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    apic/Jean Paul II /Sarajevo/ homélie

    Rome: le "premier pape slave" a prié pour "la famille des Slaves du Sud"

    Jean Paul II donne l’homélie qu’il aurait due prononcer à Sarajevo

    Rome, 8septembre(APIC) Le pape Jean-Paul II a célébré jeudi matin la messe de la Nativité de la Vierge dans la cour intérieure du palais apostolique de Castelgandolfo. Il a donné à cette occasion l’homélie qu’il avait

    espéré prononcer à Sarajevo. "Il faut mettre un terme à une telle barbarie!

    C’en est assez de la guerre! Assez de la furie destructrice!, s’est-il

    écrié d’une voix forte.

    Une homélie bâtie sur le plan même de la prière du "Notre Père": "NotrePère..., moi, évêque de Rome, le premier pape slave, je me mets à genoux

    devant toi pour crier: "De la peste, de la faim et de la guerre, délivrenous!". Car, a dit le pape, Dieu est "le Père de tous les peuples qui habitent cette terre, Père des peuples d’Europe, des peuples des Balkans. Père

    des peuples qui appartiennent à la famille des Slaves du Sud".

    Cette invocation pour la paix tire ses racines d’une "ligne directrice"

    qui a guidé l’Eglise dès le début des tragiques événements dans les Balkans, a expliqué le pape, en rappelant la prière d’Assise, en janvier 1993,

    et celle de Rome, en janvier 1994. Jean-Paul II a invoqué ensuite l’Esprit

    Saint "pour la cité de Sarajevo, à la croisée de cultures et de nations diverses. En ce lieu, il y a un siècle, une mèche s’est allumée et a déclenché le premier conflit mondial. En ce lieu, à la fin du second millénaire,

    se trouvent concentrées des tensions analogues, capables de détruire des

    peuples appelés par l’histoire à collaborer en une convivialité harmonieuse".

    Priant pour le "pain quotidien", le pape a supplié que "les mesures restrictives jugées nécessaires pour freiner le conflit ne soient pas la cause

    de souffrances inhumaines pour la population désarmée".

    Pardonner se signifie pas oublier

    Arrivé à la question cruciale du pardon des offenses, Jean-Paul II a

    constaté que "l’histoire des hommes, des peuples et des nations est pleine

    de rancoeurs réciproques et d’injustices". Il a alors évoqué le geste historique accompli durant le Concile Vatican II, quand les évêques polonais

    et allemands se sont pardonnés les uns les autres, affirmant que "si la

    paix a été possible dans cette région de l’Europe, il semble bien que ce

    fut grâce à ce genre d’attitude."

    Le pape a demandé que se renouvelle un geste similaire de pardon pour

    les frères des Balkans. "Sans cette attitude, il est difficile de

    construire la paix. La spirale des fautes et des peines ne s’arrêtera

    jamais si elle n’arrive pas à un certain moment au pardon. Pardonner ne

    signifie pas oublier. Si la mémoire est la loi de l’histoire, le pardon est

    la puissance de Dieu, puissance du Christ qui agit dans la vie des hommes

    et des peuples."

    Méditant la demande du "Notre-Père" relative à la "tentation", le pape a

    énuméré les tentations du conflit: "celles qui rendent de pierre le coeur

    de l’homme, insensible à la demande de pardon et à la concorde". Ce sont

    "les tentations des préjugés ethniques, qui rendent indifférents aux droits

    de l’autre et à sa souffrance. Ce sont les tentations des nationalismes

    exacerbés qui conduisent à la vexation du prochain et à la soif de vengeance. Ce sont toutes les tentations de la civilisation de la mort."

    Dieu est du côté des opprimés

    La dernière partie de l’homélie porte sur le mal qui "dans toutes ses

    manifestations, constitue un mystère d’iniquité face auquel la voix de Dieu

    se lève, claire et décidée". "Dieu est du côté des opprimés: il est au côté

    des parents qui pleurent leurs enfants assassinés; il écoute le cri impuissant des désarmés qui sont piétinés, il est solidaire des femmes humiliées

    par la violence, il est proche des réfugiés, contraints d’abandonner leur

    terre et leur maison... C’est son peuple qui est en train de mourir."

    Avant de conclure par une prière à Marie, le pape a élevé la voix avec

    force: "Il faut mettre un terme à une telle barbarie! C’en est assez de la

    guerre! Assez de la furie destructrice! Il n’est plus possible de tolérer

    une situation qui ne produit que des fruits de mort: meurtres, villes

    détruites, économie dévastée, hôpitaux privés de médicaments, malades et

    personnes âgées à l’abandon, familles en larmes et déchirées. Il faut au

    plus vite une paix juste. La paix est possible si la priorité des valeurs

    morales prend le pas sur les prétentions de la race ou de la force."

    Salut au patriarche et aux évêques serbes orthodoxes

    A l’issue de la messe, le pape a rendu hommage à l’Eglise locale, évêques, prêtres et fidèles, exprimant un appui marqué à Mgr Franjo Komarica,

    l’évêque de Banja Luka, "défenseur intrépide des catholiques et de la population locale en général", hélas décimée par la politique inhumaine de la

    purification ethnique. Il a souligné l’attitude de cette Eglise: "Vous êtes

    restés à votre poste en imitant le Christ Bon Pasteur..., vous avez partagé

    les souffrances et les espérances, les privations et les risques de votre

    peuple en aidant par tous les moyens les affligés non seulement par des aides spirituelles, mais en palliant le manque de nourriture, de médicaments,

    de logements, de travail et de liberté."

    Jean-Paul II est enfin passé à la langue serbe: "J’entends embrasser

    spirituellement le peuple serbe de Bosnie-Herzégovine tout entier et lui

    adresser mes voeux les plus intenses de prospérité dans la concorde et la

    solidarité. Je donne un baiser de paix à Sa Sainteté le patriarche Pavle et

    à tous les évêques de l’Eglise orthodoxe serbe. Je le fais avec les paroles

    de la liturgie: "Le Christ est au milieu de nous"." (apic/cip/mp)

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