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    apic/M. Hauser/ Interview

    APIC - Interview

    Entretien avec le Prof. Martin Hauser, théologien réformé suisse

    L’oecuménisme en Roumanie,

    une pierre pour la constuction de l’Europe de demain

    Evelyne Graf, Agence APIC

    Fribourg, 3mai(APIC) Le professeur Martin Hauser, théologien réformé

    suisse, enseigne depuis quelques temps la théologie à l’Univesité de Bucarest, capitale de la Roumanie. Lauréat du prix Leuba de l’Université de

    Fribourg pour son livre sur le réformateur zurichois Ulrich Zwingli, le

    professeur Hauser décrit pour l’APIC son activité dans le cadre de l’oecuménisme en Roumanie, avec en point de mire, la construction d’une Europe

    nouvelle.

    APIC: Quelles sont les visées de votre enseignement à Bucarest et quelle

    place occupe la Roumanie dans vos activités?

    Martin Hauser: Nous vivons dans un monde en pleine mutation, au niveau mondial et européen. Si je pense à l’Europe, il est évident qu’une nouvelle

    Europe ne pourra pas être créée si elle ne repose pas sur une base spirituelle. Cette base n’a pas encore été trouvée parce que les sociétés européennes vivent un moment de crise et qu’il n’y a pas vraiment de consensus

    sur les valeurs spirituelles et éthiques. Les valeurs éthiques par exemple

    sont dépendantes de l’appartenance ou de l’influence confessionnelle.

    Il n’y aura pas d’Europe de demain si un consensus ou au moins des convergences entre les grandes confessions chrétiennes n’existent pas dans les

    questions sprirituelles ou éthiques les plus décisives. Les chrétiens sont

    appelés ensemble à jouer un rôle déterminant dans les questions spirituelles telles que la présence de Dieu dans nos vies, dans l’Histoire et dans

    l’univers. Et face aux défis que représentent les questions éthiques telle

    que celles de la sexualité, des extrémismes et de l’écologie. Sur le chemin

    du rapprochement souhaité des confessions, le dialogue avec l’orthodoxie

    prend une signification décisive.

    En Roumanie, pays où l’orthodoxie est profondément enracinée, je cherche

    par mes cours et mes séminaires à créer un tel dialogue avec les étudiants

    et le corps enseignant orthodoxes, en particulier à l’Université de Bucarest. A côté des différences confessionnelles et culturelles, il existe

    bien des éléments qui nous relient en profondeur. La Roumanie, où les

    principales confessions chrétiennes et différentes culture cohabitent

    depuis des siècles, représente une sorte d’Europe en miniature. Les

    diverses confessions chrétiennes ont même expérimenté au XVIe siècle une

    amorce de tolérance mutuelle alors que ce thème n’était pas du tout à l’ordre du jour.

    En tant que théologien protestant, il me tient particulièrement à coeur

    de faire connaître le protestantisme dont l’image est assez obscurcie en

    Europe de l’Est, peut-être à cause de la présence de certains groupes sectaires identifiés au protestantisme. Je cherche à montrer que le protestantisme est particulièrement capable de dialoguer et de s’ouvrir aux autres.

    APIC: Quelles sont les principales Eglises de Roumanie et quelles sont les

    relations entre elles?

    MH: Il s’agit de l’Eglise orthodoxe, de langue roumaine; de l’Eglise réformée de la Confession helvétique, de langue hongroise; de l’Eglise catholique-romaine, de langues roumaine et hongroise; de l’Eglise luthérienne de

    la Confession d’Augsbourg, de langue allemande; et des baptistes de langues

    hongroise et roumaine. Nous avons donc un panel assez représentatif des

    grandes Eglises chrétiennes.

    Dans la passé, avant le changement de 1989, ces Eglises avaient entre

    elles des relations oecuméniques intéressantes, en particulier au niveau

    universitaire où des rencontres interfacultaires étaient organisées régulièrement pour les professeurs et les responsables d’Eglise.

    APIC: Ces colloques avaient surtout des visées politiques...

    MH: Certainement, la politique était très présente. Elle utilisait la présence incontournable des Eglises chrétiennes, elle cherchait, à travers

    l’oecuménisme, à réunir les forces intérieures de la Roumanie et à donner à

    l’extérieur l’image d’un pays acueillant - ce qu’elle est en fait -. En

    tant que théologien réformé suisse, pour moi, l’essentiel a été de constater que ces rencontres ont mis en évidence d’importants points de convergence sur des questions de foi, (signification des professions de foi, compréhension des sacrements). Ces points de convergence peuvent aider à construire l’oecuménisme et par là l’avenir non seulement en Roumanie et dans

    les Balkans, mais aussi dans le reste de l’Europe. Il s’agit par ailleurs

    de poursuivre dans ce sens. Les travaux préparatoires que j’ai pu effectuer

    ont été positifs et une nouvelle rencontre oecuménique interfacultaire va

    certainement bientôt avoir lieu. La ’réconciliation’ et la ’sécularisation’

    seront à l’ordre du jour.

    APIC: Bucarest est donc le point de départ idéal pour votre activité en Europe de l’Est?

    MH: D’autres facultés de théologie protestantes et orthodoxes de Roumanie

    m’ont invité à donner des cours. C’est précisément cette activité, que je

    peux très bien entreprendre à partir de Bucarest, qui peut être importante

    pour un nouveau rapprochement entre les confessions. En outre, c’est à Bucarest que se trouve un Centre oecuménique construit près de la Faculté de

    théologie orthodoxe et financé en partie par le Conseil oecuménique des

    Eglises de Genève. Achever sa construction pour lui permettre de remplir

    les fonctions auxquelles il est appelé est une nécessité urgente. Son rôle

    pourrait dépasser en effet de loin les frontières de la Roumanie. (apic/egmp)

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