Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    Le texte contient 145 lignes (max. 75 signes), 1568 mots et 10245 signes.

    apic/Mgr Claverie/ Algérie/politique

    Paris: Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, explique (120596)

    la situation politique et religieuse de l’Algérie

    "L’Eglise catholique doit continuer à vivre

    l’amitié et le dialogue avec les musulmans"

    Paris, 12mai(APIC) Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran depuis 1981, s’inquiète du sort des sept moines trappistes enlevés en Algérie. Ces derniers

    seraient peut-être dans la région d’Alger et des négiciations seraient en

    cours pour leur libération. Mais rien n’est sûr. Tout reste au conditionnel. De passage à Paris, l’évêque d’Oran, né en 1938 à Alger, s’adressant

    aux journalistes de l’information religieuse, a en outre expliqué le pourquoi des réticences des évêques algériens envers les initiatives de paix de

    la communauté San’t Egidio à Rome. Il dit aussi comment, en ces moments

    troublés, la toute petite Eglise catholique en Algérie veut continuer à

    vivre sur place les souffrances et les espérances du peuple algérien.

    Avez-vous des nouvelles des moines de Tibbéhirine?

    Ils seraient dans la région d’Alger et des négociations seraient en

    cours. Tout est à mettre au conditionnel, y compris le dernier message du

    Groupe islamique armé (GIA). Il est vraissemblable que c’est lui qui l’a

    rédigé mais nous n’avons pas de preuves formelles. A priori, si les sept

    moines n’ont pas été tués de suite, c’est plutôt bon signe. Le but de leur

    enlèvement? Deux hypothèses sont avancées: l’une prétend qu’il fallait absolument utiliser les services du moine médecin afin de soigner des blessés. L’autre vise plutôt l’échange des moines contre des leaders extrêmistes emprisonnés en Algérie ou en France. Une grande mutinerie avait éclaté

    voici quelques mois dans une prison d’Alger pour réclamer la libération de

    l’un d’entre eux. Il est probable que des premières négociations aient

    échoué et que d’autres ont été relancées.

    Si les trappistes sont relâchés, la pression qui pèse sur la communauté

    chrétienne ira en diminuant. Il faut pourtant souligner fortement que les

    chrétiens ont d’excellentes relations avec les Algériens. La majorité de

    ces derniers ont manifesté publiquement leur hostilité à l’enlèvement des

    sept moines trappistes. S’ils ne sont pas relâchés, il pourrait bien y

    avoir de nouveaux départs de chrétiens, individuels. Mais l’Eglise a décidé

    de ne pas abandonner l’Algérie. Ce n’est vraiment pas le moment de partir,

    car l’Algérie est malade. Même si on le voulait, on ne le pourrait pas, car

    nos sangs sont étroitement mêlés dans cette violence.

    Fallait-il amplifier cette affaire dans les médias, un peu comme cela a

    été le cas avec les otages du Liban?

    La première impression que nous avons ressentie, c’est que cette affaire

    a été vite passée sous silence. Mais de temps à autre elle refait surface.

    Ce qui me paraît souhaitable c’est que l’on rappelle discrètement mais constamment que des hommes de paix sont aux mains de tueurs. A partir de cet

    événement, la communaté chrétienne d’Algérie a pris davantage conscience du

    tourbillon qui agite le monde et des minorités en souffrance un peu partout

    dans le monde.

    Les évêques algériens ont manifesté des réticences par rapport aux initiatives de la communauté San’t Egidio à Rome pour essayer d’arriver à un

    processus de paix en Algérie. Pourquoi?

    Nous entretenions depuis longtemps de bonnes relations avec la communauté de San’t Egidio, car cette dernière avait, par notre intermédiaire, des

    contacts avec des leaders musulmans. Mais nous n’avons pas été informés des

    invitations faites pour la première rencontre de Rome. De surcroît, à la

    différence du Mozambique où des négociations s’étaient déroulées dans le

    plus grand secret entre les diverses parties, il y a eu dès le départ, dans

    le camp algérien, des fuites médiatiques. Du coup le pouvoir d’Alger s’est

    raidi et n’est pas allé à la première réunion, craignant une internationalisation de l’événement et de ses retombées. Par ailleurs, part belle a été

    faite au Front islamique du salut (FIS) alors que celui-ci était éclaté en

    tendances opposées par rapport au recours à la violence armée. De plus, en

    Algérie, les musulmans ne font abolument pas la différence entre le Vatican

    et une communauté catholique comme San’t Egidio. Cet amalgame a fait croire

    que l’opposition algérienne avait trouvé une tribune sous l’égide du Vatican. Cette fausse interprétation a amené le pouvoir à développer une croisade anti-catholique.

    Quant à la deuxième rencontre de Rome, il faut en minimiser la portée.

    Le mot démocratie n’a été prononcé qu’une fois et l’on doit bien relire la

    plateforme rédigée. Il y est écrit en effet que "priorité est donnée à la

    loi légitime", ce qui ne veut rien dire en français, mais en arabe cela

    renvoie à la sharia, la loi islamique qui s’inspire du Coran, par opposition à la loi civile. Ce verrou a été imposé par un leader du FIS. Aujourd’hui on en parle plus guère des rencontres de Rome, car l’opposition a

    éclaté depuis les dernières élections présidentielles et le paysage politique algérien est en train de se recomposer. Au fond la plateforme de Rome

    n’a fait que retarder les négociations avec le pouvoir. Et très vite le Vatican a désapprouvé l’initiative de la communauté de San’t Egidio.

