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    Le texte contient 147 lignes (max. 75 signes), 1503 mots et 9864 signes.

    apic/Lausanne/Communauté Saint Egide

    APIC - reportage

    Fabien Hünenberger, Agence APIC

    Vivre sa foi avec les plus pauvres

    Rencontre avec la communauté Saint Egide à Lausanne (290895)

    A Lausanne, les jeunes de la communauté Saint Egide

    mènent une vie de prière et de service depuis 5 ans

    Ses initiatives sont nombreuses. Une des dernières, liée à la recherche de

    la paix en Algérie, avait fait asseoir à Rome et à la même table de nombreux grands noms de la politique algérienne. Le nom de "Sant’Egidio" n’est

    plus vraiment à présenter. La communauté s’est fait davantage connaître en

    liant son nom à la signature à Rome en janvier dernier d’un accord entre

    les partis d’opposition au gouvernement algérien. Si on connaît le nom de

    cette communauté catholique, on n’en sait pourtant guère plus sur ce mouvement laïc né à Rome à la fin des années 60, qui compte aujourd’hui 15’000

    membres dans le monde entier. Le petit groupe existant à Lausanne depuis

    1990 donne sans doute une image plus fidèle de son travail quotidien. Entre

    prière et service aux pauvres.

    Faisant vibrer l’air tiède de l’été, la cloche de la chapelle de la Maladière se met à balancer à un rythme régulier. Le petit groupe qui jusquelà devisait allègrement dans le pré se dirige lentement vers la porte de

    l’église. Il est sept heures du soir. Comme tous les samedis, la communauté

    Saint Egide se rassemble pour une prière. Jeanne, l’une des responsables de

    la communauté, explique: "Nous avons demandé à pouvoir dire une prière publique dans la chapelle parce qu’elle a derrière elle une histoire riche en

    symboles.

    C’est la plus ancienne chapelle de Lausanne et elle a toujours été celle

    des exclus. D’abord les gens "hors-les-murs", puis les pestiférés, les lépreux et enfin les condamnés à mort. Depuis quelques années, le pasteur Jan

    de Haas en a fait la chapelle "des gens de la rue". Dans l’édifice, l’assistance est plutôt jeune. Les membres les plus âgés de la communauté n’ont

    pas trente ans. Des chants accompagnés à la guitare encadrent une lecture

    commentée de l’Evangile et des prières. "Pour nous, cette chapelle est un

    peu la maison des pauvres", explique Anne-Catherine, 26 ans, la fondatrice

    de la communauté à Lausanne. "C’est un lieu où nous remettons ce que nous

    vivons dans nos services".

    Une école dans la périphérie

    La communauté Saint Egide est bien implantée dans la ville. Il y a cinq

    ans, elle a lancé une école à la Bourdonnette, un quartier de la périphérie

    lausannoise. Une trentaine d’enfants viennent aujourd’hui participer deux

    fois par semaine aux activités de l’"Ecole populaire". L’appellation est

    d’ailleurs trompeuse puisque l’aide scolaire ne représente qu’une partie

    des activités. "L’Ecole populaire est avant tout un lieu où les enfants se

    sentent accueillis, précise Fabienne, une jeune étudiante en médecine.

    Beaucoup d’entre eux vivent des situations scolaires ou familiales difficiles. L’amitié qu’ils ont avec nous est un point de repère essentiel pour

    eux".

    Le lieu est aussi à l’image du quartier: international. Les enfants

    s’époumonant à chanter en français "A l’Ecole Populaire" ou "Ne reste plus

    en silence" parlent portugais, vietnamien ou albanais à la maison. Il est

    aussi à l’image d’un monde en guerre puisque la moitié des enfants viennent

    des territoires de l’ex-Yougoslavie". "Certains enfants viennent depuis le

    début à l’Ecole populaire. Petit à petit, nous avons fait la connaissance

    de leurs familles et des liens d’amitié se sont créés. Pour des étudiants

    comme nous, cette proximité nouvelle a été un changement radical, un apprentissage évangélique, celui de l’amour pour les pauvres". Fabienne lâche

    ce dernier mot sans aucune connotation péjorative. La fête terminée, les

    enfants rejoignent leurs tables pour travailler en petits groupes sur des

    bricolages ou des recherches. Tandis que Pedro, un Portugais facétieux,

    construit un bateau en bouchons de liège, Noémie met la dernière main à un

    texte pour le journal de l’Ecole populaire.

    Le pays de la solitude

    Ces dernières années, la communauté de Lausanne a mis sur pied de nouveaux services. Elle s’est tournée vers les personnes âgées et les clochards cette fois, des esseulés dans la ville. La chose est évidemment

    moins spectaculaire que l’Ecole populaire. En deux ans, les jeunes de Saint

    Egide ont fait la connaissance d’une demi-douzaine de personnes âgées et

    leur rendent visite à la maison plusieurs fois par semaine. De temps à autre, une fête les réunit toutes autour d’un repas.

    L’essor des services s’est confirmé, plus récemment encore, lorsque la

    communauté à fait la connaissance de pensionnaires de la résidence de l’Armée du Salut. Seul service exclusivement en extérieur, les rencontres ont

    lieu dans les parcs et sur les placettes proches du bâtiment. Là encore, la

    régularité des visites joue un rôle prépondérant. "Nous essayons d’être attentifs à la ville, à ses habitants. Lausanne n’a pas les mêmes problèmes

    que Naples ou Mexico, c’est sûr, mais la pauvreté existe aussi chez nous.

    Et la pauvreté, ici, c’est souvent la solitude", explique Jeanne.

    Religieux mais laïques

    Pour l’unique communauté Saint Egide de Suisse, l’Italie n’est pas loin.

    Les groupes de Milan et de Lausanne se sont d’ailleurs jumelés et, durant

    l’été, les enfants des Ecoles populaires partagent la même colonie. Et

    puis, toutes les communautés d’Europe se retrouvent à Rome pour fêter Pâques. S’il n’y a pas de dépendance hiérarchique, les Lausannois sentent

    souffler un vent romain sur leur communauté. "Les réflexions et l’exemple

    de la communauté en Italie nous aident beaucoup. Nous sommes petits: nous

    sommes une quinzaine à Lausanne tandis qu’ils sont trois mille à Rome",

    ajoute celle qui est allée vivre un an là-bas avant de créer une communauté

    à Lausanne.

    De fait, ils partagent beaucoup des engagements de la grande soeur: ils

    prient ensemble, travaillent aux différents services organisés par Saint

    Egide et vivent en communauté fraternelle. Ce qui peut paraître surprenant,

    c’est qu’aucun d’entre eux n’est "professionnel". Certains étudient les

    lettres ou la médecine, d’autres travaillent dans la banque. Ils consacrent

    leur temps libre aux activités de la communauté. "Cela peut paraître

    astreignant, vu de l’extérieur, mais nous avons découvert une joie réelle à

    se mettre au service des autres. Et puis nous avons du plaisir à nous voir

    pendant la semaine, à discuter, à rigoler. C’est pas triste parfois", note

    Régis. Ils ne vivent pas ensemble; certains sont encore chez leurs parents,

    d’autres se sont même mariés. Leur vie commune est avant tout spirituelle.

    (apic/fh)

    Encadré: Histoire de la communauté

    La communauté est née en 1968 à Rome, à l’initiative d’un petit groupe

    de jeunes romains emmenés par Andréa Riccardi. A l’époque une forte immigration en provenance du sud de l’Italie avait poussé des familles entières

    à venir s’installer à Rome, notamment sur les bords du Tibre. Sensibles à

    ce qui se passait dans leur ville, les lycéens se sont mis à donner des

    cours d’alphabétisation pour les adolescents de ces taudis. Sur le capot

    des voitures, parfois. Le nom de Sant’Egidio est venu plus tard, en 1974,

    lorsque la communauté a obtenu d’organiser sa prière dans une annexe de

    l’Eglise de Sant’Egidio, dans le quartier de Trastevere. S’inspirant de

    l’esprit post-conciliaire, cette communauté de laïcs a tenté de vivre un

    engagement évangélique au coeur de sa ville. Une vie de prière et de service aux pauvres.

    La vie fraternelle et l’unité jouent un rôle important dans l’histoire

    de la communauté. Depuis 1987, Sant’Egidio organise la "Prière pour la

    paix", une rencontre de représentants de toutes les religions en faveur de

    la paix. Elle s’est également fait remarquer par son activité diplomatique

    en favorisant le dialogue entre les protagonistes de la guerre civile au

    Mozambique et en faisant se rencontrer les représentants des partis politiques d’oppositions en Algérie. La "plate-forme de Rome", document appelant

    au retour à la normale en Algérie sera même signé dans les murs de

    Sant’Egidio à Rome. (apic/fh)

    Encadré: L’accord de Rome

    Largement relayée par les médias, une rencontre des principaux représentants de l’opposition algérienne a eu lieu mi-janvier à Rome. L’initiative

    vient de la communauté Sant’Egidio. Les représentants de forces politiques

    aussi différentes que le Front de libération national (FLN), le Front des

    forces socialistes (FFS) et le Front islamique du salut (FIS) ont élaboré

    un texte, une "plate-forme", en vue de "mettre un terme au climat de terreur jamais égalé". Le geste est d’importance puisque les forces politiques

    en présences avaient totalisé 80% des votes lors du premier tour des législatives interrompues de 1991.

    Dans les murs de Sant’Egidio, ils ont couché sur le papier quelques propositions en vue de retourner au processus démocratique. Le "rejet de la

    violence pour accéder ou se maintenir au pouvoir" figure en toutes lettres

    dans le document, de même que le "respect de la personne humaine" dans ses

    opinions politiques et ses croyances notamment. Un accord historique dont

    on attend encore la mise en pratique, malheureusement. (apic/fh)

    Photos disponibles auprès de Fabien Hünenberger, tél. et fax 021/646 24

    19, 1052 Mont-sur-Lausanne

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