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    apic/Kiev/Ukraine conflit religieux et politique

    Kiev: Une tombe inachevée au centre du conflit de l’Eglise ukrainienne

    Conflit politique autant que religieux (240895)

    Kiev, 23août(APIC) Un mois après les violents incidents qui ont perturbé

    l’enterrement du chef de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, Patriarcat de Kiev,

    dans la capitale ukrainienne, la tombe provisoire de Volodymir Romaniuk se

    dresse toujours sur une allée, hors des portes de la cathédrale Sainte-Sophie à Kiev. Pour de nombreux Ukrainiens, cette tombe inachevée, couverte

    de fleurs, est devenue un symbole du conflit politique et religieux profond

    qui divise les 30 millions de chrétiens orthodoxes du pays.

    Le 18 juillet, les milliers de personnes qui accompagnaient le cortège

    funèbre avaient tenté, sans autorisation du gouvernement, d’entrer dans

    l’enceinte de la cathédrale pour enterrer le défunt. Les troupes de la police étaient alors intervenues pour empêcher les gens d’entrer et des

    heurts très violents avaient eu lieu entre la police et les manifestants entre autres des nationalistes ukrainiens -. Soixante-dix personnes avaient

    été blessées au cours de ces incidents.

    Aujourd’hui, le gouvernement a proposé que la tombe soit placée au monastère de Vydubetsky, où le défunt avait demandé à être enterré, ou au monastère de Mikhailovsky, au centre de la ville. Toutefois, le chef intérimaire de l’Eglise dissidente, Philarète Denysenko, insiste pour que Volodymir

    Romaniuk soit enterré dans l’enceinte de la cathédrale. "Si le gouvernement

    ne donne pas son autorisation", a précisé Philarète Denysenko, "la tombe

    peut rester où elle est, et nous construirons un monument modeste, en harmonie avec l’architecture de la cathédrale."

    Officiellement, le gouvernement ukrainien a refusé d’autoriser l’enterrement dans l’enceinte de la cathédrale Sainte-Sophie, car celle-ci, construite au 11e siècle, est considérée comme un monument historique et artistique. Mais mettre la tombe de Volodymir Romaniuk dans l’enceinte de la

    cathédrale ne ferait qu’attiser les divergences avec les orthodoxes membres

    de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, qui reste sous juridiction du patriarche

    de Moscou, Alexis II.

    La coexistence n’est pas pour demain

    Philarète Denysenko, qui fut métropolite orthodoxe russe de Kiev, et

    était alors connu comme un ardent défenseur de Moscou, s’est rapproché du

    mouvement nationaliste ukrainien, après l’accession à l’indépendance de

    l’Ukraine. En 1992, il a refusé la proposition d’une certaine autonomie que

    présentait l’Eglise orthodoxe russe à l’Eglise ukrainienne et il a conduit

    ses partisans au schisme.

    L’Eglise orthodoxe russe a alors destitué Philarète Denysenko, et déclaré son Eglise comme non canonique. En 1993, Volodymir Romaniuk a été porté

    à la tête de l’Eglise dissidente, qui déclare compter 2’500 à 3’000 paroisses et 15 monastères, mais qui n’a été reconnue par aucune autre Eglise orthodoxe dans le monde. Quant à l’Eglise orthodoxe restée fidèle au Patriarcat de Moscou, elle compte 7’000 paroisses et 72 monastères. 1’000 églises

    sont en construction.

    "Le Patriarcat de Kiev est le résultat d’une relation personnelle entre

    le premier président ukrainien Leonid Kravtchouk et le métropolite Philarète", a déclaré l’historien Vadim Skuratovsky. "Le nouveau Patriarcat se

    préparait ainsi à devenir l’Eglise de la nation; mais, après l’échec de la

    présidence de Kravtchouk, il s’est retrouvé sans prince."

    Interrogé dans sa résidence de Kiev, Philarète Denysenko a déclaré: "Si

    l’on exclut les premières périodes de persécutions, l’Eglise n’a jamais

    existé sans motivations politiques." La question de la reconnaissance de

    son Eglise ne le préoccupe pas particulièrement, a-t-il fait remarquer,

    puisque ce n’est que très longtemps après avoir proclamé leur indépendance

    que les Eglises orthodoxes autochtones ont été reconnues.

    Il y a pourtant un point sur lequel Philarète Denysenko et le métropolite Vladimir Sabodan, chef de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, Patriarcat de

    Moscou, sont d’accord: l’éventualité d’une reconnaissance de l’orthodoxie

    ukrainienne comme autocéphale - pleinement indépendante - par la communauté

    chrétienne - et pour cela, la nécessité de l’unification. "La date de cet

    événement ne dépend pas de Dieu seul, mais aussi d’autres personnes", a

    souligné le métropolite Vladimir Sabodan au monastère de Pechersky.

    "Si nous sommes croyants, nous devons d’abord vivre en paix, et ne pas

    nous dénigrer mutuellement." Toutefois, avec des slogans comme "Sabodan cinquième colonne - hors d’Ukraine!" sur les murs derrière la tombe de Volodymir Romaniuk, et l’escalade des violences et des haines entre le clergé

    et les laïcs, cette coexistence semble encore bien loin. (apic/eni/pr)

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