    Comment, à vos yeux, le paysage politique algérien s’est-il recomposé

    précisément?

    Il se recompose en dehors des leaders en exil. Soyons clairs. Le régime

    en place ne veut pas quitter le pouvoir. Mais il est divisé en deux courants, l’un négociateur, l’autre éradicateur. Le premier courant à l’oreille du président Zéroual qui, de fait, subit de grosses pressions internationales notamment par le Fonds monétaire international (FMI). Quand au

    FIS, il n’a jamais représenté une majorité écrasante de l’opinion algérienne. Précisons que la violence islamiste avait commencé avant l’interruption

    du processus électoral par l’ex-président Chadli Benjedid. Aujourd’hui le

    FIS est complètement éclaté et a perdu beaucoup de son audience antérieure.

    La preuve: aux élections présidentielles, les gens ont massivement voté

    malgré les consignes d’absention. Le FIS ne se fait entendre maintenant que

    par la voix de ses leaders en résidence à l’étranger. Mais attention. Si la

    population est dégoûtée de la violence armée, par contre la sensibilité

    "islamique" reste importante et le leader islamiste modéré, légaliste, a

    fait 30% aux dernières élections présidentielles.

    Que devient le Groupe islamique armé (GIA)?

    Il faut distinguer les groupes armés des autres mouvements islamistes.

    Les bandes armées sont livrées à eux-mêmes et n’ont plus d’objectifs politiques car elles savent maintenant qu’elles ne prendront pas le pouvoir par

    la force. Elles n’ont plus d’état-major unifié. A la place, des émirs locaux mènent chacun leur propre statégie visant avant tout à maintenir leur

    pouvoir sur la population. Les négociations ne seront possibles qu’avec

    ceux qui représentent vraiment un courant politique représentatif. Mais

    plus avec les groupes armés. La population les dénonce de plus en plus aux

    autorités. Les gens sont désabusés car les groupes armés ne proposent que

    la violence.

    Quelle portée ont les initiatives de dialogue entre musulmans et chrétiens?

    Les vrais contacts des chrétiens avec les Algériens musulmans se nouent

    à partir de relations personnelles amicales. Du reste, actuellement il

    s’agit d’un affrontement islamo-islamique. Et non pas d’une persécution

    contre les chrétiens. La tradition musulmane maghrébine la plus paisible

    est hélas cassée par les influences afghane et wahhabite (mouvement musulman puritain en Arabie saoudite). Aujourd’hui l’islam est moins perçu comme

    un bloc monolithique. Beaucoup s’interrogent sur ce qu’est le véritable islam. Le problème est qu’il n’y a pas chez les musulmans de véritable magistère. N’importe quel émir de la montagne fait ce qu’il veut. Mais il y a

    une fermentation à l’intérieur de l’islam dont nous espérons qu’elle est

    comme une promesse de respect de la diversité. Par ailleurs, le courant

    spirituel, à travers le soufisme notamment qui exprime la tradition mystique de l’islam, bénéficie d’un net regain d’intérêt en Algérie.

    Vous ne semblez pas avoir peur...? Avez-vous reçu des menaces?

    Oui, je reçois des menaces par écrit et au téléphone, mais ce n’était

    sans doute pas trop sérieux puisque je suis devant vous. Quand à la peur,

    je ne l’ai pas maintenant car je suis à Paris. La peur nous vient quand on

    y pense. Mais on n’y pense pas à longueur de journée! C’est quand je suis

    tout seul en voiture, sur une route déserte, que je la ressens le plus, car

    on peut à tout moment rencontrer un faux-barrage. Il y a chez moi, mais

    aussi dans le peuple algérien, une formidable résistance à cette violence

    au quotidien. (apic/jcn/ba)

    Propos recueillis par Jean-Claude Noyé

    Encadré

    Le diocèse d’Oran compte actuellement 20 prêtres et 50 religieuses. Une zone pétrochimique importante, à Arzou, compte 1’600 chrétiens, d’origine

    étrangère. En dehors d’eux, le diocèse d’Oran ne compte pas plus de 500

    baptisés, répartis dans les cités de Tlemcen, Bel Abbés, Mostaganem, Tiaret, Mascara et Oran. Il y a parmi eux des personnes qui résident en Algérie depuis très longtemps, entourés avec affection par leurs voisins. Il y

    a aussi beaucoup d’épouses étrangères d’Algériens dont le nombre est difficile à évaluer. Les diocèses d’Afrique du Nord, en terme se statistiques,

    sont de toutes petites choses, malgré leur immense taille en superficie. Le

    diocèse de Laghouat en Algérie est le plus étendu et le moins peuplé du

    monde. A Oran, l’Eglise catholique offre les services de trois bibliothèques et de centres de formation féminines tenues par des religieuses. Au

    total, il y a en Algérie 110 prêtres et 200 religieuses. (apic/jcn/ba)

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus