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    apic/"La Liberté" 125 ans

    Le texte contient 148 lignes (max. 75 signes), 1339 mots et 8955 signes.

    APIC - interview

    Fribourg: "La Liberté" a 125 ans (270996)

    Rencontre avec Roger de Diesbach, rédacteur en chef

    Maurice Page, agence APIC

    Fribourg, 27septembre (APIC) Née le 1er octobre 1871 à Fribourg, avec le

    sous-titre journal catholique quotidien, "La Liberté" fête ses 125 ans.

    Dans un contexte de luttes religieuses issues du Kulturkampf "La Liberté"

    se veut dès sa naissance un journal de combat destiné à défendre la liberté

    des catholiques suisses. Son fondateur, le chanoine Schorderet, homme bouillant et passionné, a la plume et l’ironie féroces. Aujourd’hui la presse

    suisse s’est assagie et la polémique a laissé la place à l’information et à

    l’analyse. "La Liberté" tient pourtant beaucoup à ne pas être un journal

    comme les autres. Elle entend conjuguer un idéal élevé de vérité, de justice et de liberté.

    APIC: "La Liberté" a été fondée il y a 125 ans comme un journal catholique

    dans une période où les tensions religieuses étaient fortes. Quelle est sa

    religion aujourd’hui?

    Roger de Diesbach: "La Liberté" est un journal d’information qui, selon sa

    nouvelle charte, "cultive les valeurs catholiques et chrétiennes de vérité,

    de justice et, comme le dit son nom, de liberté". Ces valeurs nous imposent

    de rester un journal de qualité, profondément éthique. Nous continuerons à

    hiérarchiser l’information selon ces valeurs et selon leur intérêt général,

    et non pas selon l’impact sur nos ventes ou nos abonnements. Notre charte

    nous interdit par exemple le sang ou le sperme à la une. Mais en même temps

    nous n’avons pas de sujets tabous dont on ne parlerait pas.

    APIC: Ce sont là des principes élevés. Ont-ils encore un poids à une époque

    où le journal est devenu un produit de consommation?

    RD: Je pense sincèrement que notre journal n’a pas d’avenir s’il devait

    quitter ce créneau de qualité. La qualité est aussi un bon atout commercial. Il n’y a pas la place pour douze journaux de boulevard en Suisse romande.

    APIC: Vous êtes donc très attaché à l’indépendance de la rédaction et du

    journal.

    RD: Dans la presse romande, "La Liberté" est avec le "Journal de Genève" un

    des très rares journaux qui a su garder son indépendance financière. La

    plupart des journaux régionaux, malgré une situation prédominante dans leur

    région, ont déjà vendu une part de leurs actions au groupe lausannois Edipresse. Actuellement nous ne perdons pas d’argent, c’est aussi un atout

    considérable.

    Ces deux éléments renforcent l’indépendance rédactionnelle. "La Liberté"

    se battra pour la maintenir et à moins d’une chute structurelle de la publicité, elle a de bonnes chances d’y parvenir. Avec 87’000 lecteurs, nous

    sommes sur une tendance plutôt ascendante. Je suis très optimiste.

    APIC: Le journal a maintenu dans sa charte le principe d’une information

    religieuse régulière. Comment la concevez-vous?

    RD: "La Liberté" est catholique ou chrétienne comme le sont ses lecteurs,

    comme l’est le canton de Fribourg. Le changement est qu’il n’y a plus de

    liaison directe entre "La Liberté" et le magistère de l’Eglise catholique.

    J’ai un seul but, celui d’ouvrir les pages religieuses du journal à toutes

    les tendances présentes dans l’Eglise catholique. Je m’opposerai toujours à

    ce que cette page devienne celle d’une chapelle ou d’un mouvement qu’il

    soit conservateur ou progressiste. Nous ne sommes pas des militants, nous

    sommes des journalistes. Nous cultivons l’information ausssi dans la page

    religieuse.

    Je souhaite également une ouverture aux autres confessions et religions,

    en particulier aux protestants de la région. Par contre, je n’entends pas

    ouvrir "La Liberté" à des mouvements sectaires ne représentant qu’un nombre

    infime de personnes. Il ne faut pas confondre secte et religion.

    APIC: "La Liberté" est le seul quotidien francophone du canton de Fribourg.

    Elle se veut proche de son public. Ne court-elle pas le risque de tomber

    dans le régionalisme?

