le patriarcat d’Antioche des maronites, qui se trouve à Bkerké, au Liban. Sous le régime colonial déjà, de nombreux maronites choisirent la voie de l’émigration, notamment à destination des Amériques et de l’Australie.

    La guerre a provoqué une nouvelle vague d’émigration, cette fois surtout

    vers l’Europe occidentale, notamment en France, où les maronites sont les

    plus nombreux: entre 50 et 70’000. On trouve des minorités importantes en

    Grande-Bretagne, en Suède, en Italie, en Allemagne, en Angleterre, en Belgique ou en Suisse...Communauté la plus importante de l’émigration libanaise, les maronites sont pourtant minoritaires en Angleterre (5’000 maronites contre 15’000 Libanais musulmans), à Berlin ou dans les pays scandinaves.

    Le synode maronite avait déjà demandé à plusieurs reprises une structure

    ecclésiastique adaptée pour subvenir aux besoins pastoraux de cette émigration. Le visiteur, qui est compétent pour toute l’Europe occidentale et les

    pays scandinaves, n’a pas de juridiction sur la diaspora maronite de ces

    régions, mais devra repérer ses fidèles et encourager leurs évêques locaux

    latins à assurer une pastorale conforme aux recommandations de Vatican II

    et aux normes du droit canon. (apic/be)

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