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    apic/Marguerite Bays/"Perle de Fribourg"/Interview/Mgr Mamie

    Le texte contient 110 lignes (max. 75 signes), 1007 mots et 6556 signes.

    APIC - Interview

    "Marguerite Bays, perle de Fribourg"

    Rencontre avec Mgr Pierre Mamie, à Rome

    Anita Sanchez, pour l’Agence APIC

    Rome, 30octobre(APIC) Mgr Mamie, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg,

    était présent à Rome ce dimanche pour les cérémonies de béatification de

    Maria-Theresia Scherer, Maria Bernarda Bütler et Marguerite Bays. Mais

    c’est surtout de la bienheureuse fribourgeoise, l’humble couturière de Siviriez, dont il aime parler: "Une perle cachée est aujourd’hui présentée au

    monde entier dans tout son éclat".

    APIC:Mgr Mamie, le pape a commencé son homélie dimanche en disant: "Toute

    la Suisse se réjouit!". Qu’est-ce qui motive la joie des quelque cinq mille

    pèlerins suisses rassemblés ce week-end à Rome?

    MgrMamie:Vous savez qu’il n’y a pas de béatification sans une dévotion

    populaire qui la précède. Ce qui fait la joie des pèlerins, en majeure partie de gens tout simples, c’est que le pape Jean-Paul II, en tant que successeur de Pierre, a confirmé l’intuition populaire en proclamant bienheureuses ces trois servantes de Dieu, Maria Theresia Scherer, Maria Bernarda

    Bütler et Marguerite Bays.

    Le pape "joue le jeu" avec le peuple de Dieu. Et il exerce son ministère

    particulier en présentant au monde entier ce que les gens croyaient dès la

    mort de ces bienheureuses. A cette occasion aussi, les évêques suisses sont

    rassemblés à Rome avec le cardinal Henri Schwery, et de nombreux prêtres.

    Et les fêtes ne sont pas finies, dans les paroisses, dans les communautés.

    C’est un "jour de gloire", dans le bon sens du terme.

    APIC:Pourquoi ont-elles été proclamées bienheureuses?

    MgrMamie:Maria Theresia Scherer et Maria Bernarda Bütler ont été des

    fondatrices exemplaires. Mais j’insisterais volontiers sur le fait qu’elles

    répondaient aux besoins du temps et qu’elles ont vécu avant la lettre ce

    qu’on a appelé plus tard la "doctrine sociale de l’Eglise". Elles ont eu

    vraiment le souci de la justice sociale. En cela, elles ont quelque chose à

    nous dire. Leur exemple est propre à susciter des vocations au service de

    la lutte contre les injustices de notre époque.

    APIC:Pourquoi cette tendresse particulière pour Marguerite Bays?

    MgrMamie:Je la connais depuis mon enfance, c’est une perle précieuse! Son

    nom, Marguerite, veut dire "perle", il est dans l’Evangile! Le Christ demande de ne pas donner des perles précieuses à n’importe qui. A Rome, à

    Saint-Pierre, l’Eglise a donné au monde entier une perle précieuse. Et

    l’huître perlière, c’est le canton de Fribourg: tous les cantons du diocèse

    sont représentés ici!

    APIC:Pour découvrir cette perle, que faut-il faire?

    MgrMamie:Il faut s’intéresser aux choses de Dieu! Comme laïque, toute

    simple, ayant vécu toute sa vie à la campagne, dans les environs de

    Siviriez, elle offre un modèle de sainteté et de service qui parle à tout

    le monde. En particulier peut-être aux paysans, qui sont inquiets dans

    l’Europe actuelle. C’est une invitation à ce qu’ils mettent Dieu dans leur

    vie. Dieu n’est pas étranger à la construction de l’Europe! Et Marguerite

    nous montre le chemin de la fidélité à l’essentiel: la messe, la communion,

    l’adoration, la réconciliation, Marie, la charité.

    Elle était très proche d’un monastère de trappistines, mais elle n’a

    jamais songé à entrer dans une congrégation. Elle était tertiaire

    franciscaine et vivait son "amour fou" pour Dieu au milieu des occupations

    quotidiennes. Ce sont des saints cachés de ce type qui portent le monde. Et

    cette foi profonde, elle existe dans le Fribourgeois.

    APIC:Elle a reçu les stigmates de la Passion du Christ, ce n’est pas si

    ordinaire!

    MgrMamie:Ce n’est pas l’aspect le plus important de sa personnalité spirituelle. Elle avait un grand amour de la Passion de Jésus qu’elle vivait

    le vendredi, et en particulier la Semaine Sainte. Mais cela n’est qu’un signe de son union à Jésus, de sa vie de prière profonde. Elle lisait l’Evangile et elle en vivait. Et sa sainteté se vérifie dans la vie quotidienne.

    Sa santé lui interdisait par exemple de participer aux travaux des champs.

    Elle était donc couturière à domicile, vivant avec ses frères et soeurs. Et

    on le lui reprochait à l’époque des foins, du "grand râteau", des moissons,

    où l’on avait besoin de renfort! Elle supportait les reproches sans se

    plaindre, montrant toujours une grande charité au milieu des tensions.

    APIC:Malgré tout, elle a déployé une grande activité...

    MgrMamie:Oui, et elle faisait des pèlerinages à pied à Einsiedeln. En la

    voyant, certains disaient: "C’est la sainte qui passe!". Elle visitait les

    malades, faisait le catéchisme aux enfants, et elle constituait des "groupes missionnaires" pour soutenir l’évangélisation des peuples où Jésus

    n’était pas encore connu. Et en même temps, elle encourageait l’Oeuvre de

    Saint-Paul et le journal "La Liberté" qui naissaient dans le contexte difficile de la montée de l’anticléricalisme. Elle avait l’intuition de la

    nécessité d’une presse catholique qui porte un regard évangélique sur l’actualité.

    A la fin de son homélie, le pape posait dimanche cette question:

    "Comment les jeunes pourront-ils s’approcher de la table eucharistique et

    du sacrement de la pénitence si personne ne leur en fait découvrir la

    richesse, comme avait su le faire Marguerite Bays?"

    APIC:C’est donc une sainte dont l’exemple peut encourager les catéchistes?

    MgrMamie:Elle faisait le catéchisme aux enfants. Elle les rassemblait ou

    les visitait. Or, à cette époque, seuls les curés et les vicaires le

    faisaient! Elle n’avait pas étudié, mais elle trouvait le mot juste, dans

    un langage adapté aux enfants de la campagne. On en a de nombreux

    témoignages. Et surtout, elle vivait la prière avec eux. Elle les

    conduisait à la prière.

    APIC:Il y a un contraste incroyable entre cette vie cachée dans un village

    de la Glâne et cette proclamation au yeux du monde!

    MgrMamie:C’est vrai pour l’ensemble des béatifications: Mère Scherer et

    Maria Bütler ont fondé des communautés dans le monde entier. Le pape a prononcé son homélie en italien, en allemand, en espagnol et en français. La

    Suisse a certainement quelque chose à dire au monde, comme pays de rencontre des cultures et des religions. (apic/as/be)

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