    RD: Ce n’est pas ce que la charte nous demande de faire. "La Liberté"

    marche sur plusieurs pattes: l’internationale, la nationale, l’enquête,

    l’économie, le journalisme de proximité local, régional, les sports et le

    magazine, sans parler du courrier des lecteurs ou des divers services. Il

    serait faux de développer une seule de ces rubriques au détriment des

    autres. Quand je suis arrivé ici, et c’est une petite critique, j’ai trouvé

    un journal et une rédaction un peu repliés sur eux-mêmes. Il faut

    développer les collaborations extérieures. Les gens qui ont de bonnes

    choses à dire sont les bienvenus à "La Liberté".

    Je veux développer l’ensemble, en particulier l’enquête à tous les niveaux. J’y suis très attaché, car une grande partie de l’information qui

    nous arrive est "prémâchée" par les divers pouvoirs; c’est insuffisant si

    l’on veut vraiment rechercher la vérité.

    Un journal comme le nôtre ne peut certes pas faire abstraction des événements locaux, mais je ne souscris pas du tout à la conception qui voudrait que chaque lecteur ait au moins une fois sa photo dans le journal.

    APIC: La collaboration s’est développée entre les divers journaux régionaux. On parle beaucoup de synergies. Mais un rédacteur en chef tient à son

    indépendance...

    R.D. Je mets deux conditions essentielles à la collaboration entre les

    journaux régionaux. Le maintien de l’autonomie de chacun et la qualité. Il

    faut que les articles échangés augmentent la qualité de "La Liberté" et ne

    la diminuent pas. "La Liberté" est en Suisse un journal qu’on cite, y compris en Suisse alémanique.

    Nous cherchons aussi des collaborations avec d’autres journaux également

    au niveau international, par exemple en France avec "La Croix". Pour des

    raisons commerciales c’est vrai, mais pour des raisons d’ouverture surtout.

    Des premiers contacts ont été pris avec des journaux alémaniques en vue

    d’échanges et de collaborations. Mais je ne veux pas faire concurrence au

    quotidien alémanique des "Freiburger Nachrichten". La frontière intangible

    qui existait entre les religions et les régions s’estompe. Nous devons faire connaître notre région au niveau fédéral.

    APIC: Les journaux vivent en grande partie des recettes publicitaires. Elles sont aujourd’hui en baisse constante. Un journal ne devient-il pas dès

    lors plus "perméable" aux diverses pressions économiques, politiques, ou

    autres?

    RD: Etre soumis aux pressions m’est totalement égal. Je ne fais pas ce métier pour me faire des amis. Je n’ai pas de tensions avec les responsables

    du journal sur le plan commercial. Ils respectent notre "produit" même si

    parfois des enquêtes peuvent nous mettre en porte-à-faux avec des annonceurs, des clubs ou d’autres milieux. On ne m’a jamais demandé de retenir

    l’information pour éviter de perdre de la publicité. Une telle démarche

    n’aurait d’ailleurs aucune chance avec moi. Je m’oppose de même à toutes

    les personnes qui évoquent l’histoire ou la tradition du journal pour tenter de me freiner dans ma tâche d’information.

    APIC: Aux yeux de certains, "La Liberté" reste le journal des catholiques

    conservateurs, des ’noirs’...

    RD: Dans un contexte historique totalement différent, "La Liberté" se battait différement. Elle a fait dans ce sens une évolution assez extraordinaire que d’autres n’ont pas faite. Même si de la part des non-lecteurs,

    nous avons parfois encore cette image de catholiques "noirs".

    "La Liberté" ne va pas tomber dans le militantisme. C’est d’abord un

    journal d’information qui fait la différence entre information et

    commentaire. Dans le commentaire nous avons une très grande liberté de ton.

    APIC: A 125 ans, "La Liberté" est une jeune vieille dame...

    RD: Un journal qui n’innove pas, ne bouge pas, est un journal mort. Un

    journal qui stagne n’a pas de chance. Une partie importante de mon travail

    est de préparer de nouveaux projets qui n’aboutiront pas tous. Mais il faut

    avoir des suprises dans la poche. (apic/mp)

    Encadré

    Programme des festivités

    La journée officielle du 125e anniversaire de "La Liberté" se déroulera le

    mardi 1er octobre. Après la messe, célébrée en l’église du Christ-Roi par

    l’évêque du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, Mgr Amédée Grab, la

    journée se poursuivra à l’Université. François Couchepin, chancelier de la

    Confédération et Roger de Weck, rédacteur en chef du "Tages Anzeiger" de

    Zurich, donneront chacun une conférence. Le vin d’honneur précédant le

    banquet sera offert par l’Etat et la Ville de Fribourg.

    Le public sera lui convié à une journée portes ouvertes le samedi 5 octobre. Les lecteurs pourront voir les rédacteurs au travail et visiter les

    installations techniques.

    De son côté la rédaction a préparé un cahier spécial destiné à marquer

    l’événement. (apic/mp)

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