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    apic/Mexique/Elections/Analyse

    A quatre mois des élections: le Mexique à un tournant (100397)

    le système politique s’effondre, mais le

    gouvernement reste sourd aux requêtes des citoyens

    Bruxelles, 10mars(APIC) Le Mexique vit une transition. Mais vers quoi ?

    Les Mexicains se posent la question à la veille des élections du 7 juillet.

    Pour Emilio Alvarez Icaza, directeur du "Centronational de Communicacion"

    (CENCOS), une constatation s’impose: tandis que le système politique s’effondre et que la pauvreté gagne du terrain, le gouvernement reste sourd aux

    requêtes des citoyens, a-t-il expliqué à Bruxelles, où il était l’hôte de

    l’équipe de rédaction d’"Espérance des Pauvres-Réseau Kairos".

    Le Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), au pouvoir depuis 1929,

    connaît une véritable décomposition, miné par l’opposition entre une aile

    dure qui ne voit de solution aux mouvements sociaux que dans la répression

    et une aile plus ouverte aux changements, constate Emilio Alvarez Icaza.

    Cette lutte intestine a provoqué le départ de certains de ses membres les

    plus influents, comme Miguel Camacho, premier délégué du gouvernement aux

    négociations avec les zapatistes, qui a annoncé qu’il se présenterait aux

    élections à la tête d’un nouveau parti, ou encore D. Delgado, ancien gouverneur de Veracruz, qui s’est rapidement retrouvé en prison pour avoir manifesté la même intention.

    Quand l’armée sort des casernes

    La classe moyenne, les petits entrepreneurs et les agriculteurs, livrés

    à l’arbitraire des banques, sont tellement aux abois qu’ils se sont regroupés dans une association de débiteurs, le "Barzon". Sous le slogan "Je ne

    paie que mon dû", celle-ci tente de s’opposer à ce que ceux qui se sont endettés soient expulsés de leur logement ou privés de leur outil de travail

    et de négocier un étalement des remboursements.

    Sous couvert de faire échec au narcotrafic, l’action du gouvernement est

    de plus en plus répressive, avec le concours de la police et de l’armée. La

    loi confond souvent la sécurité des citoyens avec la sécurité politique, ce

    qui est évidemment une menace pour la démocratie. L’armée est devenue un

    acteur social et son budget est devenu le deuxième en importance de l’Etat,

    observe Emilio Alvarez Icaza. "L’armée sort des casernes, et chacun sait

    qu’il est plus difficile de l’y faire rentrer que de l’en faire sortir",

    ajoute le directeur du CENCOS.

    Quant aux populations paysannes et indigènes, déjà réduites à une condition misérable, elles sont brimées, dépossédées, terrorisées en permanence

    par la répression de l’Etat et par les commandos des grands propriétaires.

    Il n’est dès lors pas étonnant que des groupes armés populaires se multiplient, et pas seulement au Chiapas, observe Emilio Alvarez Icaza.

    Les défenseurs des droits de l’homme, notamment les juristes, les membres des organisations de développement et les dirigeants indigènes sont

    l’objet d’agressions constantes, selon le directeur du CENCOS: menaces, séquestrations, tortures, accusations non fondées, visant à paralyser leur

    travail. Les cibles privilégiées de cette campagne sont les membres de la

    Commission nationale de médiation (CONAI), que préside Mgr Ruiz.

    Deux tiers de pauvres

    Un changement d’attitude se dessine du côté des entreprises, dans le

    sens de l’ouverture, même si certaines, qui veulent avant tout l’ordre social, continuent de soutenir l’action répressive du gouvernement. Mais bien

    que les indicateurs économiques sont en amélioration dans quelques secteurs, la pauvreté ne cesse de croître. L’inflation avouée par les chiffres

    officiels est de 60%. Deux tiers des Mexicains sont pauvres.

    Que sortira-t-il des élections du 7 juillet? Le principal parti d’opposition, le Parti révolutionnaire démocratique (PRD), a proposé au Parti

    d’action nationale (PAN, droite) de former une alliance, mais ce dernier a

    dit non. Les pronostics actuels donnent le PAN gagnant (30 à 35 % des suffrages), suivi par le PRD (28 %) et le PRI (20 %).

