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    apic/Mgr Gaillot / Interview

    APIC - interview

    Mgr Jacques Gaillot, évêque des exclus (030996)

    "Le voyage de Jean Paul II en France reste ambigu"

    Jean-Claude Noyé, pour l’agence APIC

    Paris, 3septembre(APIC) Mgr Jacques Gaillot n’a guère chômé durant l’été.

    Avec l’affaire des sans-papiers, la tension sociale a encore augmenté en

    France. L’ancien évêque d’Evreux est monté au front pour dénoncer à nouveau

    l’exclusion. Les télévisions l’ont abondament montré sur les marches de

    l’église St-Bernard. A la veille de la visite du pape, Mgr Gaillot met en

    garde contre les ambiguïtés de ce voyage. Y participera-t-il?

    Jacques Gaillot: J’ai été invité à Reims par le président de la Conférence

    des évêques, Mgr Duval. J’y serai afin de marquer mes liens avec l’Eglise.

    Mais il est vrai que l’événement est ambigu. Jean Paul II vient en France

    dans un contexte social difficile et une rentrée ’chaude’. Au nom de l’anniversaire du baptême de Clovis, il ne faudrait pas oublier ce contexte

    d’exclusion frappant des gens de plus en plus jeunes. Ce voyage porte aussi

    une ambiguïté par le fait que beaucoup de chrétiens conservateurs ou intégristes et de gens d’extrême droite s’en servent pour marquer leur combat,

    et s’assurer de leur légitimité. Je crains précisément que la venue du pape

    ne légitime les tenants du retour à l’ordre moral. Que veut dire par exemple l’arrivée à Reims des vierges pèlerines?

    APIC: Les tenants de la laïcité de l’Etat critiquent vivement la venue du

    pape.

    JG: Le pape rencontrera des hommes politiques associés à la commémoration

    du baptême de Clovis, en premier lieu le président Chirac. De fait cela

    touche à la laïcité de l’Etat. Que Mgr Defois ou Mgr Duval aient pris soin

    de préciser que Clovis n’est pas la France, que celle-ci n’est pas née avec

    son baptême prouve précisément cette ambiguïté. Je me demande si l’Eglise

    pour contrecarrer l’extrême droite qui, la première, souhaitait célébrer

    cette anniversaire, ne s’est pas laissée prendre au jeu en décidant d’inviter le pape.

    Enfin les voyages du pape devraient être beaucoup plus simples et moins

    coûteux quand il y a tant de misères dans le monde. Quand on est homme

    d’Eglise, les symboles sont importants.

    APIC: A Tours, Jean Paul II rencontrera les exclus de la vie. Il s’agit là

    d’un geste symbolique...

    JG: C’est délicat de rencontrer tel exclu plutôt que tel autre. Comment les

    sélectionner? Le mieux serait d’aller à leur rencontre, là où ils vivent.

    Mais ce n’est pas simple. Je reconnais que ce geste a une portée symbolique

    et j’espère qu’elle sera bien perçue.

    APIC: La santé du pape suscite depuis quelques temps des inquiétudes. Certains s’étonnent qu’il ne présente pas sa démission.

    JG: A juste titre. Il est tout à fait dommage que les papes continuent à

    vouloir aller jusqu’au bout, comme Paul VI. Il faudrait arriver à un

    processus plus démocratique concernant l’exercice de cette charge. Elle est

    si lourde qu’il n’est pas souhaitable que la même personne l’exerce trop

    longtemps. Le regard s’émousse, la force d’inertie et les pesanteurs de la

    curie romaine finissent par reprendre le dessus. Pourquoi par exemple ne

    pas imaginer que l’évêque de Rome exerce un mandat de durée déterminée,

    éventuellement renouvelable?

    APIC: Votre situation au sein de la hiérarchie catholique n’est toujours

    pas clarifiée. Vous avez refusé les propositions faites par vos frères évêques. Pourquoi?

    JG: J’ai dit non aux évêques, parce que j’ai dit oui aux exclus. J’ai assez

    de travail et de responsabilités comme président d’honneur de "Droit au logement" et vice-président de "Droit Devant". De plus je suis beaucoup invité à l’étranger pour parler des exclus et des rapports Nord-Sud. Ce travail

    et cette charge sont importants. Pourquoi aller chercher ailleurs ce que

    j’ai, là à Paris? Pourquoi me déraciner encore? Mon combat contre l’exclusion est un combat de l’Eglise. Pourquoi les évêques ne le reconnaitraientils pas, en m’invitant par exemple à leur assemblée plénière? L’invitation

    à Reims est peut-être un premier signe.

    APIC: On vous a beaucoup vu durant l’été dans l’église St-Bernard occupée

    par des sans-papiers...

    JG: Dans cette affaire, je remarque que ce sont les sans-papiers eux-mêmes

    qui sont sortis de l’ombre. Il ont pris la parole et leur destinée en

    mains. Des exclus deviennent responsables et le gouvernement prend peur.

    J’avais été très indigné que l’Eglise ne proteste pas après l’expulsion des

    sans-papiers de l’église St-Ambroise en mars dernier. L’effet dans l’opinion publique avait été désastreux. Depuis les autorités de l’Eglise se

    sont rattrapées. Je salue l’attitude courageuse du curé de St-Bernard. Mais

    il est inadmissible que le gouvernement lance les forces de l’ordre contre

    une église et que l’épiscopat ne réagisse pas alors que cette affaire suscitait un assaut médiatique.

    L’affaire n’est d’ailleurs pas finie. Les charters de la honte ne résoudront rien. Il y a des dizaines de milliers de sans-papiers en France. Ce

    sont les lois "Pasqua" qui les ont ’clandestinisés’. La France doit revoir

    ses lois sur l’immigration. Elles sont archaïques et agressives et font que

    l’étranger est suspect aux yeux de l’opinion. Le pays manque de lois positives qui permettraient l’intégration.

    APIC: La France ne peut pas porter toute la misère du monde, dit Michel

    Roccard, ancien premier ministre socialiste...

    JG: Quelle parole malheureuse, qui sert de paravent! Les sans-papiers sont

    des immigrés de longue date qui ont travaillé dur, parfois leurs aînés ont

    versé le prix du sang pour la France. Les lois actuelles sont des lois de

    fermeture des frontières. Or une société qui se ferme est une société qui

    meurt. Quant aux enjeux Nord-Sud qui soustendent le problème, la France

    continue de soutenir des régimes honnis. Le gouvernement s’est déconsidéré

    en voulant flatter l’électorat de droite et d’extrême-droite.

    Je souhaite depuis longtemps que l’épiscopat s’intéresse à cette question difficile. Mais je sens des résistances, car beaucoup de ces immigrés

    sont musulmans. Il y a la peur qu’un islam autoritaire ne s’installe en

    France et la peur que beaucoup comprennent mal pourquoi les évêques s’occupent des musulmans. Il serait important que les évêques puissent adresser

    une parole forte laissant entendre aux musulmans de France qu’il est souhaitable d’accepter pleinement la laïcité. Comme l’Eglise de France l’a admise après les lois de séparation Eglise-Etat. C’est d’ailleurs au nom du

    respect de la laïcité que l’épiscopat aurait dû réagir face aux interventions de la police dans les églises occupées. (apic/jcn/mp)

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