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    apic/Mgr Dubost, évêque aux armées françaises/interview

    APIC - Interview

    Mgr Michel Dubost, évêque aux armées françaises: (200396)

    "Attention à une armée de métier riche face à un service national pauvre"

    Propos recueillis par Jean-Claude Noyé, APIC

    Paris, 20mars(APIC) A la veille du débat de l’Assemblée nationale française sur la restructuration de l’armée, Mgr Michel Dubost, évêque aux armées françaises depuis 1989, sans vouloir prendre parti sur le fond des réformes, en souligne pourtant les conséquences, en particulier sur l’emploi.

    Il dénonce aussi la dérive du "pistonnage" dans l’attribution des postes

    dans le service national. Enfin il décrit les enjeux de la prochaine assembée des évêques français sur la jeunesse.

    APIC: Etes-vous attaché à l’actuel service militaire?

    Mgr Dubost: Je n’ai pas à prendre parti. Mais je veux attirer l’attention

    sur le fait que la socialisation par le service national existe encore, même si elle n’est plus ce qu’elle était. D’autre part, l’armée, ce sont

    d’abord des hommes et des femmes qui travaillent et dont beaucoup - si les

    réformes proposées sont acceptées - vont se retrouver sans emploi. Que feront-ils? L’armée de terre a d’ores et déjà connu une déflation de son personnel très importante. Il faut bien dire que l’actuel service militaire

    est une survivance de la IIIe République. Ce qui était visé alors, c’était

    de faire sortir les gens de leur communauté naturelle afin de leur donner

    une plus grande ouverture au monde. Aujourd’hui il s’agit de "refaire" famille et de recomposer le tissu social local plutôt que d’arracher les gens

    de leur communauté de base. Il faut privilégier la mission intégratrice du

    service national. Quels outils va-t-on utiliser dans ce but?

    APIC: La multiplication des formules du sevice national n’est-elle pas un

    sérieux frein à sa fonction de brassage social?

    Mgr Dubost: "Le piston", qui permet d’agir sur le choix du lieu, du temps

    et du métier exercé, constitue de fait une dérive importante. Avec les moyens informatiques actuels on pourrait l’étendre à tout le monde. C’est à

    dire que chaque appelé devrait choisir son affectation. Il faut aller de

    plus en plus vers un soutien public de ce libre choix. Autre cause d’injustice: les formes civiles du service national ne sont proposées qu’aux meilleurs.

    APIC: Que pensez-vous de la proposition du gouvernement d’avoir désormais

    une armée professionalisée au personnel réduit et ultraperformant et un

    service national purement civil?

    Mgr Dubost: Il revient aux politiques de prendre leur décision. Il serait

    pourtant dangereux que cela soit source de clivages sociaux: les riches

    d’un côté, les pauvres de l’autre. On est pris dans une tenaille. Les changements technologiques sont tels que je ne vois pas, hélas, à quoi serviront utilement, à terme, les soldats de la conscription. Par ailleurs si la

    paix a augmenté en Europe, ce n’est pas le cas de la sécurité, avec la montée du terrorisme. Comment y faire face? Il faut bien un personnel nombreux, comme le plan "Vigipirate" mis en place après la vague d’attentats

    qui a sévi en France l’été et l’automne dernier. Je crois que l’on devrait

    davantage analyser les conflits potentiels en Europe dus à la séparation

    des communautés, comme en ex-Yougoslavie, mais aussi en Belgique avec la

    division entre Flammands et Wallons ou même en Italie avec les revendications de la Ligue Lombarde. Autre chose: dans l’évolution en cours il me

    partait important de garder à tout prix un meilleur lien entre l’armée et

    la nation. Les militaires de métier aujourd’hui ne vivent plus comme auparavant dans un ghetto.

    APIC: Comment se porte le diocèse aux armées?

    Mgr Dubost: Il y a un bon pourcentage de prêtres qui veulent rejoindre

    l’aumônerie militaire. Actuellement, il y a 260 aumôniers militaires dont

    130 avec qui j’ai une relation directe de type épiscopal. Le terme d’"aumônier" est un titre qui provient de la Loi de 1905, date de la séparation de

    l’Eglise de l’Etat. Un rabbin, un pasteur protestant peuvent selon cette

    loi être aussi aumônier. L’armée est un des lieux où l’on peut et pourra

    toujours toucher les pauvres, car les salaires y sont faibles. Il est important que l’on puisse entendre une parole ecclésiale.

    APIC: Avant d’être évêque aux armées, vous avez longtemps été responsable

    des aumôneries de l’enseignement public. A vos yeux, quels sont les enjeux

    de la prochaine assemblée plénière des évêques français sur la jeunesse?

    Mgr Dubost: L’Eglise a toujours joué un rôle important pour les jeunes. Or

    la situation est mauvaise pour eux. Le souci de l’Eglise n’est pas qu’ecclésial. Elle pense que la société actuelle ne leur fait aucune place. Nous

    voulons réaffirmer que les jeunes ne sont pas la société de demain, mais la

    société d’aujourd’hui. Il y a plus de 200’000 jeunes de 15 à 25 ans qui

    participent activement en France à la vie ecclésiale. Je ne vois aucun parti ni syndicat en France qui puisse dire la même chose. Le souci de l’épiscopat est précisément de s’appuyer le plus possible sur tous les mouvements

    de jeunes en Eglise et préparer ensemble la Journée mondiale de la jeunesse

    à Paris en 1997. (apic/jcn/ba)

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