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    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
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    apic/Liban/Synode/Interview de Mgr Béchara Raï

    APIC - Interview

    Le Synode sur le Liban s’ouvre à Rome le 26 novembre prochain (171095)

    Le Liban, plus qu’un pays: un message

    Rencontre avec Mgr Béchara Raï, évêque maronite de Jbeil/Byblos,

    coordinateur des travaux préparatoires du Synode pour le Liban

    Jean-Claude Noyé, Agence APIC

    (Jbeil/Byblos) "Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message". Un message

    de fraternité, de liberté et de dialogue, commentait Jean Paul II en annonçant le 12 juin 1991 la tenue d’une Assemblée spéciale du Synode des évêques pour le Liban. Aujourd’hui, à un mois de l’ouverture de Synode le 26

    novembre prochain à Rome, Mgr Béchara Raï, coordinateur des travaux préparatoires, évoque pour l’agence APIC les enjeux de cet événement significatif pour tous les chrétiens du Moyen-Orient.

    Evêque maronite de Jbeil, l’ancienne cité phénicienne de Byblos, Mgr Béchara Raï est confiant dans les fruits de ce Synode, "providence" de

    l’Eglise du Liban au moment où les chrétiens de ce pays divisé et occupé

    par des puissances étrangères se sentent un peu laissés à eux-mêmes.

    APIC:Comment ce Synode est-il perçu par la population libanaise?

    MgrBécharaRaï:Le Synode a reçu un large écho au Liban. Les médias ont

    largement parlé des différentes initiatives: conférences, congrès, colloques. De son côté, l’Assemblée des patriarches et évêques catholiques du

    Liban a établi un Directoire pour l’étude du document synodal - appelé "lineamenta" - dans les diocèses, paroisses, congrégations religieuses, mouvements d’apostolat des laïcs... Des comités, à ces différents niveaux, ont

    été formés pour ensuite répondre aux 72 questions des "lineamenta".

    Quant aux évêques libanais, membres du Conseil de la secrétairerie du

    Synode, ils ont publié le bulletin "Synodus", dont 30’000 exemplaires ont

    été tirés mensuellement et envoyés aux membres des comités. Le bulletin reproduisait le texte des "lineamenta" avec des explications.

    Les grands enjeux du Synode sont: l’espérance dans une période de déception et d’égarement, de frustration et d’abandon; le renouveau spirituel au

    niveau des personnes, des structures et des institutions; le témoignage

    dans les champs de l’unité et de la réconciliation, de la solidarité sociale et du développement. Il s’agit de reconstruire le Liban selon sa vocation historique, avec la dimension de l’oecuménisme, du dialogue islamochrétien, du régime de liberté, de démocratie et de pluralisme culturel.

    APIC:Ce Synode aura lieu à Rome et non pas au Liban... Une déception?

    MgrBécharaRaï:Non. Tous les Synodes ont lieu à Rome, pour plusieurs raisons. A l’instar des autres Assemblées, celle consacrée au Liban durera

    trois semaines au moins, et le pape participe à toutes les séances de la

    matinée et de la soirée, tout en poursuivant ses activités quotidiennes.

    Les cardinaux chefs des dicastères romains, qui sont aussi membres du Synode, ne peuvent pas s’absenter trois semaines. De plus, les infrastructures

    - traduction simultanée, secrétariat du Synode, salle de presse... - peuvent difficilement être transportées hors de Rome.

    APIC:L’Eglise maronite est riche, notamment le clergé régulier. Comment

    comptez-vous lors du Synode mettre davantage en application l’option préférentielle pour les pauvres et rapprocher l’Eglise du peuple?

    MgrBécharaRaï:Les biens temporels de l’Eglise servent quatre buts: le

    culte, l’apostolat, la vie du clergé et les pauvres. L’Eglise maronite assume au Liban le plus grand nombre d’universités, d’écoles, d’hôpitaux,

    d’orphelinats, d’asiles de vieillards, de dispensaires, d’écoles techniques, d’écoles gratuites et de couvents. Les pauvres y sont servis et y

    trouvent refuge.