    Rébellion zapatiste: une négociation de la reddition

    Quant à la négociation entre la rébellion zapatiste et le gouvernement

    de Mexico, le malentendu est profond. Il est apparu au fil des discussions

    de la première "table" de négociations, sur "Droits et cultures indigènes

    et démocratie", relève Emilio Alvarez Icaza. Les indigènes veulent une forme de souveraineté locale conforme à leurs traditions séculaires à l’intérieur de l’Etat mexicain, dit-il. Ils ne revendiquent pas l’autonomie politique. Leur conception démocratique est celle du consensus qui naît de la

    disposition de tous, tandis que pour le gouvernement, "c’est l’uniformité

    qui produit l’unité, la démocratie est avant tout électorale".

    Faisant lanterner les Zapatistes, tentant de discréditer la CONAI, utilisant la très officielle Commission consultative de pacification (COCOPA)

    puis se désolidarisant d’elle, le gouvernement Zedillo mène avec les Zapatistes "une négociation de la reddition", affirme Alvarez Icaza.

    En même temps qu’il prétend négocier, et sans tenir compte des garanties

    données aux Zapatistes quant à leur sécurité et à celle des communautés indigènes, le gouvernement mexicain a fait de la "selva" une véritable zone

    d’occupation militaire où il y a aujourd’hui 40’000 soldats en armes pour

    80’000 indigènes. C’est la "guerre de basse intensité", qui n’a rien à voir

    avec des négociations honnêtes, accuse le directeur du CENCOS.

    En 1994, les Zapatistes, auquel le gouvernement impute aujourd’hui le

    discrédit du pays au niveau international, ont gagné la guerre des médias.

    L’armée zapatiste, rappelle E. Alvarez Icaza, s’est fait le porte-parole

    des populations paysannes et indiennes, ainsi que des citoyens que la fin

    de non-recevoir mobilise autour des objectifs démocratiques. C’est ainsi

    qu’est né le projet du Front zapatiste de libération nationale (FZNL). Un

    front, pas un parti, indépendant des partis politiques, un "front citoyen"

    rassemblant partout des groupes de citoyens actifs et organisés avec la volonté de faire pression sur le pouvoir, et qui veut établir des alliances

    avec d’autres groupes sociaux: mouvements syndical et paysan, Barzon...

    Malheureusement, deux conceptions s’affrontent à l’intérieur du FZLN,

    les uns y voyant simplement le bras civil de l’armée Zapatiste, tandis que

    les autres le considèrent comme une force civique autonome de l’armée Zapatiste. Cet affrontement entre ces deux conceptions constitue évidemment un

    frein au développement du Front, constate Alvarez Icaza. Le gouvernement

    mexicain, de son côté, mettra tout en oeuvre, dit-il, pour empêcher les Zapatistes de constituer ce Front et de réaliser une alliance susceptible de

    mettre des bâtons dans les roues à la victoire électorale du PRI.

    CENCOS: une information "citoyenne"

    Fondé en 1964 dans la foulée de Vatican II, pour être la voix de l’Eglise, le CENCOS est un acteur historique de la communication "à partir des

    pauvres". Après avoir pris en 1968 la défense des étudiants de Mexico, victimes d’une brutale répression policière, il a assumé son autonomie pour

    devenir un centre de communication "alternative", puis, en 1977, en butte à

    des attaques de la police, un centre de communication "populaire".

    Ces dernières années, la communication est devenue "citoyenne", explique

    son directeur, au service de l’écologie, des droits de l’homme, des Indiens, des paysans... A ce titre, le CENCOS se défend d’être encore un centre de communication alternative, "car l’alternatif reste marginal, alors

    que l’ambition du CENCOS est de permettre à ceux qui n’ont pas accès aux

    médias de faire entendre leur voix à tous les citoyens", explique E. Alvarez Icaza.

    Le CENCOS travaille avec la presse et la radio. Il réalise des alliances

    avec d’autres organisations, comme l’Alliance Civique, qui s’est acquis une

    réputation inattaquable dans l’observation des processus électoraux. Il

    tient depuis près de 30 ans un registre de tous les actes de répression à

    l’encontre de la presse, jouant ainsi un rôle de "mémoire citoyenne" irremplaçable. Pour faciliter la communication entre les Eglises progressistes,

    le centre publie une revue mensuelle, "Cencos Iglesias", qui comporte des

    sections nationale, latino-américaine et internationale, ainsi qu’une section "Droits de l’homme". Des articles "lisibles", brefs, d’un accès aisé,

    mais "sérieux, documentés et clairement situés", conformément au projet du

    CENCOS: mettre la communication au service des citoyens. (apic/cip/pr)

    Centre catholique des médias Cath-Info

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