    Il est vrai que la classe moyenne, qui se suffisait à elle-même dans les

    années 80, a tendance à disparaître et à tomber dans la pauvreté. Le tiers

    de la population libanaise vit aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté.

    A elle seule l’Eglise ne peut affronter l’ensemble des besoins et des problèmes. D’où l’impression qu’elle ne fait rien ou pas assez. Le Synode accordera par ailleurs une grande place à la dimension sociale. Des initiatives ont déjà été prises, sur le plan de l’habitat, du retour des déplacés

    et du développement.

    APIC:Quel est votre sentiment à propos du procès de Samir Geagea, le chef

    des milices chrétiennes des Forces Libanaises condamné récemment à la prison à perpétuité?

    MgrBécharaRaï:L’aspect judiciaire mis à part, je retiens le facteur politique... On a l’impression que c’est un procès politique, sur une base

    judiciaire. Ce qui fait que seuls les dossiers des crimes imputés aux Forces Libanaises sont ouverts, alors que d’autres crimes, aussi importants

    qui touchent des personnes qui sont au gouvernement ne sont pas soulevés.

    Je cite à titre d’exemple les assassinats des présidents Béchir Gémayel et

    René Mouawad, du premier ministre Rachid Karamé, du ministre et député Tony

    Frangieh et de sa famille, du Mufti de la République Hassan Khaled, du leader druze Kamal Joumblatt...

    La justice peut-elle être divisée, taillée à la mesure des personnes et

    sujette à des calculs politiques? Le procès Geagea ne respecte pas pleinement les normes de la procédure quant à la forme. Dans cette affaire, les

    avocats ont soulevé plusieurs failles et lacunes et des violations des

    droits fondamentaux de l’homme.

    APIC:N’est-il pas temps que la communauté chrétienne libanaise dans son

    ensemble dépasse ses clivages?

    MgrBécharaRaï:Les clivages ne sont pas une option de la communauté chrétienne mais une imposition pratiquée par des ingérences extérieures ayant

    pour but le changement du système politique libanais. Les chrétiens sont à

    la base du régime de liberté, de démocratie, de pluralisme religieux et

    culturel, et surtout du dialogue politique entre les chrétiens et les musulmans libanais. Pour changer ce régime politique, unique dans les pays du

    Moyen-Orient, les forces politiques étrangères de la région cherchent à affaiblir le rôle des chrétiens qui croient à ces valeurs, comme elles cherchent à affaiblir aussi celui des personnalités musulmanes qui tiennent à

    l’existence de ce régime politique.

    APIC:Comment préserver les diverses communautés libanaises tout en développant un système démocratique représentatif?

    MgrBécharaRaï:Le système démocratique représentatif est parfaitement

    élaboré dans la Constitution libanaise amendée en 1990, après les Accords

    de Taëf en 1989. Il s’agit de l’appliquer tel qu’il est selon son esprit et

    son texte. Sa juste application fait défaut soit sur le plan des élections

    parlementaires, qui ne sont ni justes ni libres, soit sur le plan de la nomination des ministres, choisis d’une seule couleur politique et philo-syrienne, soit encore sur le plan de l’administration où l’on assiste à une

    islamisation généralisée.

    Cette situation est due à la tutelle et à la main-mise de la Syrie sur

    le Liban, imposées après les Accords de Taëf, à la persistance de l’occupation israélienne du Sud-Liban, et à la présence de certaines milices musulmanes non dissoutes jusqu’à présent.

    Le système démocratique libanais est entravé en raison de l’absence des

    trois éléments constitutifs de l’Etat: l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance. La communauté internationale en porte la responsabilité parce qu’elle néglige d’appliquer ses propres décisions et engagements. A savoir les résolutions du Conseil de Sécurité N. 425, 509, 520

    concernant le retrait des Forces armées israéliennes et non libanaises du

    Liban et les résolutions des Accords de Taëf, patronnées par cette même

    communauté internationale. (apic/jcn/pr/be)

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